Au Mali, "l'opération Serval va durer des années"

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AFRIQUE – La situation reste toujours explosive dans le nord du Mali, secouée par une nouvelle vague de violences. La ville stratégique de Kidal serait tombée mercredi entre les mains des rebelles touareg du MNLA. Des évènements qui contrarient le discours du ministre de la Défense Jean-Yves le Drian, qui devait se rendre cette semaine au Mali pour annoncer officiellement la fin de l'opération Serval.

La date était fixée à l'agenda du ministre de la Défense. Dimanche 25 mai, Jean-Yves le Drian devait se rendre dans la capitale malienne, à Bamako, pour un événement important : l'annonce officielle de la fin de l'opération Serval, lancée en janvier 2013. Mission accomplie, donc, près d'un an et demi plus tard. Un contingent de 1.000 soldats français devait rester dans le Nord du pays, à Gao, et 3.000 devaient être déployés vers la "bande sahélo-saharienne" pour des opérations de "contre-terrorisme dans la région". Une date finalement repoussée de "quelques semaines", a annoncé l'entourage du ministre mardi. Et pour cause : sur le terrain, la situation est redevenue explosive.

A Kidal (nord), les rebelles touaregs du MNLA ont en effet affirmé mercredi avoir pris le contrôle de la ville, après cinq jours d'affrontements violents avec l'armée. C'est la visite, samedi, du Premier ministre Moussa Mara qui a déclenché cette nouvelle vague de violences, faisant au moins 36 morts. "La force française, présente sur place, n'est pas intervenue ce jour-là", déplore pour metronews le chercheur spécialiste de l'Afrique Francis Simonis, qui se trouvait alors au Mali.

La France pointée du doigt par la population

Une passivité qui a déclenché, à Bamako et dans plusieurs villes du pays, une vague d'hostilité envers l'Hexagone et les soldats de la force de l'ONU, la Minusma. "Aux yeux des Maliens, la France est trop complaisante vis-à-vis des rebelles touareg de la MNLA. Elle les a laissés s'installer à Kidal et ils la tiennent donc pour responsable du chaos qui y règne actuellement". Si le ministre de la Défense a annulé sa visite, c'est donc surtout "parce qu'il craignait la réaction de la rue, à Bamako, selon Francis Simonis. Les manifestations auraient été mal vues au moment où il se félicite du succès de Serval".

Pour le chercheur, qui a pu observer la situation dans le pays durant ce dernier mois, "la guerre n'est certainement pas finie". "Annoncer que l'opération de Serval est terminée, c'est de la poudre aux yeux !" s'indigne le spécialiste. Dans le Nord, ce que ne nie pas le ministre, des combats ponctuels ont toujours lieu entre les forces françaises et les groupes djihadistes. "Cette guerre-là, elle continue, et elle durera des années", prédit Francis Simonis. "Le gouvernement assure que les troupes auraient été redéployées dans le Sahel, mais en réalité, l'essentiel serait resté au Mali", poursuit-il.

A Gao, où stationnent encore la plupart des soldats français (ils seraient environ un millier), l'heure n'est d'ailleurs pas au retrait. Une centaine de militaires, basés à Abidjan (Côte-d'Ivoire), ont même été envoyés en renfort mercredi. La veille, ils étaient une trentaine à se rendre à Kidal pour, se justifie l'état-major, "faire face aux événements". L'"opex" (opération extérieure) d'un soldat dure quatre mois au Mali. Pour ceux-là, l'opération Serval vient juste de commencer.

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