Au moins 10 morts dans des violences xénophobes : que se passe-t-il en Afrique du Sud ?

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TROUBLES - Au moins 10 personnes, dont un ressortissant étranger, ont été tuées dans les violences xénophobes cette semaine en Afrique du Sud. Du jamais vu depuis 2008. Comment le pays en est-il arrivé là ? Explications.

"Des familles ont été traumatisées. Des vies ont été détruites". Le président sud-africain Cyril Ramaphosa a pris la parole publiquement ce jeudi pour dénoncer la vague d'attaques xénophobes qui secoue le pays ces derniers jours. Le bilan est lourd : au moins dix morts, dont un étranger. Le profil des autres victimes n'a pas encore émergé. Des violences nourries par le fort taux de chômage et la pauvreté, et dont les répercussions dépassent les frontières du pays.

Que s'est-il passé ces derniers jours en Afrique du Sud ?

Au moins dix personnes ont été tuées, plus de 400 personnes arrêtées et des dizaines de magasins pillés à Johannesburg, la principale ville sud-africaine, et dans la capitale Pretoria depuis dimanche soir, selon un dernier bilan officiel jeudi. Dans la nuit de mercredi à jeudi, un supermarché d'une enseigne sud-africaine a été pillé dans ce quartier. Jeudi après-midi, la police y a dispersé, à coups de balles en caoutchouc et de grenades assourdissantes, des manifestants armés de pierres. Une trentaine de personnes ont également été arrêtées.

Comment expliquer ces actes xénophobes ?

L'Afrique du Sud est la principale puissance industrielle du continent. Raison pour laquelle elle attire des millions d'immigrés africains à la recherche d'une vie meilleure. Problème : le pays se débat avec un fort taux de chômage (29%) et d'énormes disparités sociales et économiques alimentent régulièrement un sentiment xénophobe dans la nation "arc-en-ciel" rêvée par l'ancien président Nelson Mandela. C'est par exemple le cas au sein du secteur routier. Depuis plus d'un an, les chauffeurs nationaux dénoncent la place prépondérante prise par leurs collègues étrangers, souvent sans-papier et moins rémunérés qu'eux. "Le peuple sud-africain a faim mais il reste à la maison, alors que des entreprises du pays préfèrent employer des étrangers payés moins cher", a déploré lundi la représentante d'un syndicat de routiers, Sipho Zungu. "Ça fait deux ans que l'on discute avec le gouvernement et les patrons, mais il n'y toujours pas de solution", a-t-elle ajouté. Clairement dirigée contre les étrangers, cette colère s'est soldée par la mort de dizaines de routiers étrangers depuis le début de l'année dernière, a révélé la semaine dernière un rapport de l'ONG Human Rights Watch (HRW).

Pourquoi cette flambée de violences a-t-elle eu des répercussions diplomatiques ?

Les images des violences dans les rues sud-africaines ont eu des répercussions dans plusieurs pays du continent. En République démocratique du Congo, le consulat d'Afrique du Sud et un magasin d'une enseigne sud-africaine ont été attaqués à Lubumbashi (sud-est), la deuxième ville du pays. Au Nigeria, l'Afrique du Sud a décidé, après avoir reçu des "menaces", de fermer son ambassade à Abuja et son consulat à Lagos. Le propriétaire d'une compagnie aérienne nigériane privée a offert d'évacuer des Nigérians à bord d'un avion mis à leur disposition gratuitement, a annoncé le ministère nigérian des Affaires étrangères.

En outre, les violences ont provoqué de fortes tensions diplomatiques entre l'Afrique du Sud et le Nigeria, les deux géants africains. Mercredi, Abuja a décidé de boycotter le Forum économique mondial Afrique, qui se tient cette semaine au Cap, la capitale parlementaire sud-africaine. Mais le ministre nigérian des Affaires étrangères, Geoffrey Onyeama, a précisé qu'"aucun Nigérian n'avait été tué pendant cette crise".

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