Au moins 30 morts en trois jours de manifestations : que se passe-t-il en Irak ?

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CRISE - Parti mardi de Bagdad, un mouvement réclamant des emplois pour la jeunesse et le départ des dirigeants "corrompus" a gagné la quasi-totalité du sud du pays. Le pouvoir réplique par la force : au moins trente manifestants ont été tués ces derniers jours.

Le départ des dirigeants "corrompus" et des emplois pour la jeunesse : c'est, en creux, ce que réclament les milliers d'Irakiens qui battent le pavé depuis plusieurs jours. Un mouvement populaire qui a franchi un nouveau cap ces derniers jours, avec la mort d'au moins 30 manifestants et quatre policiers. Le bilan pourrait rapidement être revu à la hausse, la police ayant tiré à balles réelles sur la foule ce vendredi. Comment et pourquoi le pays a-t-il basculé au fil des mois dans la contestation du pouvoir ? Explications.

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Que s'est-il passé cette semaine ?

Parti de Bagdad mardi, le mouvement de contestation a gagné au fil des jours la quasi-totalité du sud du pays. Et franchi un nouveau palier dans la violence, mercredi, avec la mort de sept personnes. Les autorités ont aussi recensé des dizaines de blessés par balles dans diverses villes du pays, dont la capitale. Les affrontements se sont poursuivis jeudi soir dans plusieurs villes du sud de l'Irak, ainsi qu'à Bagdad où les blindés des forces spéciales sont entrés en action pour repousser la foule. Si les forces de l'ordre ont tiré sur le sol des balles qui ricochaient sur les manifestants, un cap a été franchi ce vendredi puisque des manifestants ont directement été visés. Pour l'heure, le bilan est d'au moins 30 morts, et des centaines de personnes blessées, selon des responsables.

Pourquoi s'agit-il d'un mouvement inédit ?

Habituellement, les manifestations en Irak se font à l'appel de leaders politiques ou religieux. Ce n'est pas le cas cette fois-ci. Tout d'abord car la mobilisation a rassemblé toutes sortes de déçus du gouvernement d'Adel Abdel Mahdi, des diplômés chômeurs aux partisans d'un général mis à l'écart il y a quelques jours. Mais surtout, les appels à manifester ont fleuri sur les réseaux sociaux, sans l'intervention de parti politique ou de leader religieux. C'est d'ailleurs pour tenter de freiner ces appels qu'Internet a été coupé jeudi dans une grande partie du pays. 

Quel est le contexte social en Irak ?

Dans un pays ravagé par les guerres, les pénuries d'électricité et d'eau potable sont chroniques depuis des années. Mais le contexte s'est aggravé depuis 2015 : cette année-là, plusieurs centaines de personnes descendent dans la rue à Bassora et Kerbala, lassés des coupures de courant à répétition. Pour calmer les esprits, le Premier ministre Haider al-Abadi annonce une série de réformes. Problème : celles-ci tardent à se réaliser. Excédés, les Irakiens retournent dans la rue en février 2016, puis en mars, cette fois-ci devant la Zone verte de Bagdad, périmètre ultra-sécurisé abritant le gouvernement et des ambassades et interdite à la circulation. Fin avril, ils franchissent l'entrée, et occupent le Parlement durant plusieurs heures.

Nouvelle flambée de violences, en juillet 2018, quand des dizaines de personnes manifestent dans la province de Bassora pour réclamer des emplois pour les jeunes et de meilleurs services. La contestation s'étend et dégénère en violences meurtrières, avec 27 morts en quelques semaines. La crise devient politique, et le Premier ministre sortant jette l'éponge. Le 2 octobre, l'ancien vice-président Adel Abdel Mahdi est chargé de former un gouvernement. Le 25 septembre, le Parlement lui accorde sa confiance... jusqu'à la flambée de violences observée de cette semaine.

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