Auditions des victimes de la dictature : quand la Tunisie replonge dans son passé douloureux

Auditions des victimes de la dictature : quand la Tunisie replonge dans son passé douloureux

TÉMOIGNAGES - Près de six ans après avoir été le fer de lance du "Printemps arabe", la Tunisie donne la parole aux victimes de la dictature avec le début des audiences publiques de l'Instance Vérité et Dignité, retransmises à la télévision. Objectif : identifier les responsables des violations des droits de l'Homme.

La Tunisie se replonge dans les heures sombres de sa dictature. Presque six ans après la révolution, les exactions subies sous les régimes de Habib Bourguiba (1957-1987) puis de Zine El Abidine Ben Ali (1987-2011) sont détaillées devant tout un peuple. Une plongée dans un passé douloureux mais qui devrait permettre de faire progresser le processus de "justice transitionnelle", lancé fin 2013 avec la création de l'Instance Vérité et Dignité (IVD).

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    Celle-ci est en effet chargée de faire la lumière sur les multiples violations des droits de l'Homme commises lors des dernières décennies. Pour cela, ses commissaires auditionnent depuis jeudi et jusqu'à ce vendredi une dizaine d'hommes et de femmes dont les témoignages sont retransmis en direct à la télévision nationale. 

    Par exemple celui de l'épouse de Kamel Matmati : cet islamiste a été arrêté sur son lieu de travail le 7 octobre 1991, puis traîné en prison et torturé avant de succomber peu après. Ce qu'elle ne saura que bien plus tard, après des années à le chercher d'une prison à l'autre. Au départ, la police nie savoir où il est. Puis on lui demande à plusieurs reprises de lui rapporter des vêtements propres et même de la nourriture, ravivant l'espoir de le revoir vivant. Le certificat de décès ne lui sera délivré qu'en 2009, 28 ans plus tard. Aujourd'hui, "nous voulons sa dépouille pour pouvoir l'enterrer", dit-elle. Et "nous voulons que ces gens rendent des comptes".

    "Cela doit être dit pour l'Histoire"

    Sami Brahem, un intellectuel islamiste, est venu raconter devant les caméras la torture systématique en prison sous Ben Ali. "Quand on m'a demandé de témoigner, je n'ai pas hésité, malgré mon embarras (...). Il est du droit de la société de savoir ces choses-là, ça doit être dit pour l'Histoire", explique-t-il. Un jour, pour une remarque jugée provocante, il est violemment battu et se retrouve "la tête enfoncée dans la cuvette des toilettes". "Je n'ai pas pu me lever pendant une semaine", dit-il simplement. Il raconte aussi des scènes d'horreur où les prisonniers étaient dénudés, battus avec des bâtons, obligés de se mettre les uns sur les autres. "Une violence sexuelle que je ne comprends pas".

    Instance créée fin 2013 pour faire la lumière sur les multiples violations des droits de l'Homme, l'IVD a une lourde tâche puisqu'elle enquête sur une période allant de juillet 1955 à fin 2013. Sur les 62.000 dossiers collectés, près du quart ont été déposés par des femmes, malgré les réticentes initiales de nombreuses Tunisiennes à témoigner sur les nombreux cas de violences sexuelles. Près de 11.000 victimes ont déjà été auditionnées à huis clos par l'IVD, qui a étudié les expériences d'autres pays ayant mis en œuvre de telles structures.

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      Après ces premiers témoignages, d'autres auditions publiques sont prévues, a priori les 17 décembre et 14 janvier. Deux dates hautement symboliques : elles marquent l'anniversaire de l'immolation par le feu du vendeur ambulant Mohamed Bouazizi, qui avait déclenché la révolution fin 2010, puis le départ pour l'Arabie saoudite de Ben Ali début 2011.

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