Aung San Suu Kyi arrêtée, l'armée reprend le pouvoir : que se passe-t-il en Birmanie ?

Aung San Suu Kyi arrêtée, l'armée reprend le pouvoir : que se passe-t-il en Birmanie ?

COUP D’ÉTAT - L’armée birmane a pris le pouvoir lundi 1er février et arrêté la cheffe du gouvernement civil Aung San Suu Kyi. Une reprise en main brutale après un fragile épisode démocratique.

Après des semaines d’instabilité politique en Birmanie, le gouvernement civil a été renversé ce lundi 1er février par l’armée. Le président Wing Myint et la cheffe du gouvernement Aung San Suu Kyi ont été arrêtés tôt dans la matinée, tandis que l’état d’urgence a été mis en place pour un an. Comment le pays en est-il arrivé là ? 

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Birmanie : un coup d'État et une répression sanglante

Pourquoi l’armée a-t-elle pris le pouvoir ?

Le putsch militaire trouve ses origines dans les élections législatives du 8 novembre dernier, qui ont été remportées massivement par le parti d’Aung San Suu Kyi, la Ligue nationale pour la démocratie (LND), au pouvoir depuis les élections de 2015. La LND a raflé 83% des 476 sièges au Parlement lors du scrutin, ce qui a été aussitôt démenti par l’armée, pouvoir très puissant dans le pays. Les forces armées ont assuré avoir découvert plus de 10 millions de bulletins frauduleux et demandé en conséquence la publication des listes par la commission électorale. Une demande restée lettre morte et qui a mis le feu aux poudres. 

La semaine dernière, le général Min Aung Hlaing, qui est le chef de l’armée et considéré comme l’homme le plus puissant de Birmanie, a estimé que la Constitution pouvait être "révoquée" dans certaines circonstances. Le porte-parole de l’armée n’avait alors pas exclu un renversement du pouvoir en place. C’est désormais chose faite dans ce pays d’Asie du Sud-Est qui compte quelque 53 millions d’habitants. L'armée, qui a promis des élections prochaines "multipartistes, libres et équitables" d’ici la fin de l’état d’urgence, ont placé ses généraux aux principaux postes de pouvoir. Le général Min Aung Hlaing concentre depuis tous les pouvoirs, à la fois législatifs, administratifs et judiciaires. Le pouvoir exécutif revient de manière honorifique au général Myint Swe, jusqu’ici vice-président et commandant militaire en chef de Rangoun et qui est devenu président par intérim.

Que dit la communauté internationale ?

Sans surprise, le coup d’Etat a été vivement condamné par les dirigeants étrangers. En France, le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, a dénoncé "une remise en cause inacceptable du processus démocratique" et apporté son soutien au peuple birman "dans sa volonté de liberté". L’Union européenne, elle, s’est voulue ferme dans sa condamnation. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a réclamé "la libération immédiate et inconditionnelle de toutes les personnes détenues" et le président du Conseil européen, Charles Michel, a condamné "fermement le coup d’Etat en Birmanie". Londres a également dénoncé le putsch en réclamant "l’emprisonnement illégal de civils, dont Aung San Suu Kyi", prix Nobel de la Paix en 1991 pour son opposition pacifiste à l’ancienne dictature militaire. 

Pékin y est allé aussi de sa réaction en appelant les Birmans à "régler leurs différends dans le cadre de la constitution et des lois". Les Nations unies, par le biais de son secrétaire général Antonio Guterres, ont estimé que "ces développements portent un coup dur aux réformes démocratiques en Birmanie" et que les législatives de novembre reflètent "la volonté claire du peuple de Birmanie de continuer sur la voie durement acquise de la réforme démocratique". Le Conseil de sécurité de l’ONU a par ailleurs prévu de se réunir dans les prochains jours.

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Est-ce inédit en Birmanie ?

Le putsch militaire n’est en fait pas le premier du genre dans le pays, depuis son indépendance en 1948. La Birmanie a en effet subi deux précédents coups d’État, en 1962 et en 1988. Le premier a permis l’accession au pouvoir du militaire Ne Win, tour à tour Premier ministre, chef de l’État, et chef du parti unique à l’époque, et considéré pendant près de vingt ans comme l’homme fort du pays. Le deuxième a provoqué la prise de pouvoir d'une junte militaire, le Conseil d’État pour la restauration de la loi et de l’ordre. Devenu ensuite le Conseil d’État pour la paix et le développement, il s’est maintenu jusqu’en 2011, date à laquelle un gouvernement civil a été mis en place. Mais l’armée n’a jamais perdu son influence dans les institutions, ce qui n’a pas facilité la transition démocratique : près d’un quart des sièges au Parlement étaient, jusqu’aux élections, occupés par des militaires non élus.

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