Auschwitz : 71 ans après la guerre, deux ex-gardiens du camp face aux juges

Auschwitz : 71 ans après la guerre, deux ex-gardiens du camp face aux juges

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ALLEMAGNE - Reinhold Hanning et Hubert Zafke s'apprêtent à répondre devant la justice allemande de complicité dans l'extermination des Juifs. Deux procès qui témoignent de la volonté du pays de juger "jusqu'au dernier" les criminels nazis. Malgré les difficultés que rencontre cette justice tardive.

En juillet 2015, plus de 70 rescapés d’Auschwitz avaient assisté au procès d'Oskar Gröning, un ancien comptable du camp finalement condamné à quatre ans de prison. Ils seront une quarantaine à faire de même, jeudi, à Detmold ou Neubrandenburg. Ces deux villes allemandes vont en effet accueillir les procès de Reinhold Hanning, 94 ans, et Hubert Zafke, 95 ans, accusés de complicité dans l'extermination des Juifs à Auschwitz. Une nouvelle manifestation de la volonté du pays de juger "jusqu'au dernier" les criminels nazis.

Jeune ouvrier engagé en juillet 1940 dans les Waffen SS, parti combattre dans les Balkans puis sur le front russe, Hanning a été transféré début 1942 à Auschwitz. Membre des Totenkopf, unité SS sanglée dans un uniforme à tête de mort, il était affecté au camp de base Auschwitz-I tout en surveillant à l'occasion la rampe d'arrivée de Birkenau, dit Auschwitz-II. Selon l'accusation, ses tours de garde l'impliquent dans "au moins 170.000 morts" entre janvier et juin 1943.

"L'âge n'a pour moi aucune importance"

Hubert Zafke, lui, s’engage à 19 ans dans la Waffen SS. Ce fils de paysans s'est lui aussi battu à l'Est avant de rejoindre en octobre 1943 le "service sanitaire" d'Auschwitz. L'accusation lui reproche d'avoir été de garde à Birkenau lors de l'arrivée de 14 convois à la fin de l'été 1944, dont 3.681 occupants ont été immédiatement gazés. Parmi eux se trouvaient Anne Frank et sa famille. L'adolescente est morte en mars 1945 après son transfert à Bergen-Belsen.

Contrairement à l’adolescente néerlandaise rendue célèbre par son journal, Hanning et Zafke, eux, ont profité de leur anonymat pour couler des jours tranquilles dans l’Allemagne d’après-guerre. Seules 6.656 condamnations ont en effet été prononcées depuis 1945, avec 91% de peines inférieures à 5 ans de prison, selon l'historien Andreas Sander. Mais le procès de John Demjanjuk, en 2011, avec la condamnation à cinq ans de prison de cet ancien garde de Sobibor, a relancé la traque des derniers nazis, après des décennies de poursuites avortées. La traque de "rouages" qui, même s’il n'existe aucune preuve d'un geste criminel précis, méritent d’être jugés pour la justice allemande (voir encadré). Même tardivement. "L'âge n'a pour moi aucune importance", martèle dans la presse ces jours-ci le procureur de Dortmund, qui porte l'accusation contre Hanning, estimant que la justice du pays "doit aux victimes et à leurs proches" de poursuivre les crimes du IIIe Reich.

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