Autour de Donald Trump, les réseaux sociaux coupent les ponts

La page d'accueil du compte Twitter de Donald Trump.

BLOQUÉ - C'est coupé de ses réseaux sociaux que Donald Trump a passé ces dernières heures. Twitter, Facebook, et les autres ont restreint ses accès, des sanctions temporaires qui pourraient bien devenir définitives.

On aurait bien aimé, hier soir, être une petite souris dans le bureau ovale de la Maison-Blanche, à l'heure où le Congrès a pu reprendre ses travaux pour valider la victoire de Joe Biden. On aurait aimé y voir les réactions d'un Donald Trump qui depuis deux heures environ n'avait plus accès à son propre compte Twitter. Une sanction décidée dans l'urgence par le réseau social, face à l'intrusion des supporters de Trump dans le Capitole, et aux messages du président qui dans le même souffle demandait aux émeutiers de rentrer chez eux, tout en réitérant ses soupçons infondés de fraude électorale, et en glissant un "We love you" à ceux qui avaient pris d'assaut le Congrès. La vidéo de trop, que YouTube a d'ailleurs également effacée.

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Plus tôt dans la soirée, Twitter avait déjà tenté de contenir les sorties du président, en empêchant presque toute interaction avec les messages qu'il publiait : on ne pouvait ainsi ni les liker, ni y répondre, ni les repartager tels quels. Une stratégie qui aura tenu moins de deux heures, avant que, face à la violence des événements, Twitter ne jette l'éponge, et pour la première fois bloque toute nouvelle publication sur le compte Twitter d'un chef d'État. Une sanction décrite alors comme temporaire, pour 12 heures seulement, charge au président d'effacer trois de ses messages les plus inflammatoires, ce que Trump a fait immédiatement. 

Une sanction assortie d'un avertissement : en cas de nouvelle infraction, ou de nouvel appel à la violence, Twitter a informé Donald Trump que son compte pourrait être définitivement fermé. C'est d'ailleurs ce que demandaient en cœur nombre de politiques et d'observateurs. "Il faut que Facebook et Twitter le virent", réclamait Alex Stamos, ex-chef de la sécurité de Facebook, "Il n'y a plus d'exigence d'équité à le laisser faire, et se borner à signaler ses abus ne suffit plus."

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Près de 15 heures plus tard, le compte du président est toujours là, mais il ne lui semble toujours pas possible d'y publier de nouveaux messages à destination de ses 88 millions de followers. Un vrai problème pour celui qui depuis ses débuts en politique a utilisé le réseau social comme lien direct avec la presse et l'opinion, de manière parfois boulimique, mais surtout sans filtre aucun. De son côté, Twitter a régulièrement été embarrassé des saillies de Donald Trump, de ses insultes, de ses fake news, face auxquelles le réseau social s'est longtemps montré tolérant, un peu trop parfois peut-être, justifiant ce traitement de faveur par le fait qu'un président n'est pas un utilisateur comme les autres, et que même outranciers, ses tweets sont comme une archive à conserver pour l'histoire. 

Face au futur ex-président, Twitter fait tomber les gants

Interrogé par les médias américains, Twitter reste pour l'instant dans le flou : si les 12 heures de sanction sont passées, le réseau social ne dit pas pour l'instant à quel moment Donald Trump regagnera le plein usage de son compte. L'une des choses qui expliquerait que les réseaux sociaux aient décidé d'arrêter de prendre des gants avec le plus encombrant de leurs utilisateurs, c'est bien que la fin de son mandat est proche, et que son épinglette de POTUS ne pourra plus lui servir de talisman face à des règles qui s'appliquaient à tous les autres utilisateurs. 

Mais s'il est l'un de ses principaux relais, Twitter n'est pas le seul réseau social sur lequel Donald Trump s'exprime à avoir réagi. Avec une rare réactivité, Facebook a emboîté le pas de son concurrent, bloquant à son tour le compte du président. Idem pour Instagram, qui appartient à Facebook, même si Donald Trump ne l'utilise que très rarement. Snapchat a également interdit toute nouvelle publication sur le compte du président.

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De son côté, Facebook a listé dans la nuit les types de contenus qu'il tentera de bloquer automatiquement sur toutes ses plateformes. Tous textes, vidéos et images appelant à prendre le Capitole d'assaut, mais aussi tous les clichés célébrant les émeutes d'hier soir, et tous nouveaux appels à des manifestations interdites ou armées seront interdits. Des restrictions qui s'ajoutent à celles mises en place pour encadrer la dissémination de fake news pendant la campagne électorale et sur la légitimité des résultats de l'élection présidentielle.

Surtout, dans l'après-midi de jeudi, Mark Zuckerberg, fondateur de Facebook, a décidé de maintenir le blocage du compte de Donald Trump, pour "au moins deux semaines", le temps de l'arrivée à la Maison Blanche de Joe Biden. Une décision qu'il explique sur page Facebook, en disant que "(...) le risque qu'il y aurait à laisser le président utiliser nos services pendant cette période est juste trop grand." Un blocage qui concerne également le compte Instagram de Donald Trump.

 Expulsé - même temporairement - des grandes plateformes, reste un réseau social où Donald Trump serait accueilli comme le messie : Parler, le réseau de l'alt-right américaine, qui n'a pas la puissance d'un Facebook ou le rayonnement d'un Twitter, mais qui est déjà un fan-club géant du président, où tous ses collaborateurs, soutiens, militants et sympathisants sont déjà. Une bulle informationnelle où le futur ex-président n'aurait que des amis et serait comme chez lui, libre de se remettre au sans-filtre.

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