Autriche : 5 choses à savoir sur le FPÖ, ce parti fondé par d’ex-nazis de retour au pouvoir

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ZOOM – Douze ans après sa dernière participation à un gouvernement, l’extrême-droite autrichienne signe ce lundi son retour aux affaires. Un renouveau qui doit autant au lissage du discours du FPÖ qu’à la forte place des questions sur l’immigration et l’islam dans le débat public. Focus sur ce parti aux origines troubles, et qui est aujourd’hui fer de lance du nationalisme en Europe.

Les réactions outrées et les sanctions engendrées ne sont plus qu’un lointain souvenir. Ce lundi, alors que le Parti de la liberté d’Autriche (FPÖ) a officialisé son retour au pouvoir aux côtés du jeune chancelier conservateur Sebastian Kurz, seule une poignée de manifestants sont descendus dans les rues de Vienne pour crier leur colère et leur réprobation. En 2000 pourtant, quand le FPÖ avait fait son entrée dans les rangs du gouvernement, nombre de pays, Israël et ceux de l’Union européenne en tête, n’avaient pas manqué d’exprimer leur gêne et leur irritation, rompant leurs relations diplomatiques avec le pays. 


Un signe de la banalisation du mouvement ? De son recentrage ? De la prépondérance des questions sur l’immigration et l’islam dans le débat public autrichien ? La vérité se trouve sûrement à la croisée des chemins. Quoi qu’il en soit, en obtenant le poste de vice-chancelier ainsi que trois ministères régaliens clés (Intérieur, Défense, Affaires étrangères), le parti d’extrême-droite vient de signer l’un de ses plus retentissants coups d’éclat, le plaçant plus que jamais parmi les fers de lance du nationalisme européen. De ses origines troubles à ce retour en fanfare aux affaires, voici cinq choses à savoir sur le FPÖ.  

D’anciens SS comme premiers dirigeants

Fondé en 1956 comme émanation de l'Union des indépendants, un regroupement d'anciens nazis privés de leurs droits civiques, le FPÖ défend tout d'abord des idées nationales-libérales et pangermanistes d’unification de l’Allemagne et de l’Autriche. Signe de cet héritage nauséabond, dans ses premières années, il est coup sur coup dirigé par deux anciens de la Waffen-SS, Anton Reinthaller et Friedrich Peter. Vu comme une alternative aux partis classiques -les socio-démocrates (SPÖ) et les conservateurs (ÖVP)- qui dominent le paysage politique, le FPÖ est à l’époque censé représenter une "troisième voie". 

Des alliances d’abord à gauche puis à droite

Tandis qu’il se cherche idéologiquement, le parti met peu à peu les "ultras" d’extrême-droite au ban et prend une tournure plus libérale, prônant une réduction des impôts, des dépenses, et plus généralement de toute forme d’intervention de l’Etat. En 1983, le chancelier social-démocrate Fred Sinowatz permet la formation d’une coalition rouge-bleue avec le FPÖ. Un choix qui sera reconduit par son éphémère successeur Frantz Vranitzky en 1986. 


Quatorze ans plus tard, revenue à ses "fondamentaux", la formation nationaliste s’allie avec le leader de droite Wolfgang Schüssel (2000-2007), faisant de celui-ci le nouvel homme fort de l’Autriche alors même qu’il n’avait fini que troisième des élections législatives de l’année précédente. Ce scénario, rendu possible par le refus du SPÖ de gouverner avec l’extrême-droite, place le pays sous le feu des critiques internationales.

Un leader historique au destin tragique

Arrivé deuxième du scrutin de 1999 avec près de 27% des voix (son record), le FPÖ a pu compter sur le charisme de son leader historique Jörg Haider. Alors que le parti est au plus bas, cet admirateur assumé des SS aussi bronzé qu’à l’aise dans les médias prend les rênes du FPÖ en 1986. Il est alors âgé de 36 ans. Trois ans plus tard, ses slogans xénophobes et ses prises de position dérangeantes font mouche auprès des électeurs puisqu’il est élu gouverneur de la région méridionale de Carinthie (aujourd’hui lourdement endettée). Un poste qu’il est contraint de quitter sous la pression en 1991 après avoir fait l'éloge de "la politique de l'emploi du IIIe Reich" mais qu’il retrouve en 1999. 


L’année suivante, pour permettre à sa formation d’entrer dans le gouvernement Schüssel, il accepte d’abandonner la présidence du FPÖ avant, cinq ans plus tard, de déchirer sa carte d’adhérent pour créer un nouveau parti, le BZÖ. Son dernier coup d’éclat. En 2008, alors qu’il rentre de boîte de nuit à bord de sa berline de luxe, Jörg Haider se crashe à plus de 140 km/h sur une route limitée à 70 km/h et meurt des suites de ses blessures.  

Un lissage du discours et de l’image

Entamé par Jorg Haider, qui, en 2005, tente de redorer l'image du parti en écartant les "ultras" pangermanistes, antisémites et xénophobes qui l'avaient porté au pouvoir, le recentrage du FPÖ va finalement se faire sous la houlette de Heinz-Christian Strache, son actuel dirigeant. Un recentrage qui n’avait rien d’évident au départ. Et pour cause : lors de sa prise de pouvoir, cet ancien "jeune loup" de l’extrême-droite connu pour s’être livré à des exercices paramilitaires en compagnie de néonazis promettait plutôt un virage ultranationaliste. Chantre de la lutte contre l’immigration et l’islam, Strache rajeunit dans un premier temps le FPÖ, sans pouvoir empêcher son ostracisation et sa dégringolade dans les urnes. 


Une hémorragie qu’il tente de freiner en polissant ses propos et en écartant à son tour les figures les plus encombrantes du mouvement. Le pari est gagnant : en 2016, le candidat du FPÖ, Norbert Hofer, obtient 46,2% au second tour de la présidentielle, meilleur score de la formation à une élection nationale. Un an plus tard, le nouveau chancelier Sebastian Kurz fait de Strache son numéro deux.

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Un double jeu ?

S’il est (re)devenu fréquentable pour certains en entrant au gouvernement et en excluant l’idée d’un référendum sur la sortie de l’Autriche de l’UE, le FPÖ continue de diviser une partie importante de la société. Selon les observateurs du jeu politique autrichien, le parti et Heinz-Christian Strache n'ont, sur le fond, rien cédé sur leurs fondamentaux xénophobes et eurosceptiques. 


Les allusions régulières au risque d'"invasion de masse" et de "guerre civile" montrent "clairement qu'ils restent radicaux", note ainsi Nina Horaczek, une journaliste qui a consacré une biographie au leader nationaliste. Un avis partagé par le Comité Mauthausen, une organisation de déportés, pour qui le FPÖ reste "incurable" dans ses penchants extrémistes. Alors que Heinz-Christian Strache avait récemment affirmé, en bon joueur d’échecs, "toujours calculer plusieurs coups à l'avance", le politologue Thomas Hofer estime ainsi que l'adoption par le FPÖ d’un ton modéré ne "relève d'une simple tactique".

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