Autriche : le chancelier Sebastian Kurz renversé par le Parlement

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POLITIQUE - Le chancelier conservateur Sebastian Kurz a été renversé par une motion de censure du parlement autrichien, dix jours après le scandale d'une vidéo compromettante mettant en cause le vice-chancelier et l'éclatement de la coalition qu'il avait formé avec l'extrême droite.

Effet domino au gouvernement autrichien. Le chancelier Sebastian Kurz a été renversé lundi 27 mai par un vote des principaux partis d'opposition. Plus jeune dirigeant d'Europe, il devient le premier chancelier autrichien à être écarté par une motion de censure, et celui dont le mandat aura été le plus bref, malgré des taux de popularité toujours élevés.

Vidéo compromettante et démissions en cascade

Cette motion de censure intervient dix jours après le "scandale de l'Ibizagate" qui a fait voler en éclat la coalition de la droite avec l'extrême droite. Tout a commencé avec une vidéo "piège", filmée en cachette en 2017 sur l'île espagnole d'Ibiza et diffusée le 17 mai. Le leader d'extrême droite Heinz-Christian Strache, s'y disait prêt à offrir d'importants marchés publics à un oligarque russe en échange de financements illégaux. A la tête du parti nationaliste FPÖ depuis 14 ans, M. Strache a été obligé de démissionner de son poste de vice-chancelier dès le lendemain de la révélation de ce scandale.

Sa chute a entraîné plusieurs départs au sein du gouvernement. D'abord le ministre de l'Intérieur, affaibli par plusieurs dérapages, a été limogé par Sebastian Kurz. Puis en représailles, les autres ministres du FPÖ ont quitté le gouvernement, laissant le parti conservateur seul à la barre, jusqu'aux élections législatives anticipées - qui auront lieu en septembre prochain pour tenter de sortir de l'impasse politique. La coalition FPÖ-ÖVP a ainsi volé en éclats et certains parlementaires ont pris la décision de demander le vote d'une motion de censure.

La motion de censure votée par l'opposition et ses anciens alliés

Le sort de Sebastian Kurz a finalement été scellé par la décision du FPÖ de voter la motion de défiance aux côtés des sociaux-démocrates du SPÖ, qui avaient lancé la procédure. Ces deux formations cumulent une majorité de 103 députés dans l'hémicycle de 183 sièges, provoquant l'immédiate éjection du chancelier. Quelques heures plus tôt devant le parlement réuni pour débattre, Sebastian Kurz avait pourtant jugé que "personne dans le pays ne pourra comprendre la volonté de renverser le gouvernement". Jusqu'à cette échéance, il entendait se maintenir au pouvoir et incarner "la stabilité". Il reproche désormais aux sociaux-démocrates et à l'extrême droite d'avoir formé "une coalition" pour le renverser.

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Pour les sociaux démocrates, joindre leurs voix à celles de l'extrême droite pour faire tomber le gouvernement était un pari risqué dans un pays soucieux d'équilibre et de compromis entre les partis politiques. Selon un récent sondage, la majorité des Autrichiens était d'ailleurs favorable au maintien de Sebastian Kurz à son poste du chancelier. Pour certains analystes, le chef des conservateurs pourrait en tirer un regain de popularité dans l'opinion. D'autant plus qu'il a été conforté dimanche par le plébiscite de son parti aux élections européennes, qui a remporté 35% des voix. Cette éviction ne diminuerait donc pas forcément ses chances aux prochaines élections, l'économie autrichienne se portant bien et la ligne dure des conservateurs sur l'immigration étant largement soutenue.

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