Avec le Brexit, la fin de l'Union européenne à la carte

Avec le Brexit, la fin de l'Union européenne à la carte
International

LA FIN DES PRIVILEGES - Alors que l'Europe digère encore la victoire des partisans du Brexit, certains politiques européens y voient déjà l'occasion de parfaire l'intégration européenne, alors que le Royaume-Uni a trop longtemps constitué un frein à la construction de l'UE.

Le pessimisme est de rigueur, au lendemain de la victoire des partisans britanniques de la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne (UE). Pourtant,  le Brexit pourrait bien être une bonne nouvelle, estiment certains politiques européens, en vue de relancer la construction de l’UE.

Toute entreprise européenne pour renforcer l’intégration des pays membres et l'esprit fédéraliste dans la communauté européenne a été freinée par le Royaume-Uni depuis quatre décennies, comme l’illustraient les propos de Margaret Thatcher en 1988 au Collège de l'Europe : "Nous n’avons pas réussi à faire reculer les frontières de l’Etat en Grande-Bretagne pour qu’on nous les réimpose au niveau européen, par le biais d’un super Etat européen exerçant sa domination depuis Bruxelles", avait-elle alors  déclaré . Depuis son entrée dans l’UE (ou la CEE pour sa version antérieure), le Royaume-Uni n’a alors eu de cesse de négocier un statut privilégié.

Le statut particulier du Royaume-Uni dans l'UE

Participation : pas comme les autres
Dès son entrée dans la Communauté économique européenne (CEE) en 1973, le Royaume-Uni a négocié à la baisse sa participation au budget européen. Si les Anglais versent chaque semaine 250 millions de livres au budget européen, le rabais obtenu s’élevait en 2015 à 6,57 milliards d’euros.

Maastricht : pas comme les autres
En signant le traité de Maastricht en 1992, les Anglais ont obtenu une clause d’exemption sur la monnaie unique et vont s’exclure de la zone euro. Le Royaume-Uni a gardé sa propre politique monétaire et de change, au nom de la souveraineté nationale, mais a su tirer profit du marché unique européen.

► Schengen : non merci
Les Anglais n’ont pas adhéré non plus à l’espace Schengen, et les ressortissants européens doivent à ce titre se soumettre à un contrôle d’identité pour entrer sur le territoire britannique.

► Solidarité européenne : non et non
Le Royaume-Uni n’a pas participé aux mécanismes financiers de secours aux pays confrontés à la crise de la dette souveraine. En 2011, le Premier ministre David Cameron a par ailleurs mis son veto à la réforme du traité de Lisbonne, qui devait permettre de mieux contrôler les budgets nationaux en réponse à cette crise des dettes souveraines de la zone euro.

Justice européenne : non merci
Le Royaume-Uni ne participe pas non plus à la politique de justice en Europe. Elle récuse d’ailleurs la Cour européenne des droits de l’homme : la loi britannique interdit par exemple aux détenus de voter, ce qui est contraire aux prérogatives de la CEDH.

"Un électrochoc pour relancer l'Europe"

Autant d'oppositions successives qui font dire au député du PPE Alain Lamassoure ce samedi sur  France info  : "Les Britanniques ne se sont jamais sentis à l’aise dans l’Union européenne et surtout ils n’ont jamais partagé avec nous le projet européen". Cet inspirateur de l’article 50 du traité de Lisbonne – qui prévoit la sortie d’un Etat membre de l’UE – estime que les Anglais ont vu l'Europe comme un "grand marché économique et non pas un projet politique". "Il faut saisir l’occasion de cet électrochoc (du Brexit, ndlr) pour relancer l’Europe", a-t-il encore déclaré.

Même son de cloche du côté de Jean-Luc Mélenchon, qui dénonçait ce samedi après-midi l'absence d'harmonisation fiscale, de standards sociaux communs – ce qui raccrochait encore le Royaume-Uni à l'Union européenne. Le député européen estime que l’UE ne fonctionne pas sous sa forme actuelle et appelle à changer les traités européens pour plus d'égalité entre les peuples. "S’il est évident que nous sommes dans une situation d’échec de l’UE, il n’est pas moins évident que cette situation comporte de nombreux dangers qu’il faut juguler. Notamment celui du nationalisme et de l’opposition des peuples entre eux", a écrit le député européen sur son blog .

Si le Royaume-Uni n’a eu de cesse de façonner l’Europe à son image, le Brexit serait pour ces politiques europhiles l’occasion de sortir de cette logique d’Union à géométrie variable. Mais la sortie du Royaume-Uni de l’UE pourrait au contraire donner des ailes aux eurosceptiques, comme en Slovaquie, aux  ou en Pologne , et ébranler un peu plus la construction européenne.

A LIRE AUSSI 
>>
Ce que le Brexit pourrait changer sur l'immigration
>>
Comment devrait s'organiser concrètement la sortie du Royaume-Uni
>>
Ce que le Brexit pourrait changer dans l'économie britannique et la nôtre
>>
Ravi, le Front national réclame maintenant le Frexit
>>
Suivez notre live sur le Brexit

Sur le même sujet

Et aussi

Lire et commenter

Alertes

Recevez les alertes infos pour les sujets qui vous intéressent