Avec le printemps, les navires de migrants affluent en Méditerranée

Avec le printemps, les navires de migrants affluent en Méditerranée
International

NAUFRAGES - Au moins 70 migrants sont morts noyés en Mer Méditerranée ces trois derniers jours. Les organisations s'inquiètent d'un afflux massif d'embarcations de migrants sur cette route maritime, avec le retour du printemps et la fermeture des frontières européennes. Mais pour l'heure, l'essentiel des arrivants enregistrés venait d'Afrique subsaharienne, et non du Proche-Orient.

Trois naufrages de migrants ont fait au moins 70 morts depuis ce mercredi, et des dizaines de disparus, selon les autorités italiennes. 45 corps ont été récupérés après le dernier naufrage de migrants ce vendredi et le bilan pourrait encore s'alourdir au fil des recherches. Ce nouveau drame s'est produit à peine 24 heures après un autre naufrage ayant fait entre 20 et 30 morts et deux jours après celui qui a fait cinq morts. Dans ce désastre, la marine italienne a réussi à sauver plus de 550 personnes mais leurs récits laissent redouter une centaine de disparus.

Cette série de tragédies rapprochées inquiète les agences onusiennes : "Trois naufrages en trois jours, c'est très inquiétant. On voit maintenant arriver ces bateaux de pêche de très mauvaise qualité", a déclaré Carlotta Sami, porte-parole du Haut-commissariat de l'ONU aux réfugiés (HCR). Depuis le lundi 23 mai, les messages d'alerte se sont succédé sur les radios de navires qui croisent au large de la Libye : plus de 12.000 migrants secourus en cinq jours, du jamais vu selon des secouristes – dont un petit garçon né à bord d'une embarcation de fortune. "C'est exceptionnel, on est presque au niveau des îles grecques l'année dernière", reconnaît Flavio di Giacomo, porte-parole en Italie de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM). Les estimations sur le nombre de candidats au départ actuellement en Libye varient de quelques dizaines à plusieurs centaines de milliers, sans aucune certitude.

L'accord UE-Turquie, un pousse-au-crime inefficace ?

Avec le printemps et le retour d'un temps clément, les organisations craignent un afflux massif d'embarcations de migrants venues d'Afrique du Nord. L'Italie, par la voix de Matteo Renzi, a exprimé son inquiétude début mai face au regain d'embarcations de fortune venues s'échouer sur ses côtes dans les dernières semaines, rapporte France 24 . Selon un décompte de l'OIM, la vague de cette semaine porte le nombre des arrivées à environ 44.000.

Les réfugiés pourraient être tentés de passer par la Méditerranée tandis que les autres routes pour rejoindre l'Europe sont bloquées : plusieurs pays des Balkans ont fermé leurs frontières et l'accord conclu entre l'Union européenne (UE) et la Turquie en mars dernier pourrait inciter les réfugiés (syriens, irakiens et afghans notamment) à emprunter la route reliant la Libye et l'Italie. Le conseiller spécial sur les migrations de l’ONU, Peter Sutherland, a justement exprimé ses réserves sur cet accord, dont l’efficacité est moins que garantie, car les migrants tenteront d’autres routes que les voies de passage entre la Grèce et la Turquie, comme le craint une universitaire dans une tribune pour  Marianne .

Des migrants économiques en première ligne

Un risque à tempérer selon une autre porte-parole de l'OMI, Florence Kim, pour qui "la fermeture des frontières européennes n'a pas dévié les flux migratoires" : "Il y a une vigilance accrue en mer, il y a énormément de patrouilles, de nombreuses opérations Sofia, Triton, mais il faut rappeler qu’il y a une stabilité du flux migratoire. (…) La fermeture des frontières européennes n’a pas dévié les flux migratoires essentiellement constitués de Syriens, d’Afghans et d’Irakiens. Puisque l’on n’a pas noté d’arrivées de ces personnes-là sur les côtes italiennes", explique-t-elle à RFI , le 25 mai.

En effet, pour l'heure, la quasi-totalité des arrivants de cette année venaient d'Afrique subsaharienne – des migrants économiques pour la plupart. Quelle que soit l'origine ou les raisons qui poussent les migrants à l'emprunter, cette route n'en reste pas moins dangereuse pour ceux qui l'empruntent : quelque 3000 personnes ont trouvé la mort en Méditerranée en 2015, et depuis le début de l'année, ce chiffre s'élève déjà à 1370, sans prendre en compte les naufrages des derniers jours.

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