Avion détourné en Biélorussie : le sport, l'autre victime de la crise

Kevin Lalande, gardien de but biélorusse, lors d'un match de hockey sur glace du mondial 2017.

DOMMAGE COLLATÉRAL - Frappée depuis de longs mois par une crise politique profonde, la Biélorussie a vu son isolement encore augmenter après le détournement spectaculaire d'un avion à bord duquel se trouvait un opposant au régime. Souvent oublié dans les discussions, le domaine du sport est, lui aussi, largement touché par cette situation.

Un climat peu propice au sport de haut niveau. Refusant de céder la place à la tête de la Biélorussie, Alexandre Loukachenko entraîne son pays dans un chaos politique sans équivalent en Europe. Manifestations réprimées, opposants traqués... le dirigeant au pouvoir depuis 1994 ne recule devant aucun moyen pour s'assurer de conserver le pouvoir, malgré la pression de la communauté internationale. 

En début de semaine, l'isolement de cette ancienne république de l'URSS s'est encore accru après le détournement, par Minsk, d'un vol commercial entre la Grèce et la Lituanie. Une initiative spectaculaire qui a conduit à l'arrestation de l'opposant Roman Protassevitch

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Biélorussie : l'arrestation spectaculaire de l'opposant Roman Protassevitch

Face à cette nouvelle provocation, l'Union européenne a durci ses sanctions financières à l'encontre du régime biélorusse. Face à la pression mise par plusieurs pays, l'Union européenne de cyclisme a décidé jeudi d'annuler ses championnats d'Europe sur piste prévus du 23 au 27 juin à Minsk. "A la lumière de la situation internationale actuelle", le conseil exécutif de l'UEC a renoncé à ce rendez-vous, a indiqué l'instance. "Nous nous employons déjà à trouver une solution alternative qui permette aux athlètes de nos 50 fédérations nationales de disputer la manifestation continentale cette saison", a ajouté son président, Enrico Della Casa. 

Espérant faire plier le dictateur par le biais d'une approche plus dérobée que celle des sanctions, plusieurs pays avaient choisi une approche complémentaire. Mercredi, Allemagne et Pays-Bas avaient ainsi annoncé le retrait de leurs équipes respectives de la compétition. Dans un communiqué, la fédération allemande avait "indiqué que, dans ces circonstances, la participation de l'équipe nationale allemande de cyclisme sur piste aux Championnats d'Europe [...] n'était pas possible".

La fédération néerlandaise (KNWU), de son côté, avait estimé que "la sécurité des coureurs et du personnel ne pouvait pas être garantie"

Le Mondial de hockey déjà délocalisé

En cas de délocalisation, il s'agirait d'un coup dur pour la Biélorussie, rarement hôte d'une grande compétition sportive internationale. Le pays n'en est d'ailleurs pas à son coup d'essai. En janvier dernier, cédant à la pression d'opposants et de sponsors, la Fédération internationale de hockey sur glace (IIHF) avait déjà retiré à l'ancienne république soviétique l'organisation du Mondial de hockey sur glace. Elle avait alors expliqué qu'il était "impossible", en raison de la situation locale inextricable, de "garantir le bien-être des équipes, des spectateurs et des officiels" lors de la compétition. 

L'une des principales opposantes de Loukachenko, Svetlana Tikhanovskaïa, s'était alors félicitée d'une "victoire" permettant d'éviter une "vague supplémentaire de répression au prétexte de nettoyer la ville (Minsk, ndlr) avant les championnats"

"Démocratie 1 - Loukachenko 0", concluait-elle alors. Une réaction qui tranchait logiquement avec celle du président de la Fédération biélorusse du hockey sur glace, Dmitri Baskov : "Nous regrettons que la Fédération internationale de hockey sur glace et les principales marques mondiales qui soutiennent le développement du hockey mondial soient devenues les victimes de jeux politiques."

Polémique autour du drapeau biélorusse

Officiellement retiré à la Biélorussie, le mondial 2021 de Hockey sur glace se déroule finalement en Lettonie. Les premiers jours de la compétition, qui a démarré le 21 mai dernier, ont été émaillés d'une nouvelle polémique qui illustre elle aussi la précarité de la situation biélorusse.

Après d'importantes protestations de l'administration de Loukachenko, la ville de Riga a essuyé les critiques de l'IIHF pour sa décision de remplacer le drapeau biélorusse officiel par celui qu'utilisent les opposants au régime en place. L'instance a notamment déploré l'utilisation d'une compétition pour faire passer "un message politique", soutenant que "les actions du gouvernement biélorusse sont distinctes de celles des joueurs qui concourent sous le drapeau lors de ce tournoi". Un coup de pression auquel le maire Martins Stakis a refusé de se plier, invoquant les personnes "torturées et tuées" dans le pays voisin. 

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Avant cet épisode symptomatique de l'isolement biélorusse, le pays avait également été désavoué par la fédération internationale de biathlon. L'IBU a en effet décidé de renoncer à l’étape de Minsk-Raubichi (3 au 6 mars 2022) "à la lumière de la situation" politique du pays, la relocalisant à Kontiolahti, en Finlande. 

Quelques semaines auparavant, le Comité international olympique avait déjà annoncé, par la voix de son président Thomas Bach, la suspension d'Alexandre Loukachenko de "toutes les manifestations et activités du CIO, y compris les Jeux Olympiques", lui reprochant notamment de violer la charte olympique en ne protégeant pas "de manière appropriée les athlètes"

Les sportifs, "point faible de Loukachenko" ?

Plusieurs athlètes locaux ont d'ailleurs fustigé la dictature en place en Biélorussie. "Nous sommes le point faible de Loukachenko", a déclaré Konstantin Yakovlev, entraîneur déchu du Handball Vityaz Club après avoir pris position contre le régime. "L’image de Loukachenko repose sur les athlètes. Il adore le sport. C’est seulement maintenant que nous comprenons que le sport, c’est de la politique."

"En tant qu’êtres humains, c’est impossible de ne rien faire face aux violences", estime de son côté Elena Lechevko, célèbre basketteuse biélorusse, emprisonné durant deux semaines pour avoir participé à une manifestation. "Et en tant qu’athlètes, nous avons le devoir d’utiliser nos voix, les réseaux sociaux, de nous unir et d’agir ensemble", souligne-t-elle dans les colonnes de Libération

"Bien sûr que ce qu'il se passe en Biélorussie me tient beaucoup à cœur. Mais que peut-on faire ?", s'interroge, au contraire, la joueuse de tennis Victoria Azarenka lors d'une interview accordée à l'Équipe. Une impuissance qui est encore celle de nombreux sportifs biélorusses aujourd'hui.

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