Avion russe abattu par la Turquie : "Il y a une volonté de Moscou d'intimider Ankara"

Avion russe abattu par la Turquie : "Il y a une volonté de Moscou d'intimider Ankara"

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INTERVIEW - L'armée turque a abattu ce mardi un avion de chasse russe qui a selon elle violé son espace aérien. A plusieurs reprises, ces derniers mois, Ankara s'était plainte d'intrusions similaires. "Metronews" a interrogé Jean-Sylvestre Mongrenier, chercheur associé à l'Institut Thomas More, spécialiste notamment des questions de Défense et de l'Otan, sur les raisons de cet acte et ses conséquences.

Ce n'est pas la première fois qu'un avion russe viole l'espacé aérien turc. Ces tirs étaient-ils selon vous inévitables ?
Il y a effectivement déjà eu à plusieurs reprises des incursions d'avions russes dans l'espace aérien turc, qui ont donné lieu à des contestations diplomatiques de la part d'Ankara. La Russie mène une politique d'intimidation envers la Turquie, qui est impliquée dans le conflit syrien. Depuis des mois, le pays flirte avec les limites des espaces aériens. Ces tirs ne sont donc pas tellement étonnants. Ankara, de son côté, défend sa souveraineté. Elle ne peut pas accepter que son espace aérien soit régulièrement violé par les avions russes.

Pourquoi la Russie mène-t-elle cette politique d'intimidation ?
Il y a une volonté de provoquer qui s'inscrit dans la durée depuis le dossier ukrainien et l'annexion de la Crimée. La Roumanie doit régulièrement faire décoller ses avions pour intercepter des avions russes. C'est aussi arrivé dans les pays baltes, dont l'espace aérien est surveillé par l'Otan. Moscou mène une politique de provocation, pas seulement envers la Turquie, qui est extrêmement dangereuse.

EN SAVOIR + >> La Turquie abat un avion militaire russe à la frontière syrienne

Y a-t-il néanmoins un antagonisme spécifique entre Ankara et Moscou ?
Il y a une volonté de Moscou d'intimider Ankara, qui réclame la création d'une zone tampon dans la partie nord de la Syrie, pouvant notamment servir d’abri pour les réfugiés. Là, il y a manifestement une volonté russe de bien signifier à la Turquie, et plus largement à l'Otan, que les Russes refuseront la mise en place d'une "no-fly zone" (zone d'exclusion aérienne, ndlr).

A quelles conséquences peut-on s'attendre après cet événement ?
La Turquie va en appeler à l'Otan, probablement à travers l'article 4 du Traité de l'Atlantique Nord (qui spécifie que "les parties se consulteront chaque fois que, de l’avis de l’une d’elles, l’intégrité territoriale, l’indépendance politique ou la sécurité de l’une des parties sera menacée", ndlr). Par le passé, la Turquie a déjà obtenu, à ce titre, le déploiement de missiles anti-aériens et antimissiles Patriot allemand et néerlandais près de la frontière syrienne. Je pense qu'il y aura une réassurance des garanties de sécurité. Pour l'instant, on est dans la diplomatie. Celle-ci doit se traduire par la volonté d'éviter toute escalade. Le maintien des missiles déployés à la frontière pourrait notamment être prolongé.

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