Avortement interdit en Irlande : "J'ai porté mon fœtus mort pendant deux mois"

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IVG - Alors que les Irlandais battent le pavé pour réclamer la légalisation de l'avortement, nous republions ce samedi 26 septembre le terrible témoignage de Lupe, tombée enceinte en Irlande. En 2013, elle a voulu avorter, après que le cœur de son fœtus a cessé de battre. Le début d'un cauchemar qu'elle nous avait raconté en juin dernier.

C'était censé être une bonne nouvelle, c'est devenu un cauchemar. Lupe (le prénom a été changé), traductrice espagnole, apprend en 2013 qu'elle est enceinte. Alors âgée de 37 ans, elle vit à l'époque en Irlande, à quelques heures de Dublin, avec son compagnon et son premier enfant. Son médecin traitant, sur place, la félicite, suite à un seul test d'urine. "Mais dès le début, j'ai compris que quelque chose n'allait pas", confie aujourd'hui la maman à metronews.

Et son intuition se confirme. A onze semaines de grossesse, Lupe commence à avoir des saignements. A l'hôpital, où elle se rend très vite, les médecins ne parviennent pas à entendre le cœur du bébé. Mais personne ne lui fait d'échographie. Un toucher vaginal, et on conclut qu'il y a fissure du col de l'utérus et que tout cela est très normal. "On m'a dit d'attendre deux semaines pour une échographie. Mais j'étais tellement inquiète, je ne pouvais pas patienter !"

"Nous avons les mains liées"

En clinique privée, où elle se rend pour accélérer le processus, le verdict tombe : le cœur du fœtus ne bat plus, il faut enlever le bébé. Mais de retour à l'hôpital public, les médecins ne l'entendent pas de cette oreille. Ils demandent une nouvelle échographie, "pour être sûr". Lupe en est alors à 14 semaines de grossesse. Quelques jours plus tard, elle fait face à la même annonce, à la même douleur. L'embryon est bien mort, les médecins lui présentent même leurs condoléances. Et voilà qu'on lui demande à présent ce qu'elle compte faire. "Comment ça, ce que je compte faire ? Enlever le fœtus bien sûr, il est mort !", rétorque la maman. Hélas, en Irlande, où l'avortement est toujours interdit sauf en cas de danger de mort pour la mère, ce n'est pas si simple.

Assise dans ce cabinet, Lupe voit alors défiler deux, puis trois médecins. "Ils m'ont tous raconté le même baratin, me disant qu'il fallait faire de nouvelles échographies, plus tard, pour être bien sûr que le fœtus ne grandissait plus. Alors que je portais déjà mon bébé mort dans le ventre depuis deux mois. Émotionnellement, c'était très difficile à vivre et je craignais pour ma santé." Finalement, le énième docteur consulté lâche un aveu : "Nous avons les mains liées, nous ne pouvons rien faire pour vous." La loi irlandaise, en effet, condamne les médecins à 14 années de prison s'ils pratiquent l'avortement sur une femme qui n'est pas à l'article de la mort.

Fausse couche dans l'avion

Lupe se remémore alors l'affaire Savita , décédée en 2012 suite à une fausse couche, faute d'avoir pu avorter : "Ça c'était passé quelques mois plus tôt, dans ce même hôpital. Alors, j'ai compris qu'il fallait que je parte." Son médecin soignant, en Espagne, lui dit de rentrer en urgence. Et pendant le voyage jusque Valence, qui dure 16 heures, Lupe se met à saigner. "C'était très éprouvant, j'ai commencé à faire une fausse couche dans l'avion..."

En Espagne, finalement, des soins lui sont prodigués pour évacuer le fœtus au mieux. Mais Lupe garde un souvenir indélébile de cette expérience. "Les médecins irlandais se fichent de la femme. Tout ce qui leur importe, c'est le fœtus, même mort. Et je crains fort que le changement ne soit pas pour demain." Depuis, elle a quitté l'Irlande et vit au Luxembourg. Au bout du fil, on entend des gazouillis. Ceux d'une petite fille, née il y a six mois.

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