Bachar, la tentation du ralliement

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SYRIE - Bachar El-Assad sait que le temps joue pour lui. Lors de l’interview que nous avons effectuée la semaine dernière, il a opposé sa vision de la guerre en Syrie à la nôtre. La France, en ayant soutenu les groupes qui lui sont hostiles, aurait en fait soutenu les fondements du terrorisme. Une appréciation tout à fait contestable… mais de moins en moins contestée.

L’une des choses frappantes de cette rencontre avec Bachar El-Assad est le fait de réaliser à quel point la lecture du conflit syrien qu’il nous offre relève d’une logique d’ensemble très cohérente. Elle est héritée d’un principe qui remonte à Thomas Hobbes, la souveraineté d’un Etat terrifiant (le Léviathan) est la clef d’un contrat social qui contraint les citoyens mais leur offre la sécurité.


Le chef du régime syrien (il nie la pertinence du qualificatif "régime") s’est d’abord ingénié à répéter le syllogisme par lequel il prétend que le gouvernement français a fait le jeu des terroristes : la France a soutenu les groupes armés – tout groupe armé est terroriste par définition – donc la France a soutenu les terroristes. Equation logique mais fausse. La France a fait de Daech sa cible prioritaire, là où, comme il nous l’a admis, Bachar El Assad ne le pense pas nécessaire. Qui fait vraiment le jeu des terroristes ? La France au contraire a soutenu les groupes anti-Assad qui n’ont, eux, pas projeté ou orchestré d’attentats en Europe.

Bachar El Assad insiste alors pour réduire tous ses opposants au statut de "terroristes" à partir du moment où ils portent des armes. Il ajoute qu’en France on qualifierait ainsi toute guérilla armée qui viserait à renverser le gouvernement. On aurait pu lui rétorquer qu’il y a une différence précisément à vouloir renverser un régime démocratique et un régime dictatorial (la légitimité des institutions n’est alors pas la même), que les résistants de la Seconde Guerre mondiale, s’attaquant au régime nazi, ne pouvaient pas s’apparenter à des terroristes, quand bien même la Gestapo les appelait ainsi (il aurait d’ailleurs été intéressant d’avoir son avis sur ce point, lui dont le père a longtemps protégé Aloïs Brunner, l’un des grands techniciens de la Solution finale).


Mais le fin mot de son côté est le suivant : c’est de toute façon aux Syriens de choisir. Peu importe que la moitié d’entre eux soit dans l’incapacité de participer à des élections, et que l’autre moitié vive sous un Etat policier. Il s’agit quand même d’une affaire interne. Et jusqu’à preuve du contraire, c’est encore lui Bachar El Assad, qui est installé à la présidence. Il assume pleinement la brutalité de ses méthodes quand il s’agit de protéger l’Etat qu’il représente. Il a la loi pour lui. C’est le Léviathan de Hobbes. Sinon, comme le théorisait le philosophe anglais, c’est le chaos. 


Les idéaux rousseauistes sont donc l’une des grandes victimes de cette guerre en Syrie et de la nouvelle donne diplomatique voulue par Moscou, avec la complicité passive d’une Amérique qui se refuse désormais à être le gendarme du monde. En termes de philosophie politique, c’est le retour au réalisme dans les relations internationales. Les aspirations à la démocratie ne sont bonnes que pour un petit club de pays privilégiés. Chaque Nation est désormais souveraine pour verrouiller la sécurité chez elle. Les dictateurs de tous poils peuvent dormir tranquilles.

En vidéo

Exclusif : l'interview intégrale de Bachar el-Assad

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