Belgique : des retraites versées par Berlin aux ex-collaborateurs des nazis suscitent la polémique

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ALLEMAGNE - Une poignée de collaborateurs du régime nazi perçoivent toujours une pension allemande en Belgique. Une situation effarante pour les députés d'outre-Quiévrain, qui réclament ce mardi la fin de ces versements.

Des pensions de retraite qui dérangent. Près de trois quart de siècle après la fin de la seconde guerre mondiale, une poignée de Belges perçoivent chaque mois quelques centaines d’euros de la part de l’Allemagne. Signe particulier : ils ont été jugés pour collaboration avec le régime nazi. Une situation effarante pour les députés d'outre-Quiévrain, qui réclament la fin de ces versements.

Si l’affaire n’est pas nouvelle - elle a déjà émergée ces derniers mois, l’ambassadeur d’Allemagne à Bruxelles évoquant l’ouverture prochaine d’une enquête -, elle a ressurgi ce mardi dans la presse. Des détails ont été révélés : les pensions sont versées chaque mois, en vertu d'un loi allemande, aux habitants de la Flandre ou de la Wallonie. Ces pensions concernent ceux qui se sont engagés aux côtés de l'armée allemande, ainsi qu'aux enrôlés de force dans les territoires annexés de l'est de la Belgique. 

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Lors d'une audition devant la Chambre des représentants en 2017, l'ambassadeur d'Allemagne en Belgique à l'époque, Rüdiger Lüdeking, avait affirmé que le montant de la pension s'élevait à environ 385 euros.

"Assurer la succession civile du IIIe Reich"

Combien de personnes sont concernées ? Difficile d’avoir un chiffre précis : les autorités belges ne connaissent pas le nombre des personnes qui ont bénéficié de ces pensions et encore moins leurs noms, l'Allemagne ne lui ayant jamais communiqué cette liste. Selon le ministère allemand du Travail, "18 personnes percevaient encore ces prestations en Belgique en février 2019". 

"Il peut s'agir de ressortissants belges ou, par exemple, de ressortissants allemands qui se sont installés en Belgique", a-t-il précisé. L'association "Mémoire-Herinnering", qui a mis le sujet sur le devant de la scène belge, estime même que certains collaborateurs nazis du pays ont pu toucher un salaire plusieurs années après la fin de la guerre, ainsi qu'une retraite de base. "L'Allemagne fédérale a considéré qu'elle devait assurer la succession civile du IIIe Reich et a repris ses engagements", a assuré l’association.

99 retraités se sont vu retirer ce "bonus"

Si elles suscitent la polémique, ces pensions n’en sont pas moins légales. Elles sont en effet versées en Belgique en vertu d'une loi allemande de 1951, qui permet aux victimes de guerre allemandes de toucher une retraite. De nombreux anciens nazis, voire criminels de guerre, ainsi que des collaborateurs étrangers, dans bien d'autres pays que la Belgique, ont pu en bénéficier. Depuis 2008, la loi permet aux Länder (les Etats régionaux allemands), qui versent ces retraites, de les suspendre. Mais cette possibilité a été peu utilisée : 99 retraités se sont vu retirer ce "bonus", contre 50.000 espérés, selon des données de 2017 du ministère allemand du Travail.

Pour les députés d'outre-Quiévrain, cette situation doit désormais prendre fin. "La Chambre des représentants demande au gouvernement (...) de plaider auprès du gouvernement fédéral allemand la fin du régime des pensions accordées aux collaborateurs belges", écrivent les élus dans un texte adopté mardi. L'octroi de ces pensions "pour la collaboration à un des régimes les plus meurtriers de l'Histoire" entre en contradiction "avec le travail de mémoire et le projet de paix" portés par l'Europe. 

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