Français disparus au Bénin : ce pays d'Afrique de l'ouest est-il à risque ?

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ECLAIRAGE – La disparition de deux enseignants français dans la Pendjari interroge sur les caractéristiques de cette région d’Afrique de l'Ouest en matière géopolitique et sécuritaire. La zone était-elle réputée à risque ? Ce type d’événement était-il redouté ?

Si personne ne parle officiellement d'enlèvement, et qu'il n'y a eu aucune revendication, plusieurs éléments semblent corroborer cette hypothèse. Le parc national du Bénin, où deux touristes français ont disparu mercredi soir avec leur guide, dont le corps a été retrouvé depuis, se trouve dans une région frontalière du Burkina Faso, où opèrent de nombreux groupes armés et djihadistes. 

Ce type d’événement était-il en conséquence redouté ? Le Quai d’Orsay avait-il prévenu d’éviter la zone ? Qu’est-ce que cela implique pour la suite ? Le géopolitologue franco-béninois Régis Hounkpè a répondu à ces questions pour LCI. Ancien attaché parlementaire, il est aujourd’hui à la tête d’InterGlobe Conseils, spécialisé en coopération internationale, et en expertise géopolitique sur l'Afrique.

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La rédaction de LCI -  Comment est considérée la situation sécuritaire au Bénin ?

Régis Hounkpè - Le Bénin était jusque-là réellement absent de la cartographie de ce type d’événement alors que ça fait plusieurs décennies que certains pays limitrophes comme le Niger, le Burkina Faso et plus loin le Mali en sont tristement plutôt coutumiers. Il faut avoir à l’esprit que pendant longtemps et encore aujourd’hui le Bénin reste un pays très stable d’un point de vue sécuritaire. Donc pour les Béninois et le gouvernement, cette actualité est une première qu’il faut très justement aborder avec prudence en attendant de savoir si c’est le fait d’un enlèvement crapuleux ou à teneur idéologique ou djihadiste. 

Pour tout vous dire, c’est même une surprise car pour les Béninois, le parc de la Pendjari est très sécurisé et les gardes forestiers assumaient jusque-là leurs tâches de façon tout à fait classique. En tant que haut lieu de la diversité, on y retrouve d'ailleurs très souvent des ingénieurs, des géologues, des étudiants béninois ou internationaux  et bien sûr des touristes.

Donc je pense qu’aujourd’hui, on est un peu l’an zéro de ce type d’événement et on entre très tragiquement dans une espèce de cartographie douteuse.

La rédaction de LCI - Comment expliquer que le Bénin a bénéficié jusque-là de cette réputation d’îlot de stabilité en Afrique de l'Ouest ?

Régis Hounkpè - C’est sans doute en partie lié à son statut de pays laboratoire de la démocratie. Pendant longtemps et encore aujourd’hui, le pouvoir fonctionne assez rigoureusement dans ce débat démocratique et, par définition, l’armée assume ses fonctions de sécurité, de prévention, de crise. En effet, l’armée béninoise est très professionnelle et elle est républicaine donc liée à aucun diktat politique. Ne serait-ce qu’au cours des dernières décennies, elle n’a jamais été sujette à une quelconque préoccupation "alimentaire". Or, on se rend compte que dans d’autres pays où il y a des remous politiques, les armées sont aussi impactées. Au Bénin, la grande muette comme on dit a toujours assumé son rôle de stabilisateur.

Ensuite, on parle très généralement du Bénin comme du pays de la laïcité heureuse au sens où toutes les religions se côtoient harmonieusement qu’elles soient monothéistes polythéistes. Ce qui fait qu’il n’y a jamais eu une bribe de conflit qui pourrait être le terreau pour nourrir le dessein de groupes sur une forme de conflit inter-religieux.

Enfin, il y a un contexte qui est aussi souvent évoqué : c’est celui de captation de la richesse. Ça revient à dire que si le Bénin était un pays riche avec un sous-sol plutôt riche, il serait peut être à l’origine de conflits transfrontaliers, interethniques, qui auraient permis l’émergence de groupes à un moment donné. Si le pays est assez épargné, c’est donc aussi lié à ce contexte qui est à la fois économique, sécuritaire, socioculturel et religieux.

La rédaction de LCI - Doit-on craindre une dégradation sécuritaire dans la région ?

Régis Hounkpè - Le ministère de la Défense et de l’Intérieur sont déjà mobilisés pour que ça n’arrive plus du tout. S’il advenait que ce soit un enlèvement à teneur djihadiste, avec toute la prudence que cela requiert, on pourrait penser que les groupes terroristes acculés par les forces de sécurité et par la coalition internationale qui les pourchassent se sont peut-être repliés sur le Bénin en estimant que c’était certainement un îlot immaculé.

 

Je pense qu’à ce titre, le Bénin s’inspirera certainement à l’avenir de dispositifs à l’œuvre dans d’autres pays en matière de lutte contre le terrorisme si tant est, encore une fois, que cette piste soit confirmée. Car, pour l’heure, il n’y a eu aucune revendication.  Dans la pratique, le pays va sans doute s’adapter ou réformer sa doctrine qui n’était pas figée en matière sécuritaire. Donc tout l’intérêt de cette triste première serait de s’approprier des méthodologies qui sont fonctionnelles ailleurs. Assez classiquement, je pense notamment qu’il va être inscrit à l’ordre du jour de renforcer la coopération transfrontalière car le parc de la Pendjari est très étendu, et par conséquent difficile à surveiller, et qu’aujourd’hui, plusieurs pays vont être amenés à travailler en commun à cette fin.

La rédaction de LCI - Le Quai d’Orsay avait-il prévenu d’éviter la zone ?

Régis Hounkpè - Il y a régulièrement des alertes concernant le Bénin mais elles sont classiques. Il ne s'agit pas plus que de recommandations à l’égard des touristes français qui se voient rappeler que c’est un pays paisible mais qu’il faut quand même d’être vigilant. Aujourd’jui, je pense que le Quai d’Orsay va amplifier ses recommandations, qu’elles soient liées aux transports ou aux usages communs et sur place, a fortiori, le parc risque d’être inaccessible quelques temps.

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