Beyrouth : avec le port détruit, la peur d’une grande pénurie au Liban

Beyrouth : avec le port détruit, la peur d’une grande pénurie au Liban
International

CONSÉQUENCES - Les deux explosions ayant ravagé le port et la ville de Beyrouth sont une catastrophe à court comme à long terme : la destruction des infrastructures portuaires, par lesquelles transitaient 60% des importations du pays, font craindre un manque de nourriture, à commencer par une pénurie de blé.

Il ne reste rien du port de Beyrouth. Les deux explosions survenues ce mardi dans un de ses entrepôts ont ravagé toute la zone industrielle, ainsi que les quartiers environnants. La catastrophe a fait au moins 137 décès, plus de 4000 blessés, mettant également à la rue des centaines de milliers de personnes. Si les pertes humaines sont dramatiques, la destruction de ce quartier de la capitale libanaise risque d'affecter beaucoup plus de vies dans les mois à venir. En détruisant les infrastructures portuaires, cette double explosion met en danger l’approvisionnement alimentaire des six millions d’habitants du pays.

60% des importations transitent par le port de Beyrouth

En plus d'être une fierté nationale grâce à la modernité de ses équipements, le port de Beyrouth est absolument primordial pour la survie du Liban. Situé sur l'axe Marseille-Singapour, il est une ouverture sur le monde - et notamment sur l’Occident - indispensable pour le pays : tous secteurs confondus, près de 60% des importations du pays y transitent. Mais les quatre bassins, seize quais, onze entrepôts et plus d’un million de conteneurs qui s’étendaient sur 120 hectares sont désormais détruits, ou inutilisables. 

Maya Terro, fondatrice de "Food Blessed", une ONG libanaise qui distribue des aides alimentaires, craint aujourd'hui une explosion de l'insécurité alimentaire. "Le Liban importe 80% de sa nourriture. Immédiatement, j'ai pensé : 'Rayons de supermarchés vides, augmentation des prix à cause des pénuries'", a-t-elle confié à l'AFP. L'inflation des produits alimentaires de base avait déjà grimpé en flèche au Liban, touché par une profonde dépression économique, atteignant les 109 % entre septembre et mai, selon le Programme alimentaire mondial (PAM), une agence de l’ONU.

Les autorités locales assurent qu’il n’y aura pas de pénurie

Egalement partis dans les flammes : les silos nationaux du port, avec une capacité de 120 000 tonnes de blé, soit un dixième de la consommation annuelle du Liban. Plusieurs milliers de tonnes de céréales se sont déversées dans le cratère formé par les explosions, et dans lequel la mer s’est engouffrée. L'Agence des Nations unies pour l’agriculture et l’alimentation, la FAO, a immédiatement dit craindre "un problème de disponibilité de farine pour le pays à brève échéance". Le Liban ne produit que 10% à 15% de sa consommation annuelle de blé. Une pénurie de farine, donc de pain, pâtes et semoule est une éventualité terrifiante alors que la moitié de la population vit déjà sous le seuil de pauvreté.

"Il n'y aura pas de crise du pain ou de la farine", a voulu rassurer le ministre de l’Economie libanais, Raoul Nehme, dans une interview mercredi 5 août à l'agence de presse Reuters. Il a ajouté que les réserves de céréales dans les autres silos du pays s’élèvent actuellement à "un peu moins d'un mois", mais que "trois bateaux chargés de 28.000 tonnes de blé sont à l'approche du Liban". Grâce à eux, et de prochaines importations depuis l'Europe de l'Est, le pays aura "suffisamment de stocks pour couvrir les besoins du Liban sur le long terme", assure le gouvernement. Seul problème puisque les silos ont été éventrés : il faut désormais "trouver d'autres moyens de stockage, silos ou entrepôts plus petits", a expliqué le ministre. Mais malgré ces discours, la panique monte au sein du peuple Libanais, dans un climat de colère et de défiance envers l'Etat et ses dirigeants.

Le port de Tripoli assure pouvoir prendre le relais

"Notre grand frère est malade, et nous sommes prêts à prendre le relais le temps qu’il se rétablisse", a déclaré Ahmad Tamer, directeur général du port de Tripoli, 80 km au nord, aux journalistes locaux. Deux jours après les explosions à Beyrouth, le rôle du deuxième plus grand port du pays se précise. La direction a assuré au groupe de presse L'Orient-Le Jour que "le Liban ne risque pas de se trouver à court de blé" et a promis que le port de Tripoli, pouvant accueillir tous types de navires, est en capacité d'assurer la relève. 

Entre janvier et fin avril 2020, à cause de la crise sanitaire, seules 509.000 tonnes de marchandises ont transité par le port de Tripoli, contre plus de 1,4 million de tonnes au port de Beyrouth. Mais "en 2019, le port de Tripoli a accueilli 2 millions de tonnes de marchandises, notre capacité de stockage pouvant atteindre jusqu'à 5 millions", a précisé Ahmad Tamer. En rognant sur les terrains vides environnants, elle pourrait être encore augmentée.

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Parmi l'approvisionnement à basculer vers Tripoli en urgence : les cargaisons de blé, mais également les médicaments. Les deux pourront être stockés "dans des entrepôts, qui existent déjà, et qui respectent les normes sanitaires internationales" a assuré la direction du port aux quotidiens libanais. Ahmad Tamer insiste néanmoins sur l’importance de "l’entraide nationale". Il espère voir naître "une coopération et non de la compétition avec les autres ports du Liban, car c'est grâce à cela que [le Liban] sortira de cette crise".

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