De Trump à Biden : ce scénario du pire qu'une centaine d'experts ont anticipé depuis cet été

De Trump à Biden : ce scénario du pire qu'une centaine d'experts ont anticipé depuis cet été

INCERTITUDE - Sitôt l'élection annoncée de Joe Biden, Donald Trump a promis une guérilla juridique pour contester les résultats. De quoi anticiper une période trouble d'ici le 20 janvier 2021, jour de la passation de pouvoir. Ce qu'avaient envisagé une centaine d'experts dès cet été.

L'élection de Joe Biden ne signe pas la fin du feuilleton électoral américain. Loin de là. Après la victoire de son adversaire démocrate, Donald Trump a d'ores et déjà prévenu qu'il engagerait dès le 9 novembre des recours pour contester les résultats de cette élection présidentielle, notamment dans certains États où l'écart entre les deux concurrents est particulièrement faible. 

Au-delà des recours à venir, la période de transition qui s'ouvre jusqu'au 20 janvier, date de la passation de pouvoir à Joe Biden, promet d'être particulièrement chahutée du fait du refus de président sortant de reconnaître sa défaite. Dans le système politique américain, cette transition est un moment particulièrement sensible, où la collaboration étroite entre les équipes sortantes et entrantes doit permettre d'assurer la continuité dans la conduite des affaires du pays. Or, depuis de longs mois, Donald Trump a laissé entendre qu'il se réserverait le droit de déroger à cette coutume qui a valeur de règle démocratique, mais sans caractère constitutionnel. 

Entre juin et août 2020, une centaine d'experts américains - anciens responsables gouvernementaux et politiques bipartisans, universitaires, journalistes - regroupés depuis fin 2019 dans le "Transition Integrity Project" ont étudié et publié une série de scénarios interrogeant le risque d'une transition rendue chaotique, voire cauchemardesque, par un président qui refuserait la défaite ou préparant ses arrières en vue de son départ. 

Toute l'info sur

Élection américaine : Trump vs Biden, la folle campagne

Lire aussi

Une contestation légale, voire illégale ?

A la lumière de la campagne qui vient de s'achever, force est de constater que les experts ont déjà vu juste sur plusieurs points. "Le vainqueur pourrait ne pas être connu durant 'l'Election Night'", prédisaient-ils. "Nous anticipons des poursuites [en justice], des récits médiatiques divergents, des tentatives pour interrompre le décompte des bulletins de vote et des manifestations", avaient-ils prévenu. 

Parmi les scénarios envisagés sur l'issue du scrutin, le Transition Integrity Project s'est notamment attardé sur celui qui nous occupe, à savoir une victoire de Joe Biden sur son rival, marquée par l'étroitesse des scores dans certains Etats-clés. Dans cette perspective, expliquait le document, "l'équipe de campagne de Trump s'engagerait dans une vaste campagne de désinformation coordonnée, principalement axée sur la légitimité des bulletins de vote par correspondance", et lancerait des investigations massives du Department of Justice (DoJ) contre ces supposées fraudes

Encore plus inquiétant, le scénario de moyen terme anticipe la possibilité que le président sortant puisse tenter d'incarner "la loi et l'ordre" durant cette période en favorisant "le chaos et les perturbations", par la répression de manifestations pro-Biden ou encore du mouvement Black Lives Matters ou, inversement, "en encourageant les supporters d'extrême droite à affronter les manifestants". Déjà, jeudi 5 novembre, deux sympathisants du mouvement conspirationnistes QAnon ont été interpellés, soupçonnés de vouloir s'en prendre à un centre de dépouillement de Philadelphie. "Le risque de conflit violent est élevé", affirment même les experts, "en particulier si Donald Trump encourageait des supporters à prendre les armes".  Un scénario va jusqu'à anticiper le déclenchement volontaire d'une crise internationale afin de modifier le récit médiatique sur l'issue de cette élection. 

Des documents compromettants brûlés ? Des amnisties signées à la va-vite ?

Durant cette période de transition, le document prévient également du risque d'une tentative de l'administration actuelle de faire passer ses propres intérêts avant ceux du pays. "La transition administrative pourrait être fortement perturbée" dans la mesure où Donald Trump "pourrait privilégier ses intérêts personnels et sa défense", selon les auteurs du Transition Integrity Project. 

Concrètement, affirment-ils, Donald Trump pourrait tout d'abord être tenté par le "take the money and run", selon l'expression consacrée, soit, en bon français : "Prends l'argent et tire-toi". Il s'agirait pour lui de préserver ses intérêts financiers en injectant des fonds fédéraux dans ses propres affaires, "en négociant des accords avec des pays étrangers", ou encore en détruisant "des documents susceptibles de mettre en cause des gouvernements étrangers et des partenaires financiers"

Autre possibilité : des amnisties massives pour Donald Trump et ses proches, susceptibles d'être signées par son vice-président Mike Pence, voire par lui-même, afin de protéger l'actuelle administration contre des poursuites ultérieures. Jusqu'à la veille de la passation de pouvoir, envisagent-ils, le locataire de la Maison Blanche pourrait même ordonner la destruction de certaines preuves susceptibles d'alimenter des poursuites, ou bien de faire classifier de nombreux documents. 

Sur un plan politique, les auteurs du rapport notent en outre que Donald Trump pourrait également se projeter dans l'avenir, pour lui-même ou pour son fils Donald Trump Jr., dans la perspective de l'élection présidentielle suivante (2024). À ce titre, il pourrait alimenter un récit sur ses dernières semaines d'exercice du pouvoir et renforcer les positions de ses soutiens au sein du Republican National Committee. "De nombreux observateurs pensent que Trump tentera d'étendre son influence dans la perturbation des normes à travers un média indépendant [...] Il attaquera le président Biden très tôt et de façon constante, attribuant tous les problèmes du pays à une élection volée et à l'incompétence de l'administration Biden." Ils s'accordent à penser que Donald Trump ou son courant pourraient ainsi incarner de sérieux prétendants à la prochaine présidentielle si la crise sanitaire et économique se poursuivait au-delà de 2020. 

Sur le même sujet

Les articles les plus lus

EN DIRECT - Covid-19 : 9000 contaminations ces dernières 24 heures

"Koh-Lanta" : avant la finale, qui remporte le match des réseaux sociaux ?

Voici les trois étapes de l'assouplissement du confinement jusqu'à janvier

CARTE - Confinement : regardez jusqu’où vous pourrez sortir autour de chez vous dès le 28 novembre

"Cessons de dire des bêtises" : taxé de racisme après sa parodie d’Aya Nakamura, Omar Sy se défend

Lire et commenter