Biélorussie : Alexandre Loukatchenko toujours plus sous pression

Le président Alexandre Loukachenko à Minsk

RECAP' - La tension autour d'Alexandre Loukachenko, président controversé réélu à la tête de la Biélorussie, monte chaque jour un peu plus. Ce lundi 17 août, il a été ciblé par des ouvriers lors d'une visite dans une usine tandis que des milliers de personnes ont, une nouvelle fois, protesté dans les rues de la ville. La pression internationale s'accentue elle aussi.

Pendant combien de temps, Alexandre Loukachenko pourra-t-il encore tenir à la tête du pays ? Depuis sa réélection controversée, le 9 août dernier, ses opposants n'ont de cesse de manifester dans les rues et protester contre le scrutin qu'ils jugent trafiqué. Malgré le soutien de Vladimir Poutine, le président biélorusse est scruté de toutes parts à l'international : des Etats-Unis à l'Union Européenne, chacun appel au calme et se dit préoccupé par les récents développements. 

Ce lundi 17 août, alors qu'il était en déplacement dans une usine, Loukachenko a été chahuté par des ouvriers et dans le même temps, l'Union Européenne a décidé de se réunir pour un sommet extraordinaire des 27 chefs d'Etat, ce mercredi 19 août. Donald Trump a fait savoir que, lui aussi, suivait "de très près" la situation dans ce pays gouverné depuis un quart de siècle (26 ans) par cet ancien chef de kolkhoze. 

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Une nouvelle journée de mobilisation populaire

Ainsi donc, ce lundi, lors de sa visite d'une usine de fabrication de tracteurs, MZKT, à Minsk, le président a du faire face à un face à face tendu avec des ouvriers de cette importante usine. Cette visite a été l'occasion pour lui de faire un discours, entrecoupé de "Pars!" venus des employés de cette manufacture."Merci, j'ai tout dit, vous pouvez crier 'Pars'", a conclu Loukachenko avant de quitter l'estrade, visiblement en colère.

 Alexandre Loukachenko a pourtant répété qu'il ne comptait pas abandonner le pouvoir. "Jamais je ne ferai quoi que ce soit sous pression", a-t-il déclaré "Tant que vous ne me tuerez pas, il n'y aura pas d'élections", a-t-il asséné. Pui, il a nuancé quelque peu son propos en se disant prêt à organiser une nouvelle élection après l'adoption d'une nouvelle Constitution, sans donner de détails : "Soumettons-la par référendum, adoptons la Constitution et je vous transmettrai le pouvoir (...) Mais pas sous la pression et pas par la rue".

Devant l'usine, où Alexandre Loukachenko était arrivé en hélicoptère, un rassemblement a réuni plusieurs centaines de protestataires, brandissant le drapeau rouge et blanc de l'opposition et lançant des slogans hostiles. Des salariés de l'emblématique usine de tracteurs MTZ, dont la production est exportée dans toute l'ex-URSS et qui fait la fierté du pays, ont eux assuré à l'AFP que plusieurs milliers d'entre eux avaient cessé le travail."Nous prévoyons de participer à toutes les grèves pacifiques, les actions de protestations (...) pour que le pouvoir réalise finalement qu'il se bat contre son propre peuple", a déclaré à l'AFP Ilia Rybkine, un employé de 30 ans.

Autre événement de cette journée, des employés de plusieurs usines et de la télévision publique d'état ont quant à eux, cessé le travail. Ils répondaient à l'appel à la grève lancé lors de la manifestation historique de dimanche 16 août, qui a réuni des dizaines de milliers de personnes dans les rues de Minsk. 

Plus de 100.000 personnes ont participé à un défilé dans la capitale à l'appel de la principale opposante, Svetlana Tikhanovskaïa, qui s'est dit prête à "assumer ses responsabilités" et gouverner le pays. Tôt lundi matin, elle a assuré dans une vidéo enregistré depuis la Lituanie, où elle est réfugiée, être prête à devenir "le leader national" et gouverner le pays, rappelant son ambition d'organiser une nouvelle élection présidentielle libre si elle accède au pouvoir. Elle a aussi appelé les autorités à libérer tous les manifestants interpellés la semaine dernière, à retirer les forces antiémeutes des rues et à enquêter sur ceux ayant ordonné la répression. 

Après l'élection, quatre soirées de manifestations avaient  été matées, faisant au moins deux morts, des dizaines de blessés et plus de 6.700 arrestations. Selon le ministère de l'Intérieur, 122 personnes étaient toujours en détention ce lundi. Le Comité d'enquête a lui promis d'enquêter sur les plaintes déposées par 700 personnes blessées durant les manifestations ou en détention.

La pression internationale s'accentue elle aussi ...

Toujours ce lundi 17 août, Charles Michel, président du Conseil Européen a annoncé qu'un sommet extraordinaire des 27 dirigeants de l'UE aurait lieu ce mercredi. L'Allemagne, qui assure la présidence tournante, a menacé d'étendre les sanctions déjà décidées la semaine dernière après les violences. Le Royaume-Uni a de son côté annoncé qu'il ne reconnaissait pas les résultats de l'élection présidentielle du 9 août dernier et compte "sanctionner les responsables" de la répression des manifestations, a indiqué ce lundi le chef de la diplomatie britannique Dominic Raab.

 L'Allemagne, qui assure la présidence de l'Union européenne, a menacé ce jour, d'étendre les sanctions déjà décidées contre des responsables du Bélarus après les violences contre les manifestants. "Nous voyons aussi la possibilité d'étendre les sanctions à d'autres responsables" du pays si la situation sur place ne s'améliore pas, a déclaré à la presse Steffen Seifert, porte-parole d'Angela Merkel. Il a exhorté les autorités à renoncer à l'usage de la violence contre les manifestants, à libérer "immédiatement et sans condition" ceux qui ont été emprisonnés et mettre en place un "dialogue national entre gouvernement, opposition et la société (...) afin de surmonter cette crise".

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Donald Trump a, quand à lui, dit "suivre de très près" la situation. Washington a déjà appelé au respect des "libertés" des manifestants dans l'ancienne république soviétique et exhorté le pouvoir à dialoguer avec la société civile. "C'est une situation terrible", a déclaré Trump, interrogé depuis les jardins de la Maison Blanche avant son départ pour le Minnesota et le Wisconsin."Nous allons suivre de très près", a-t-il ajouté, sans autres précisions. La Lituanie a de son côté averti que la Biélorussie avait commencé des exercices militaires à sa frontière. 

Et en Lettonie, la pression monte également : le pays a indiqué qu'il ne souhaite plus co-organiser le Championnat du monde de hockey sur glace 2021 avec la Biélorussie, après la réélection contestée. Elle indique même chercher un nouveau partenaire, a annoncé le gouvernement letton lundi dans un communiqué. "Étant donné le situation actuelle au Bélarus, nous avons proposé à la Fédération internationale de hockey sur glace (IIHF) que le Championnat du monde 2021 ne se tienne plus à Minsk mais dans un autre pays, tandis que Riga resterait la ville co-organisatrice", a expliqué le Premier Ministre letton Krisjanis Karins. Minsk a tout de même reçu le soutien de Moscou, allié historique malgré des tensions récurrentes et dont l'attitude sera cruciale pour l'issue de la crise.

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