Biélorussie : de l'interception de l'avion aux "aveux" de Protassevitch, le récit de 24h de crise

Biélorussie : de l'interception de l'avion aux "aveux" de Protassevitch, le récit de 24h de crise

DIPLOMATIE - Le pouvoir biélorusse a détourné dimanche 24 mai un avion pour arrêter un dissident politique. Du "terrorisme d'Etat", ont fustigé plusieurs capitales européennes, prêtes à sanctionner durement le pays.

Détourner un vol pour mettre la main sur un dissident politique : c'est la décision que la Biélorussie a prise, dimanche 24 mai. Sur ordre du président Alexandre Loukachenko, un avion de la compagnie Ryanair a été forcé d'atterrir à Minsk, le temps d'arrêter Roman Protassevitch, jeune journaliste de 26 ans. Une décision arbitraire qui a tourné à la crise diplomatique, la plupart des chancelleries européennes fustigeant ce lundi la dérive autoritaire de la Biélorussie. Et envisagent d'adopter une série de sanctions. À commencer par l'interdiction de survoler l'espace aérien européen aux avions biélorusses. Récit d'une crise inédite.

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Biélorussie : l'arrestation spectaculaire de l'opposant Roman Protassevitch

Dimanche après-midi : le vol Athènes-Vilnius intercepté

Tout a débuté dimanche, quand un chasseur MiG-29 a décollé sur ordre personnel du président bélarusse Alexandre Loukachenko. Sa mission ? Intercepter le vol FR4978 de Ryanair effectuant la liaison Athènes-Vilnius, qui se trouvait à ce moment-là au-dessus de la Biélorussie. Le vol a été contraint de se poser à Minsk puis est reparti pour sa destination. Avec cinq passagers en moins, dont un homme bien connu du pouvoir : la police bélarusse a en effet arrêté Roman Protassevitch. Il s'agit de l'ancien rédacteur en chef de l'influent média d'opposition Nexta, qui a joué un rôle clé dans l'organisation du mouvement de protestation réprimé contre Alexandre Loukachenko en 2020.

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Dimanche soir : une pluie de condamnations internationales

Avant même que l'avion ne redécolle de Minsk, de nombreux pays européens sont montés au créneau pour condamner l'attitude de la Biélorussie. L'Union européenne a fustigé "une action complètement inacceptable" , à l'instar de l'Allemagne, la France et la Pologne, tandis que le secrétaire général de l'Otan Jens Stoltenberg a réclamé des investigations sur cet "incident sérieux et dangereux". Pays voisins du Bélarus, la Pologne a parlé d'"acte de terrorisme d'Etat" et la Lituanie, qui a accordé le statut de réfugié à Roman Protassevitch, a dénoncé un "acte abject". La Lituanie et la Lettonie ont par ailleurs appelé les vols internationaux à ne plus passer par l'espace aérien bélarusse.

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Lundi matin : les explications de Minsk

Sous le feu des critiques, le pouvoir biélorusse tente de se justifier. La télévision publique assure que l'avion s'était posé à Minsk en raison d'une "alerte à la bombe". Sauf que celle-ci s'est révélée fausse. Roman Protassevitch ? Ce dernier n'aurait "suscité l'intérêt des forces de l'ordre" qu'au moment où les passagers ont "repassé le contrôle aux frontières et les douanes". La chaîne Telegram "Pool Pervogo", qui fait office de compte non-officiel de la présidence bélarusse, a de son côté publié un message afin de "dissiper tous les mythes et spéculations". Défendant là aussi avec insistance la version de l'alerte à la bombe, la chaîne a souligné que l'appareil se trouvait à ce moment-là dans l'espace aérien bélarusse et que "conformément aux normes, le contrôleur de vol doit proposer à l'équipage l'aéroport le plus proche au moment de la réception du message, soit l'aéroport de Minsk".

Dans la foulée, le gouvernement bélarusse a détaillé son récit des événements, expliquant que la menace visant l'avion avait été envoyée par email à l'aéroport de Minsk, dans un message se proclamant du Hamas palestinien. "La décision a été prise par le commandant de l'équipage sans ingérence extérieure" d'atterrir dans la capitale bélarusse, a indiqué Igor Goloub, commandant de l'armée de l'air de l'ex-république soviétique. Dans l'après-midi, la chancellerie allemande juge ces explications "absolument pas crédibles".

Lundi midi : la réponse de Ryanair

Les explications des autorités biélorusses, Michael O'Leary n'y croit guère. Pour le patron de la compagnie aérienne irlandaise, son avion a fait les frais d'un acte de "piraterie" soutenu par le Bélarus. "Il apparaît que l'intention des autorités était de faire sortir un journaliste et la personne qui voyageait avec lui", a-t-il expliqué sur la radio irlandaise Newstalk. "Nous pensons que des agents du KGB ont été débarqués à l'aéroport également", a-t-il ajouté, évoquant un incident "très effrayant" pour les passagers et l'équipage. "Je pense que c'est la première fois que cela arrive à une compagnie aérienne européenne".

Lundi après-midi : la Russie apporte son soutien à Minsk

Malgré les condamnations, Minsk a trouvé un soutien de poids : le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov. Selon ce dernier, le ministère bélarusse des Affaires étrangères a fait part lundi de sa "volonté  [...] de suivre toutes les règles internationales, de garantir une transparence totale, y compris d'accueillir, si nécessaire, des experts internationaux". "C'est une approche tout à fait raisonnable", a-t-il souligné. "Nous soutenons une évaluation de cette situation non pas à la hâte [...] mais en se basant sur toutes les informations disponibles", a ajouté Sergueï Lavrov, jugeant "important" d'agir en gardant son "sang-froid".

Lundi soir : Protassevitch passe aux "aveux"

Placé en détention après son interpellation, Roman Protassevitch, apparaît à la télévision publique d'État biélorusse, pro-gouvernementale. Dans une vidéo enregistrée, il affirme "collaborer avec les enquêteurs", signant des "aveux" dont la sincérité est mise en doute par d'autres journalistes d'opposition biélorusses. "Le personnel se comporte avec moi de façon tout à fait adéquate et en respectant la loi, je continue de collaborer avec les enquêteurs et suis passé aux aveux concernant l'organisation de troubles massifs". Au même moment, l'Union européenne réclamait sa "libération immédiate".

Lundi soir : le temps des sanctions ?

Soucieux de répliquer rapidement, les dirigeants de l'UE ont annoncé, comme prévu, les nouvelles sanctions contre des responsables bélarusses et tenter de trouver un accord sur de nouvelles mesures économiques. Un nouveau paquet de sanctions préparé depuis le mois de mai sera soumis aux dirigeants européens. La France et la Lituanie, qui suggéraient notamment une "interdiction de l'espace aérien" du Bélarus aux compagnies européennes, ont été entendues. L'espace aérien européen est, de la même façon, interdit aux avions biélorusses. Certains États avaient déjà pris des mesures. Le Royaume-Uni a demandé à ses compagnies de contourner l'espace aérien bélarusse. La Lituanie et l'Ukraine ont, elles, interdit tous les vols via ce territoire. 

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