Biélorussie : nouveau défilé d'opposition à Minsk, Loukachenko refuse de nouvelles élections

La manifestation de l'opposition à Minsk

POLITIQUE - Une semaine après l'élection présidentielle perçue comme largement truquée par la population, un immense défilé de l'opposition a réuni plusieurs milliers de personne dans la capitale, Minsk. Dans le même temps, le président du pays depuis plus d'un quart de siècle, Alexandre Loukachenko, tenait un discours surprise.

Minsk coupée en deux. Ce dimanche 16 août, des dizaines de milliers de manifestants défilaient à nouveau contre le pouvoir dans la capitale biélorusse, avenue de l'Indépendance. Quelques minutes avant le début de cette nouvelle marche de l'opposition, le président biélorusse Alexandre Loukachenko a fait une apparition surprise sur la place de l'Indépendance, où il avait sommé ses soutiens de le rejoindre. Dans un discours, il a rejeté les appels à de nouvelles élections et demandé à défendre le pays.

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Plusieurs milliers de personnes réclament de nouvelles élections

Comme la veille, les protestataires se sont réunis pour une "Marche pour la Liberté". Vêtus de blanc, ils portaient à bout de bras un gigantesque drapeau blanc et rouge, couleurs de l'opposition, et scandaient un slogan unique à l'attention du chef de l'Etat : "Pars !". Selon Andreï Vaitovich, journaliste indépendant sur place, plus de 50.000 personnes étaient réunies seulement 2h après le début de la manifestation. 

Les contestataires réclament, comme depuis une semaine, de nouvelles élections présidentielles. Celle du 9 août, ayant donné Alexandre Loukachenko de nouveau vainqueur, a suscité des accusations de fraudes massives. Avant le vote, la mobilisation en faveur d'une rivale inattendue, Svetlana Tikhanovskaïa, 37 ans, avait enflammé la Biélorussie. Cette dernière est désormais en exil en Lituanie. Le président, après vingt-six ans au pouvoir, entame son 6e mandat dans une contestation sociale généralisée.

Pendant ce temps, Loukachenko fait un discours en ville

Mais pas question de céder face à la colère qui gronde : ce dimanche, le président de 65 ans a refusé catégoriquement l'appel de l'opposition. "Si nous faisons ça, nous partirons en vrille et nous n'en reviendrons jamais", a-t-il assuré, face à des milliers de ses partisans sommés de le rejoindre à quelques pas de la manifestation. Depuis une tribune, entouré de gardes du corps, au milieu des drapeaux officiels rouge et vert, hérité de la période soviétique, il s'est exprimé sous les ovations de ses soutiens : "Chers amis, je vous ai appelés ici non pas pour que vous me défendiez mais parce que, pour la première fois en un quart de siècle, vous pouvez défendre votre pays et son indépendance". Selon les journalistes de l'AFP, se tenait près de lui son fils cadet, Nikolaï Loukachenko, parfois présenté comme son successeur potentiel.

Alexandre Loukachenko a également rejeté "toute médiation étrangère", faisant référence à une aide proposée par la Pologne, la Lituanie et la Lettonie. Il a dénoncé la volonté, selon lui, d'imposer au pays "un gouvernement depuis l'étranger", alors que l'Union européenne a de son côté ordonné des sanctions contre des responsables biélorusses liés aux fraudes électorales et à la répression.

Moins de répression... Pour l'instant ?

Après l'élection de dimanche, les quatre premières soirées de manifestations avaient été matées par les forces antiémeutes, faisant au moins deux morts et des dizaines de blessés. Des hommages aux protestataires tués ont été organisés ce week-end à Minsk et à Gomel. Dans une vidéo, l'ambassadeur biélorusse en poste en Slovaquie, Igor Lechtchenia, s'est dit lui "choqué par les témoignages de torture et de passages à tabac". Des manifestants libérés ont en effet raconté à l'AFP les conditions atroces dans lesquelles ils avaient été détenus. Privés d'eau, frappés ou brûlés avec des cigarettes, ils étaient incarcérés par dizaines dans des cellules prévues pour quatre ou six. 

En réaction aux violences, la mobilisation s'est étendue : des chaînes humaines et rassemblements d'opposition ont éclos partout dans le pays, tandis que des ouvriers d'usines emblématiques ont lancé des actions de solidarité. Des membres de l'élite ont rallié la protestation : des journalistes de la télévision publique, d'habitude aux ordres du pouvoir, des chercheurs et des hommes d'affaires, ou encore un ancien ministre de la Culture, Pavel Latouchko. Depuis, les grandes manifestations se sont déroulées sans arrestations et les autorités biélorusses ont annoncé la libération de plus de 2.000 des 6.700 personnes interpellées.

Une accalmie qui pourrait ne pas durer. Alexandre Loukachenko a mentionné ce week-end une potentielle intervention russe, affirmant que son homologue Vladimir Poutine lui avait assuré son "aide" pour préserver la sécurité de la Biélorussie. Un soutien confirmé par le Kremlin dimanche, qui s'est dit prêt à fournir une assistance militaire, si nécessaire, dans le cadre du traité d'Union liant les deux pays, et de l'Organisation du traité de sécurité collective (OTCS) composée de six anciennes républiques soviétiques.

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