Biélorussie : que risque maintenant l'opposant Roman Protassevitch ?

Biélorussie : que risque maintenant l'opposant Roman Protassevitch ?

RÉPRESSION - Arrêté dimanche à son atterrissage à Minsk, après le détournement spectaculaire de l'avion où il se trouvait, l'opposant Roman Protassevitch risquerait la peine de mort, selon des sources d'opposition. La Biélorussie est le seul pays européen à appliquer la peine capitale.

"Je risque la peine de mort." C'est ce que le jeune opposant Roman Protassevitch a lancé à ses voisins dans le vol Athènes-Vilnius dimanche, alors que celui-ci était dérouté vers Minsk. Bête noire du régime depuis les manifestations qui ont succédé à la réélection d'Alexandre Loukachenko pour un sixième mandat à la tête de la Biélorussie, il avait été placé en novembre dernier sur la liste des "individus impliqués dans des actions terroristes"

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Biélorussie : l'arrestation spectaculaire de l'opposant Roman Protassevitch

Si le sort du de l'opposant de 26 ans est encore incertain, le régime a condamné ce matin sept autres figures de l'opposition à des peines allant de quatre à sept ans de prison.

Il est clair qu'on lui a physiquement fait du mal, on peut voir des traces de coups sur le visage- Dmitri Protassevitch, père de l'opposant

Dans une courte vidéo diffusée hier par la télévision d'État biélorusse (voir ci-dessous), Roman Protassevitch se dit bien traité, et annonce être "passé aux aveux", reconnaissant avoir organisé des "troubles" dans le pays. Le document a manifestement été enregistré sous la contrainte. Selon son père, joint par l'AFP en Pologne où il vit, "il est clair qu'on lui a physiquement fait du mal, on peut voir des traces de coups sur le visage". Roman Protassevitch est poursuivi par le régime pour son rôle l'organisation des manifestations de grande ampleur qui avaient suivi la cinquième réélection de Loukachenko, aux manettes de la Biélorussie depuis 1994.

Protassevitch est le co-fondateur du média Nexta, diffusé sur Telegram, qui avait permis à l'opposition de contourner la censure des médias officiels et la fermeture des sites alternatifs. Très suivi, Nexta informait les opposants et coordonnait les manifestations, qui lui avait valu d'être désigné par le régime comme "extrémiste", en octobre dernier. Le jeune opposant, qui vivait en exil depuis 2019 et officiait jusque-là comme rédacteur en chef d'une autre chaîne sur Telegram, avait la semaine dernière couvert comme photographe la visite à Athènes de la principale figure de l'opposition, Svetlana Tikhanovskaïa.

Toutes les têtes de l'opposition vivent maintenant à l'étranger, et celles qui sont restées sont derrière les barreaux- Galia Ackerman, historienne

Interrogée par LCI, l'historienne Galia Ackerman ne croit pas vraiment à une condamnation à la peine de mort pour le jeune opposant. "Il faudrait que les atteintes à la sûreté de l'État, pour lesquelles il est poursuivi, soient requalifiées en actes terroristes, au terme des interrogatoires", explique-t-elle. Les diverses accusations qui lui avaient valu un mandat d'arrêt relèvent "de l'incitation au désordre public, de la remise en question de l'autorité de l’État, de la mise en danger d'autrui. Ces divers articles additionnés prévoient de trois à quinze ans de prison. A priori, il ne s’agira pas de la peine de mort, mais pour un homme aussi jeune, quinze ans, ce n'est pas rien !"

Pour cette spécialiste de l'espace post-soviétique, c'est surtout un message que Loukachenko voulait envoyer à l'opposition. "Je crois que c'est une manœuvre d'intimidation, parce que toutes les têtes de l'opposition vivent maintenant à l'étranger, et celles qui sont restées sont derrière les barreaux." Selon elle, ce sont d'ailleurs ces exilés "les vrais destinataires de ce message. Des gens comme Svetlana Tikhanovskaïa, qui voyage beaucoup, elle prend l'avion très souvent... Qu'est ce qui lui garantit maintenant que ça ne se produira pas avec elle ?".

Ce matin même, un tribunal de Moguilev, dans l'est du pays, a condamné sept opposants à des peines allant de quatre à sept ans de prison. Ils étaient jugés à huis-clos depuis la mi-mai pour avoir participé "à des troubles massifs", allusion aux manifestations qui avaient suivi la réélection de Loukachenko en août dernier. Parmi eux, Pavel Severinets, figure de l'opposition, condamné à sept ans de détention, alors qu'il avait été arrêté en juin 2020, avant même le scrutin et a fortiori les manifestations post-électorales.

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Le sort de la compagne de Protassevitch est également incertain. Citoyenne russe et âgée de 23 ans, Sofia Sapega rentrait à Vilnius pour y soutenir sa thèse de maîtrise à l'Université européenne des Sciences Humaines. Interpellée elle aussi après l'atterrissage forcé à Minsk, et exfiltrée de l'avion, on ignore quelles charges sont retenues contre elle. Elle n'aurait pu envoyer qu'un message tronqué à sa mère avant d'être arrêtée : "Maman".

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