Birmanie : la junte durcit sa répression contre les manifestants et les journalistes

Birmanie : la junte durcit sa répression contre les manifestants et les journalistes

CRISE - Après un mois de mobilisation pro-démocratie, la riposte des autorités est sanglante depuis dimanche 28 février avec des tirs à balles réelles. Un climat de tensions auquel s'ajoute une volonté de faire taire les journalistes, ciblés par les autorités.

"De combien de cadavres l'ONU a-t-elle besoin pour agir ?" Voici le commentaire publié sur les réseaux sociaux il y a quelques jours par Nyi Nyi Aung Htet Nain. Un message funestement prémonitoire de la part de cet étudiant de 23 ans, mort dimanche sous les balles des militaires. Une démonstration terrible du climat actuel en Birmanie, sous le joug de la répression depuis le coup d'État ayant renversé le gouvernement civil d'Aung San Suu Kyi.

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Birmanie : un coup d'État et une répression sanglante

Les derniers chiffres illustrent les tensions qui règnent ces jours-ci dans le pays : 1.300 personnes ont été interpellées lors de la seule journée de dimanche, selon MRTV. Plus de 500 prisonniers ont été relâchés, a ajouté la chaîne, sans préciser s'il s'agissait de détenus de droit commun emprisonnés avant le putsch du 1er février ou de prisonniers politiques interpellés depuis. Lors de cette même journée, 18 manifestants ont été tués, selon l'ONU. 

Les journalistes, cibles privilégiées par la junte

Au total, on dénombre une trentaine de morts dans les rangs des manifestants depuis le putsch, d'après l'Association birmane d'aide aux prisonniers politiques. La junte a, de son côté, confirmé 11 décès du côté des protestataires, assurant avoir demandé aux forces de l'ordre de ne pas faire usage de balles réelles. Encore ce mardi, à Kale (nord-ouest), "une vingtaine de personnes ont été blessées" par la police et l'armée venues disperser un rassemblement, a indiqué à l'AFP un secouriste. Trois s'avèrent dans un état critique. 

Particularité de ces représailles : les journalistes, particulièrement ciblés par les forces de l'ordre. Lundi soir, l'un d'entre eux, Kaung Myat Hlaing, a retransmis en direct sur la page Facebook de DVB : on entend des coups de feu, alors que ce journaliste – qui avait raconté la répression militaire au cours du week-end à Myeik – crie aux forces de sécurité à l'extérieur d'arrêter de tirer. "Si vous tirez comme ça, comment vais-je descendre ?" leur lance-t-il. DVB, l'un des organes de presse les plus connus en Birmanie et qui diffuse des informations non censurées à la télévision et à la radio, a exigé la libération de son employé ainsi que d'autres journalistes détenus depuis le putsch. 

En finir avec "l'anarchie"

Comme Kaung Myat Hlaing, ils sont nombreux à subir les foudres de l'armée birmane : 26 ont été arrêtés depuis le coup d'État, selon Reporters Sans Frontières. Une dizaine sont toujours en détention. D'autres ont été ciblés par des tirs de balles en caoutchouc, notamment deux employés de l'agence chinoise Xinhua.

En ayant recours à la force, la junte retourne à ses vieux démons. Les derniers soulèvements populaires de 1988 et de 2007 avaient en effet été réprimés dans le sang par l'armée, déjà au pouvoir pendant près de 50 ans depuis l'indépendance du pays en 1948. Après une fragile tentative de transition démocratique au cours des années 2010, un coup d'État a renversé le 1er février le gouvernement civil d'Aung San Suu Kyi. Après trois semaines de manifestations pacifiques, la police tire le dans la foule de manifestants à Mandalay faisant deux morts. Dans la foulée, la junte menace de recourir à des armes létales pour en finir avec "l'anarchie". Et ce, malgré un concert de condamnations internationales. 

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Quid d'Aung San Suu Kyi ? Toujours tenue au secret dans la capitale Naypyidaw, l'ex-dirigeante de 75 ans est désormais inculpée de quatre chefs : importation illégale de talkies-walkies, non-respect des restrictions liées au coronavirus, violation d'une loi sur les télécommunications et incitation aux troubles publics. Elle est apparue "en bonne santé" lors d'une audience en vidéoconférence qui s'est tenue lundi, d'après son avocat qui n'a toujours pas été autorisé à la rencontrer. Comme un  triste air de déjà-vu pour le prix Nobel de la paix. 

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