Crise des Rohingyas : Aung San Suu Kyi sort de son silence mais Amnesty dénonce une "politique de l'autruche"

Crise des Rohingyas : Aung San Suu Kyi sort de son silence mais Amnesty dénonce une "politique de l'autruche"
International

CRISE - La dirigeante birmane a adressé mardi un message d'apaisement à la communauté internationale, se disant "prête" à organiser le retour des plus de 400.000 Rohingyas musulmans enfuis au Bangladesh. Insuffisant aux yeux d'Amnesty international, qui estime qu'elle pratique "la politique de l'autruche" en ne dénonçant pas le rôle de l'armée dans les troubles.

Aung San Suu Kyi sort de son silence. Critiquée pour sa gestion de la crise des Rohingyas, cette minorité musulmane dont 400.000 membres ont fuit la Birmanie à cause des persécutions, la dirigeante a adressé mardi un message d'apaisement. Le prix Nobel de la paix s'est dite prête à organiser leur retour dans le pays. Reste à savoir à quelles conditions.

"Nous sommes profondément désolés pour les souffrances de tous ceux qui se sont retrouvés pris au piège de ce conflit", a concédé Aung San Suu Kyi dans un discours télévisé en anglais (et sans sous-titre en birman). "Nous ne voulons pas que la Birmanie soit divisée par les croyances religieuses", a-t-elle insisté, alors qu'elle est très critiquée pour ses atermoiements face au puissant courant de nationalisme bouddhiste, qui considère les musulmans comme une menace contre l'identité nationale.

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"Prendre toutes les mesures pour éviter que des civils soient blessés"

Des critiques qui émanent pour la plupart de la communauté internationale. Le timing du discours de la dirigeante n'est d'ailleurs pas anodin : elle a pris la parole à quelques heures de l'ouverture de l'Assemblée générale de l'ONU. Un sommet où elle n'a pas prévu de se rendre mais durant lequel la situation en Birmanie devrait être au cœur des discussions. La prix Nobel de la paix a ainsi eu des mots durs envers l'armée, à laquelle elle avait apporté jusqu'ici son soutien sans faille, malgré les accusations d'exactions sous couvert d'opération antiterroriste." Les forces de sécurité ont reçu des instructions" afin de "prendre toutes les mesures pour éviter les dommages collatéraux et que des civils soient blessés" lors de l'opération antiterroriste, a-t-elle dit, affirmant "condamner toutes les violations des droits de l'homme".

Loin de ce discours destiné avant tout à la communauté internationale, les Birmans considèrent malgré tout que les Rohingyas ne sont pas partie prenante de la nation birmane. Aung San Suu Kyi a suggéré le contraire mardi, s'affirmant dans la droite ligne de son père, Aung San, père de l'Indépendance birmane : la Constitution de 1947 avait permis à une grande partie des Rohingyas d'obtenir un statut légal et le droit de vote. Mais la dictature militaire instaurée en 1962 avait joué la carte de la haine antimusulmane, et la loi birmane sur la nationalité de 1982 avait laissé les Rohingyas apatrides.

Diplomatiquement, Aung San Suu Kyi marque ses distances avec le chef de l'armée, le général Min Aung Hlaing, qui est, dans l'ombre, homme clé dans ce dossier. La question des Rohingyas "est une cause nationale et nous devons être unis dans l'établissement de la vérité", à savoir que cette communauté apatride n'a rien de birman, avait averti samedi le chef de l'armée sur Facebook.

L'ONG Amnesty international déçue

Le discours d'Aung San Suu Kyi est toutefois insuffisant pour Amnesty international : l'ONG a réagi en dénonçant une "politique de l'autruche" concernant "les horreurs" qui se déroulent en Etat Rakhine dans l'ouest de la Birmanie. Il existe des preuves écrasantes que les forces de sécurité sont engagées dans une campagne de nettoyage ethnique", a-t-elle affirmé, regrettant que la prix Nobel de la paix n'ait pas dénoncé dans son discours le rôle de l'armée dans la crise des Rohingyas.

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