Blocage du canal de Suez : les navires de marchandises sont-ils devenus trop grands ?

Blocage du canal de Suez  : les navires de marchandises sont-ils devenus trop grands ?

DÉMESURE - Avec l'échouement de l'Ever Given, le taille de ces monstres des mers soulève de nombreuses interrogations. Pour Jean-Marie Miossec, spécialiste en transport maritime, cet incident doit servir d'avertissement avant qu'une catastrophe ne se produise.

Une course au gigantisme qui tourne à la démesure ? Alors que les opérations pour désensabler l’Ever Given ont pris fin dans le canal de Suez, l'échouement de ce porte-conteneurs aux dimensions titanesques soulève de nombreuses interrogations. Pris dans une tempête de sable dans la nuit du 23 au 24 mars, le mastodonte, d'une longueur de 400 mètres pour un poids de 220.000 tonnes, a causé un embouteillage massif sur cette voie maritime, l'une des plus fréquentées du monde. "Ces navires sont gigantesques et ont donc un tirant d’eau important, de l’ordre de 15 mètres, alors que les canaux qu’ils empruntent ne sont pas extrêmement profonds. Et c'est la même chose dans les ports. Le risque de s'échouer est donc plus important", explique à LCI Jean-Marie Miossec, professeur à l'université Paul-Valéry de Montpellier et auteur de Le conteneur et la nouvelle géographie des océans et des rivages de la mer (2016, aux éditions L’Harmattan). 

Toute l'info sur

Le canal de Suez bloqué une semaine par un porte-conteneur géant

Actuellement, aucune limite de taille n'est imposée au niveau international, en dehors des contraintes liées à l'accessibilité des ports. Pour réduire les coûts de fonctionnement, les armateurs construisent des navires de plus en plus gros, transportant de plus en plus de marchandises. "Leur taille n'a cessé d'augmenter ces dernières années, constate le spécialiste en transport maritime. Il y a plus de 6.100 porte-conteneurs qui parcourent le globe. Et les plus gros, capables d'embarquer jusqu’à 15.000 conteneurs, représentent aujourd'hui près d'un tiers de la flotte mondiale." Cependant, même si le secteur affiche des statistiques de sécurité supérieures à d'autres modes de transport, cette évolution suscite des inquiétudes, en raison notamment du volume de marchandises susceptibles de tomber à la mer et de la présence de grandes quantités de fioul.

La question de la taille des portes-conteneurs géants doit aussi être prise en compte, avant qu'une catastrophe ne se produise- Jean-Marie Miossec, professeur à l'université Paul-Valéry de Montpellier et spécialiste en transport maritime

Du fait de leurs dimensions et de leurs poids, ces navires sont aussi moins résistants en cas d'avarie, rappelle Jean-Marie Miossec. "Dernièrement, un porte-conteneur du japonais Mitsui Osk Lines (MOL) a été pris dans une tempête. Le navire s’est brisé en deux et a coulé au large d’Athènes avec toute sa cargaison", relate cet expert. Et ils sont aussi de fait moins manœuvrables. Il y a deux ans, l'Ever Given avait – déjà – perdu sa trajectoire à cause du vent et la collision avec le "Finkenwerder", un ferry de 25 mètres, n'avait pu être évitée. Par chance, il n'y avait pas de passagers à bord. Des incidents qui, à l'entendre, doivent servir d'avertissements. "La décision qui a été prise récemment d'interdire aux paquebots de croisière d'entrer à Venise est une bonne chose. La question de la taille des portes-conteneurs géants doit aussi être prise en compte, avant qu'une catastrophe ne se produise", soutient-il.

Lire aussi

L'échouement de l'Ever Given et la paralysie du commerce maritime internationale qui a suivie, occasionnant des pertes de plusieurs milliards de dollars par jour, pourrait conduire à ouvrir des discussions sur le sujet. Dans un rapport publié en 2015, le Forum international des transports (FIT), une organisation intergouvernementale liée à l'OCDE, rappelle qu'il existe des précédents dans le secteur maritime où la taille des navires s'est stabilisée et a même diminué. Les dimensions des pétroliers ont ainsi été revues à la baisse à la suite des chocs pétroliers de 1973 et 1979, mais aussi des marées noires des années 1980 et 1990. "Si on tient compte des réflexes réglementaires typiques qui font suite à une catastrophe maritime, un éventuel accident impliquant un porte-conteneurs géant pourrait changer la dynamique de la situation actuelle", concluait alors l'organisation. L'échouement de l'Ever Given et la paralysie du commerce maritime internationale qui a suivi pourrait conduire à ouvrir des discussions sur le sujet. 

Le conteneur et la nouvelle géographie des océans et des rivages de la mer (2016, aux éditions L’Harmattan). 

Sur le même sujet

Les articles les plus lus

42 jours au lieu de 28 entre deux doses de Pfizer et de Moderna : sur quoi se base Olivier Véran ?

Le vaccin Johnson & Johnson arrive ce lundi en France : ce qu'il faut savoir

Éruption de la Soufrière à Saint-Vincent : des milliers d'évacuations dans la panique

EN DIRECT - Le pic de la 3e vague atteint ? "Nous devons encore tenir", prévient Véran

Dîners clandestins : Brice Hortefeux plaide la bonne foi, Alain Duhamel se dit "piégé"

Lire et commenter