Bœuf à la sauce Ceta : le ministre de l'Agriculture dit-il vrai ?

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À LA LOUPE – Invité de LCI le mardi 22 octobre, Didier Guillaume, ministre de l'Agriculture et de l'Alimentation, s'est exprimé sur l'opposition des éleveurs français à l'application du CETA, ce traité de libre-échange avec le Canada et l'Union européenne.

Didier Guillaume était l’invitée politique d’Elizabeth Martichoux dans la matinale de LCI mardi 22 octobre. L'occasion pour le ministre en charge de l'Agriculture et de l'Alimentation de revenir sur un sujet controversé : la mise en concurrence des éleveurs bovins français avec le Canada dans le cadre du traité de libre-échange du CETA. 

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"Nous ne voulons pas importer une alimentation qui n’est pas aux normes de l’Europe ou aux normes de la France", assure Didier Guillaume. Le ministre dit espérer obtenir une égalité des normes pour la production de viande de bœuf. "Il ne peut pas y avoir de la concurrence déloyale dans les accords commerciaux." Mais sans s'engager sur un éventuel calendrier. 

À La Loupe revient sur les chiffres avancés par le ministre.  

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Est-ce que la France n'importe que 60 tonnes de bœuf canadien par an ?

Selon le ministre de l’Agriculture, le CETA serait très bon pour les agriculteurs français. "Cet accord bénéficie à la France dans le domaine du lait, dans le domaine du fromage, dans le domaine du vin, dans le domaine des indication géographique protégée. Tout ça, c’est très bénéfique." Didier Guillaume relativise l'impact du traité dans le secteur de la viande en France. "Aujourd’hui, nous importons 60 tonnes de viande bovine canadienne sur 1,5 million de viande bovine importée totalement." C'est donc très peu.  

Contacté par LCI, le ministère de l’Agriculture nous précise que Didier Guillaume s’est basé sur les données d’Interbev, l’organisation professionnelle des éleveurs de bovins. De son côté, le gouvernement canadien confirme à LCI le chiffre de 60 tonnes. En revanche, la Commission européenne, que nous avons sollicitée, avance elle le chiffre de 119 tonnes importées en 2018, soit le double de ce que nous assure le ministre. Cette même année, le Canada a exporté 1.350 tonnes de viande bovine en Europe, contre 2.700 tonnes exportées par les Européens vers le Canada, soit le double. 

En revanche, Didier Guillaume a commis une confusion. Le chiffre de 1,5 millions de tonnes représente l'intégralité de la viande bovine consommée pour une année, c'est-à-dire la production et les importations (environ 300.000 tonnes).    

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Un triplement des quotas d’importation

L’accord du CETA élargit le quota maximum de viande de bœuf canadienne qui pourra être importée dans l’Union européenne. Avant ce traité de libre-échange, les exportations étaient limitées à 18.662 tonnes par an. Désormais, le quota est de 65.500 tonnes, soit une multiplication par 3,5. 

Bien que le nouveau quota octroyé par le CETA représente 45.838 tonnes supplémentaires (15.000 tonnes de viande surgelée et 30.838 tonnes de viande fraîche), la Commission européenne minimise l’impact effectif sur le marché européen. "Rapporté aux 8 millions de tonnes consommées chaque année en Europe, ce quota supplémentaire dans le cadre du CETA ne représente que 0,6% de la consommation de bœuf par an. De plus, ces nouveaux quotas sont des volumes maximum qui ne seront pas nécessairement atteints." En effet, toujours d’après la Commission, les éleveurs canadiens n’utiliseraient aujourd'hui que 3% du quota de viande fraîche et 0% de la viande surgelée. A contrario, les exportations européennes de fromages de haute qualité par exemple ont déjà atteint 99% de leur quota d’exportation.

Une position rassurante que ne partagent pas les éleveurs français. Contacté par LCI, Interbev explique que si, effectivement, les volumes importés restent encore faibles, ils ont plus que doublé depuis l'application du CETA. "En 2017, l'UE importait 500 tonnes équivalent carcasse de viandes bovines canadiennes, c'est désormais 1.119 tonnes rien que pour le début de l'année 2019." 

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Seules 36 fermes canadiennes pourront exporter du bœuf en Europe ?

Mais d'où provient ce chiffre de 36 avancé par Didier Guillaume ? "Cinq laboratoires ont été validés par l’Union européenne qui vont contrôler les trente-six fermes depuis lesquelles la viande pourra être exportée." Cela correspond au nombre d'élevages de bœuf effectivement autorisés à produire de la viande exportable en Europe. 

Pourquoi un nombre si limité dans un pays qui compte, par exemple, plus de 10.000 élevages de bœuf rien que dans la province du Québec ? Il s’agit des fermes dites homologuées par l’Union européenne car elles n’utilisent pas les hormones de croissance, autorisées au Canada mais interdites en Europe, y compris à l’importation.  

En revanche, l’Ambassade du Canada en France nous précise que ce chiffre de trente-six remonte à 2016 et qu’il a sans doute évolué depuis. 

Le bœuf canadien importé respectera-t-il les mêmes normes qu'en Europe ?

Les normes d’élevage et de production est le principal sujet d’inquiétude des éleveurs français. Ils dénoncent une iniquité avec les fermes canadiennes dont les exigences seraient inférieures à l’Europe. Face à Elizabeth Martichoux, Didier Guillaume l’assure, "Nous ne voulons pas importer une alimentation qui n’est pas aux normes de l’Europe ou aux normes de la France. […] Il faut les mêmes normes, la même concurrence. Il ne peut pas y avoir de la concurrence déloyale dans les accords commerciaux." 

Une déclaration du ministre de l’Agriculture qui étonne Interbev. "Il n’y a pas, dans le CETA, d’objectif de mise en place d’égalité réelle des normes entre l’UE et le Canada concernant la production de viande bovine. Et si l’accord précise que les deux parties peuvent se concerter pour faire converger ces normes, il n’y a aucune obligation de résultat." Interrogé sur le sujet de la mise en commun des normes, la Commission nous apporte une réponse similaire. "Le CETA ne change rien à cela. Les modifications apportées par ce traité portent sur les droits de douanes pour un volume limité de bœuf, pas sur les normes sanitaires."  

Farines animales et antibiotiques au cœur de toutes les inquiétudes

Les éleveurs français sont inquiets de la présence des farines animales et des antibiotiques stimulateurs de croissance qui sont autorisés au Canada au sein des élevages bovins. "La seule exigence que l’Europe impose au Canada, comme à tous ses partenaires commerciaux qui souhaitent exporter de la viande bovine vers l’UE, est le bœuf sans hormones, rappelle Interbev. C’est donc prioritairement ce qu’elle sera amenée à contrôler. Sur tout le reste, comme les farines animales et les antibiotiques stimulateurs de croissance, il n’y a aucune interdiction européenne qui s’applique aux viandes importées". Une situation qu’avait déjà évoquée Interbev lors d’une audition à l'Assemblée nationale en juillet dernier à propos des effets du CETA : "On ne contrôle pas ce qu’on n’interdit pas !" 

Interbev demande la non ratification du CETA dans le but de rouvrir les négociations et d'en exclure la viande bovine. 

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Retrouver l'intégralité de l'interview de Didier Guillaume face à Elisabeth Martichoux

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