Boko Haram : derrière la vidéo des "filles de Chibok", une lutte pour le pouvoir

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ANALYSE - Plusieurs des filles enlevées en 2014 par le groupe islamiste nigérian sont réapparues dimanche dans une vidéo postée sur Youtube. Une séquence qui ne doit rien au hasard.

Après des mois de silence et d'interrogations sur leur état de santé, les "filles de Chibok" sont réapparues. Dimanche, le groupe terroriste Boko Haram a publié une vidéo sur Youtube de plusieurs de ces lycéennes, enlevées en avril 2014 et devenues le symbole d’un conflit ayant fait plus de 20.000 morts au Nigeria. Une vidéo qui illustre également la bataille qui se joue en coulisse pour contrôler le groupe islamiste.

Durant une poignée de minutes, on aperçoit sur ces images un homme armé prendre la parole devant plusieurs dizaines de jeunes filles. "Nous voulons envoyer ce message d’abord aux parents de ces filles pour qu’ils sachent qu’elles sont toujours avec nous, certaines d’entre elles, et deuxièmement pour qu’ils disent au gouvernement fédéral du Nigeria de libérer immédiatement nos frères emprisonnés", déclare l’individu. Avant d’ajouter : "Certaines des filles, une quarantaine, ont été mariées avec la permission de Dieu, certaines sont mortes en conséquence des bombardements des infidèles".

EN SAVOIR + >>  Boko Haram publie une vidéo des présumées lycéennes enlevées en 2014

Shekau "toujours présent"

Quelques heures après la diffusion de la vidéo, le mouvement Bring Back Our Girls, qui milite pour la libération des lycéennes, a tenu une conférence de presse, précisant que plusieurs jeunes filles avaient d’ores et déjà été reconnues par leurs proches. Pour sa part, le gouvernement nigérian préfère rester prudent, jugeant que la situation est compliquée par les divisions à la tête de Boko Haram. Des divisions qui pourraient être à l’origine de la diffusion de la vidéo : en mettant en avant son principal fait d’armes, le dirigeant Abubakar Shekau cherche en effet à asseoir son autorité sur son rival Abou Mosab al Barnaoui, adoubé début août par l'EI.

Un adoubement qui sonne comme un camouflet pour Abubakar Shekau. C’est lui qui, en mars 2015, avait prêté allégeance à Abou Bakr al-Baghdadi, le calife autoproclamé de l’EI. Sauf que ce dernier lui a donc préféré début août Abou Moussab al-Barnawi, l’ancien porte parole de Boko Haram, pour prendre la tête du mouvement. Un changement de direction peu apprécié par Shekau : il y a dix jours, il a diffusé un enregistrement audio pour réaffirmer qu'il était "toujours présent" et n'accepterait "plus aucun émissaire" de l'EI.

Pas sûr que l’EI observe d’un bon œil les menaces de celui qui, depuis 2009, contrôle le mouvement. De là à envisager une scission, il n’y a qu’un pas, que franchissent certains experts. Une branche dissidente de l’organisation, surnommée Ansaru, a en effet déjà vu le jour en 2012. Réputée proche d’Al-Qaïda, elle s’est concentrée sur des cibles internationales et aurait des connexions avec des djihadistes du Sahel.

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