Bolivie : après la démission de Morales, la sénatrice Jeanine Añez se proclame présidente par intérim

La sénatrice bolivienne Jeanine Añez
International

AMÉRIQUE LATINE - Après le départ contraint d'Evo Morales, son opposante et deuxième vice-présidente du Sénat Jeanine Añez s'est proclamée mardi 12 novembre présidente par intérim de la Bolivie, malgré l'absence de quorum au Parlement. L'ex-président, exilé au Mexique, a dénoncé un "coup d'Etat".

La Bolivie s'enfonce un peu plus dans la crise. Ce mardi, la sénatrice du Mouvement social-démocrate (centre-droit) Jeanine Añez s'est proclamée présidente par intérim malgré l'absence de quorum au Parlement, arguant de "la nécessité de créer un climat de paix sociale" dans le pays secoué par une grave crise politique depuis l'élection présidentielle fin octobre. Elle revendiquait la présidence par intérim depuis la démission d'Evo Morales et de ses successeurs prévus par la Constitution (le vice-président, la présidente et le vice-président du Sénat ainsi que le président de la Chambre des députés).

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Jeanine Añez s'est rendue dans la foulée au siège du gouvernement où elle a prêté serment, tandis que le Tribunal constitutionnel a validé cette élection. Elle a pris ses fonctions Bible en main et ceinte de l'écharpe présidentielle. L'avocate de 52 ans doit maintenant nommer son gouvernement et convoquer de nouvelles élections dans un délai de 90 jours. Elle a promis qu'elles auraient lieu avant le 22 janvier 2020.

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Bolivie : Morales contraint à la démission

Membre d'un parti minoritaire

Au Sénat, Jeanine Añez représente la région de Beni, dans le nord-est du pays, à la frontière du Brésil. Dotée d'une grande expérience politique et parlementaire, elle est divorcée et mère de deux enfants. Titulaire d'une licence de droit, elle a siégé de 2006 à 2008 à l'Assemblée constituante qui a rédigé l'actuelle Constitution. Sénatrice depuis 2010 et militante d'un parti minoritaire de centre-droit (le Mouvement social démocrate), elle a été élue deuxième vice-présidente du Sénat en vertu de la tradition voulant que tous les groupes soient représentés.

Evo Morales, réfugié au Mexique, a dénoncé sur Twitter "le coup d'Etat le plus astucieux et le plus odieux de l'histoire". Il a promis de poursuivre "la lutte", affirmant qu'il ne cesserait pas de "faire de la politique". Le chef de l'Etat, dont la réélection pour un quatrième mandat était considérée comme irrégulière par l'opposition et les observateurs de l'Organisation des Etats américains (OEA), s'était retrouvé de plus en plus isolé, alors qu'une grève générale et les manifestations paralysaient l'activité du pays depuis une dizaine de jours.

Reconnue comme présidente par intérim par les États-Unis

Les Etats-Unis ont reconnu dans la soirée du mercredi 13 novembre Jeanine Añez comme présidente par intérim de la Bolivie. "Les Etats-Unis saluent la décision de la sénatrice bolivienne Jeanine Añez de prendre la présidence par intérim afin de mener sa nation durant cette transition démocratique", a déclaré le secrétaire d'Etat américain Mike Pompeo dans un communiqué. "Nous attendons avec impatience de travailler avec l'Organisation des Etats américains, les institutions constitutionnelles de Bolivie et le peuple bolivien alors qu'ils préparent la tenue d'élections libres, justes, et ce aussi vite que possible", a ajouté le chef le chef de la diplomatie.

Avant même l'annonce de M. Pompeo, l'ancien président Evo Morales avait condamné ce qu'il avait nommé "la reconnaissance" de Jeanine Añez par le président américain Donald Trump.  Sur Twitter, il avait dénoncé "un complot politique et économique qui vient des Etats-Unis". "Nous appelons toutes les parties à protéger la démocratie durant les
semaines à venir et à s'abstenir d'actes violents contre des concitoyens ou leurs propriétés", a appelé Mike Pompeo dans son communiqué.

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