Bolivie : contraint à la démission, le président Evo Morales dénonce un coup d'Etat

International

BOLIVIE - Le président bolivien Evo Morales a annoncé sa démission, dimanche 10 novembre, à la télévision. Une annonce qui arrive après près de trois semaines de fortes protestations contre sa réélection contestée pour un quatrième mandat.

Avec une crise qui ne cessait de s'aggraver, il était face à une impasse. Evo Morales a annoncé sa démission ce dimanche 10 novembre à la télévision bolivienne.  L’armée elle-même avait demandé au président, sous le feu des critiques depuis sa réélection contestée au premier tour, le 20 octobre, de quitter le pouvoir. 

Lire aussi

Démissions en série et appel de l'armée

La contestation durait depuis 19 jours et la réélection, pour un quatrième mandat, de ce héraut de la cause indigène. Un scrutin dont l'Organisation des Etats américains (OEA) avait demandé l'annulation. Pour rétablir le calme dans le pays,  le président avait donc promis la tenue d'un nouveau scrutin. Une annonce qui n'avait pas eu l'effet escompté. Pour preuve, la crise politique a pris un tournant décisif ce dimanche. 

C’est d'abord Victor Borda qui a enclenché le mouvement de départs au sein du pouvoir. Président de l'Assemblée, il déclare quitter le navire après avoir été la cible de manifestants qui ont incendié sa maison. Dans la foulée, une dizaine de députés sympathisants de Morales lui emboîtent le pas. 

Peu après, c’est au tour du ministre des Mines de faire de même. Une décision justifiée par sa volonté de "préserver sa famille". Quant au ministre des Hydrocarbures, il quitte peu après ses fonctions car les événements que traverse le pays vont "à l'encontre" de ses "principes personnels" et de ses "valeurs spirituelles et démocratiques".

Tandis que l’opposition appelle tout au long de la journée le dirigeant de 60 ans, au pouvoir depuis 2006, à quitter le pouvoir, le coup de grâce n'arrive que plus tard. Et c'est finalement l'armée qui le portera.

Le commandant en chef, le général Williams Kaliman, annonce ainsi que "pour le bien de la Bolivie", il est nécessaire que le dirigeant quitte ses fonctions. "Après avoir analysé la situation conflictuelle interne, nous demandons au Président de renoncer à son mandat présidentiel afin de permettre la pacification et le maintien de la stabilité", avait-il déclaré devant la presse. Il n'en faudra pas davantage à l'ex-dirigeant syndical. Moins de quarante minutes plus tard, Evo Morales annonce à la télévision "renoncer" au quatrième mandat. 

Le désormais ex-Président bolivien a annoncé dans la soirée  qu'un mandat d'arrêt "illégal" avait été émis contre lui. "Je dénonce devant le monde et le peuple bolivien qu'un officier de police a annoncé publiquement qu'il a reçu instruction d'exécuter un mandat d'arrêt illégal émis contre ma personne", a écrit l'ancien dirigeant socialiste sur Twitter, qui accuse les putschistes de "détruire l'Etat de droit".

 Le commandant de la police, Vladimir Yuri Calderon, a démenti l'existence d'un tel mandat d'arrêt à la télévision locale Unitel. "Seuls sont visés les magistrats du Tribunal suprême électoral (TSE)", a-t-il déclaré. Mais l'un des principaux opposants à Evo Morales, Luis Fernando Camacho, a confirmé l'existence d'un mandat d'arrêt contre lui. "Confirmé!! Ordre d'arrestation pour Evo Morales!! La police et les militaires le recherchent dans le Chaparé", a-t-il écrit sur Twitter. La présidente et le vice-président du TSE ont été arrêtés dans la soirée sur ordre du parquet qui enquête sur des irrégularités commises dans le scrutin d'octobre.

Premières réactions internationales

Face à ce déchaînement d'oppositions, Evo Morales a tout de même reçu, dès ce dimanche soir, le soutien immédiat des présidents cubain et vénézuélien, Miguel Diaz-Canel et Nicolas Maduro, qui ont dénoncé un "coup d'Etat" et exprimé leur solidarité envers leur "frère président" Evo Morales. Le président élu argentin Alberto Fernandez a également condamné "un coup d'Etat". 

Le Mexique, qui accueille dans son ambassade à La Paz des fonctionnaires et des parlementaires boliviens, a également réagi par l'intermédiaire de son ministre des Affaires étrangères. Marcelo Ebrard a déclaré via son compte Twitter que le Mexique offrirait l'asile à Evo Morales. L'Union européenne, par la voix de sa cheffe de la diplomatie Federica Mogherini, a appelé à la modération et à la responsabilité, du côté des pro comme des anti-Morales. L'Espagne, de son côté, a critiqué le rôle de l'armée et de la police : "Cette intervention nous ramène à des époques passées de l'histoire sud-américaine", a averti le ministère des Affaires étrangères, dans une référence implicite aux différents putschs qui ont frappé le sous-continent dans la deuxième partie du XXe siècle.

De son côté, le président brésilien d'extrême droite Jair Bolsonaro a estimé que les dénonciations de fraude avaient poussé Evo Morales à démissionner. 

Sur le même sujet

Et aussi

Lire et commenter