Plus de 100 détenus tués en une semaine : que se passe-t-il dans les prisons brésiliennes ?

Plus de 100 détenus tués en une semaine : que se passe-t-il dans les prisons brésiliennes ?
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UNIVERS CARCÉRAL - Au moins quatre détenus assassinés, la plupart décapités. La prison de Manaus a clôturé dimanche soir une semaine particulièrement morbide dans les prisons brésiliennes. Au total, le cap des 100 morts a été franchi dans différents établissements du pays, mettant en lumière l'incapacité du pouvoir à gérer ces lieux infiltrés par des gangs.

Que s'est-il passé la semaine dernière ?

Dans la nuit du 1er au 2 janvier, des affrontements entre détenus membres de deux organisations criminelles dans une prison de Manaus, au nord du Brésil, aboutissent à un carnage : 56 morts, un grand nombre de victimes étant décapitées. La mutinerie, pendant laquelle douze surveillants sont pris en otage, dure 17 heures. Soixante-cinq des 184 détenus qui ont profité de l'occasion pour s'évader ont depuis été capturés. 


Cinq jours plus tard, des scènes identiques se répètent, cette fois-ci dans une prison de l'État de Roraima, également au nord du pays, où 31 détenus sont massacrés. Il ne s'agit pas là d'une mutinerie, mais" d'une action rapide d'un groupe de détenus" qui a duré moins d'une heure, selon les autorités. Comme à Manaus, les victimes ont été décapitées, éviscérées, démembrées, d'après des photographies de l'intérieur des lieux montrant des dizaines de corps empilés dans un gigantesque bain de sang.

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Comment le Brésil en est-il arrivé là ?

D'après les premiers éléments de l'enquête, ces tueries sont considérées comme une "vengeance" du groupe local FDN (Familia do Norte) contre le PCC (Premier commando de la capitale), fondé à Sao Paulo. Selon la police brésilienne, le FDN a commencé à se structurer en 2007, en réponse aux velléités d'expansion du PCC pour occuper le terrain dans cette région stratégique, à la frontière de la Colombie, du Pérou et de la Bolivie, pour contrôler la route de la cocaïne.


Sur fond de guerre des gangs, ce massacre prend aussi racine dans un autre problème fondamental du Brésil : la surpopulation carcérale, avec un taux d'occupation de 167% au niveau national. Avec 622.000 détenus recensés par le ministère de la Justice fin 2014, le Brésil comptait alors la quatrième population carcérale au monde, derrière les États-Unis, la Chine et la Russie. Un problème connu de longue date par le Brésil : le massacre de Manaus est le plus sanglant depuis celui de Carandiru, en 1992, à Sao Paulo, où 111 détenus étaient morts lors d'une intervention policière pour contrôler une mutinerie.

Que fait le gouvernement ?

Sous le feu des critiques, le président, Michel Temer, a annoncé jeudi un plan national. Celui-ci prévoit la construction d'au moins une prison dans chacun des 27 États du Brésil, via le déblocage de 800 millions de réals (environ 250 millions d'euros). Il a aussi annoncé que ces nouvelles prisons disposeraient de deux bâtiments séparés pour que les détenus incarcérés pour des délits mineurs ne se retrouvent pas avec des criminels endurcis. Par ailleurs, le gouvernement construira aussi cinq nouvelles unités de prison fédérale, à sécurité maximale, pour y transférer les "leaders hautement dangereux".

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