Brésil : s'il est élu président, Jair Bolsonaro va-t-il détruire la forêt amazonienne ?

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ENVIRONNEMENT - Jair Bolsonaro est le grand favori de l'élection présidentielle au Brésil, dont le deuxième tour se déroule ce dimanche. Dans son programme, ultra-sécuritaire et libéral, le candidat d'extrême droite laisse peu de place à l'environnement. Mais ses différentes déclarations inquiètent les défenseurs de la forêt amazonienne qu'il entend exploiter plutôt que protéger.

L’élection présidentielle au Brésil devrait façonner le destin de l’Amérique latine. Mais aussi celui du monde, ou en tous cas de son poumon. Car, parmi tant d’autres enjeux, celui de l’avenir de l’Amazonie, dont 60% de la superficie se trouve dans le pays, est désormais entre les mains des Brésiliens qui élisent leur président ce dimanche 28 octobre.


Grand favori des sondages, et arrivé en tête au premier tour : Jair Bolsonaro. Misogyne, raciste et homophobe, il est également un fervent défenseur de l’agro-alimentaire au détriment de la protection de l’environnement. C’est pourquoi plusieurs associations estiment que cette candidature est une grave menace pour le climat. La semaine dernière, une vingtaine d'ONG, dont Greenpeace et WWF, écrivaient dans une lettre ouverte que le candidat d’extrême droite fera "exploser" la déforestation. 

Car, s’il accède au pouvoir, ce climato-sceptique ne sera pas à la tête de n’importe quel pays. Le Brésil, signataire de l’accord de Paris, est l’un des acteurs les plus importants dans la lutte contre le réchauffement climatique. Il est non seulement un gros émetteur de gaz à effet de serre et producteur d’énergie fossile, mais aussi le pays qui détient près de 30% des forêts tropicales dans le monde. 

Le bœuf et le colza avant tout

Dans son programme, Jair Bolsonaro ne semble pas prendre en compte l'enjeu planétaire. Ainsi, il n’y évoque ni la déforestation, ni le réchauffement de la planète, ni l'accord de Paris sur le climat. Sur 80 pages, le mot "environnement" n’est écrit qu’une fois. Le terme "nature" lui, est cité neuf fois dont seulement une dans un contexte de protection. Par contre, le projet du candidat d’extrême droite comporte un chapitre entier sur l’agriculture. Il promet notamment de défendre le puissant secteur agroalimentaire de son pays. Et à livrer terres et forêts à la production de bœuf et de soja. 


C’est pourquoi il affirme que le ministère de l’Environnement verra ses fonctions transférées au ministère de l'Agriculture.  "Comme il est soutenu par le lobby parlementaire de l'agro-business, qui est très fort, Bolsonaro veut pratiquement mettre l'environnement au service de l'agro-business", a ainsi expliqué à l’AFP Geraldo Monteiro, politologue à l'Université de l'Etat de Rio de Janeiro. 

Outre ce changement, s'il est élu, Jair Bolsonaro devrait donner le ministère des Transports à Oswaldo Ferreira, un ancien chef de construction de l’armée. A 64 ans, c’est lui qui a défini le programme en termes d'infrastructures et d'environnement. Et lui aussi qui avait, dans un entretien récent à un média brésilien, affirmé qu'à l'époque où il construisait des routes dans les années 70, "il n'y avait pas le Parquet ni l'agence environnementale pour embêter le monde".

La protection de l’Amazonie, bête noire de Bolsonaro

Des associations qui "embêtent le monde". Une vision largement partagée par Jair Bolsonaro. En août dernier, alors qu’il était en visite dans l'Etat amazonien de Roraima, cet ex-capitaine de l'armée était allé encore plus loin. En décrivant les "contrôles chiites" imposés par les agences publiques environnementales, considérant qu’elles "nuisent à ceux qui veulent produire". Le terme "chiite" étant utilisé ici dans le sens du radicalisme. 


Car, notamment pour lancer des activités de forage ou de barrages, il faut des licences environnementales dans le pays. Alors, dans son programme, Jair Bolsonaro estime que "les petites centrales hydroélectriques font face à l’obstacle presque insurmontable de la licence de protection de l'environnement." Et de promettre : "Nous ferons en sorte que ces permis soient évalués dans un délai maximum de trois mois." De quoi louer les intérêts des grands propriétaires terriens contre la protection de l’environnement. Et de l’Amazonie. Dont 80% des zones déboisées servent déjà à de nouveaux pâturages.

Un programme qui rompt clairement avec quinze ans d’efforts  politiques dans le pays. Et qui sort du schéma de l’accord de Paris. Si le candidat n’en parle pas dans son programme, il a toutefois fait savoir qu’il voulait rester dans ce traité. Mais à condition qu’on le laisse faire ce qu’il veut sur l’Amazonie. Le jeudi 26 octobre, il a ainsi déclaré qu’il voulait que Brasilia garde sa pleine souveraineté sur la zone forestière. Pour ce faire, il demande à ce qu’on écrive "noir sur blanc" qu'il n'est pas question de garder le projet triple A, qui prévoit de créer un couloir écologique transnational allant des Andes à l'océan Atlantique en traversant l'Amazonie. De quoi comprendre que, si Jair Bolsonaro ne possède aucun programme environnemental, ses rares prises de position montrent une chose : s’il est élu, la forêt amazonienne, aujourd’hui protégée, sera désormais exploitée.

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