Brésil : ses condamnations annulées, l'ancien président Lula éligible pour la présidentielle 2022

L'ancien président brésilien Lula recouvre ses droits politiques et pourra affronter Jair Bolsonora à la prochaine présidentielle.

BRÉSIL - Après qu'un juge de la Cour suprême a annulé ses condamnations pour corruption, l'icône de la gauche brésilienne peut désormais affronter l'actuel chef de l'État Jair Bolsonaro au prochain scrutin.

Cette décision redistribuera-t-elle les cartes ? L'ancien président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva a été rétabli dans ses droits politiques après qu'un juge de la Cour suprême a annulé ce lundi toutes les condamnations pour corruption à son encontre. Conséquences : l'icône de la gauche brésilienne se retrouve illico propulsée dans l'arène politique et pourra se porter candidat lors de la prochaine élection présidentielle. Alors qu'il dirigeait le pays entre 2003 et 2010, Lula retrouve un Brésil plus polarisé que jamais depuis l'arrivée au pouvoir en 2018 de cette figure d'extrême-droite. 

Si Lula recouvre ses droits politiques, l'ancien syndicaliste métallurgiste n'est ni innocenté ni blanchi. Le juge Edson Fachin a estimé que le tribunal de Curitiba (Sud) qui avait condamné Lula dans quatre procès n'était "pas compétent" pour juger ces affaires. Celles-ci seront à présent jugées par un tribunal fédéral de Brasilia. Le procureur général brésilien dispose d'ailleurs d'un droit de recours devant la Cour suprême.

Depuis sept ans, l'ancien chef de l'État est pris dans un tourbillon judiciaire qui a été marqué par ses 585 jours de prison pour corruption, d'avril 2018 à novembre 2019, date à laquelle il avait été libéré sur décision collégiale de la Cour suprême. Au moment de son incarcération, la popularité de l'ancien Lula était d'ailleurs loin d'être entamée. Pour la présidentielle d'octobre 2018, les sondages l'avaient même donné gagnant. 

Dans sa famille politique, les dirigeants préfèrent rester prudents. "Lula innocent", a réagi sobrement sur Twitter le Parti des Travailleurs (PT), formation de gauche cofondée en 1980 par Lula, qui pour sa part restait silencieux, son compte Twitter multipliant tout de même les retweets de réjouissances.  Lula a reçu les félicitations de la gauche latino-américaine mais aussi du maire de Paris Anne Hidalgo ou du leader insoumis Jean-Luc Mélenchon. Actuellement, l'ancien chef du Parti des Travailleurs incarne le seul espoir pour la gauche brésilienne de battre le président d'extrême-droite Jair Bolsonaro au prochain scrutin présidentiel. 50% des personnes interrogées se disaient prêtes à voter pour lui, contre 44% pour le président sortant.

Lula, une menace pour Jair Bolsonaro

Dans les rangs de la droite, plusieurs hommes et femmes politiques grincent des dents. Sur CNN Brasil, le président brésilien a ouvertement mis en cause la partialité du juge Fachin qui  aurait "toujours eu un lien fort avec le PT." La figure de l'extrême-droite a ajouté : "Nous avons tous été surpris par, mais en fin de compte, le brigandage de ce gouvernement (de gauche) est bien clair pour toute la société", a-t-il ajouté. Plusieurs alliés de Jair Bolsonaro ont critiqué l'annulation des condamnations de Lula, jugée "révoltante" par le député de droite Bibo Nunes, du Parti Social Libéral (PSL)."Lula candidat! Le Brésil a succombé, on va devoir supporter l'euphorie des antifas et des communistes", a écrit pour sa part sur Twitter Coronel Tadeu, un autre parlementaire de la même formation.

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Comment en est-on arrivé à une telle décision ? Les condamnations de Lula à Curitiba, dans le cadre de l'opération anticorruption "Lavage express" avaient déjà été discréditées ces derniers mois, l'impartialité des juges et des procureurs ayant été mise en doute par des échanges de messages dévoilés par le site The Intercept Brasil. À l'époque, c'était le juge Sergio Moro - figure de proue de la lutte anticorruption au Brésil et ancien ministre de la Justice de Jair Bolsonora qui avait condamné en première instance Lula en juillet 2017. L'ancien métallo avait notamment été accusé de recevoir des pots-de-vin pour favoriser des entreprises du bâtiment dans l'octroi de marchés publics, notamment liés à la compagnie pétrolière d'État Petrobras.

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