Brésil : une ville qui avait atteint l'immunité collective rebascule dans la crise sanitaire

Un fossoyeur dans le cimetière de la ville de Manaus, au Brésil, où des victimes du Covid-19 sont enterrées. Photo prise en Juin 2020.

MIRAGE - Fin septembre, une étude scientifique avait révélé que la ville brésilienne de Manaus avait atteint l'immunité collective au prix d'un lourd bilan. Deux mois et demi plus tard pourtant, la situation semble de nouveau s'emballer, et l'immunité collective s'être envolée.

Le super-pouvoir de la ville de Manaus, au nord-ouest du Brésil, aura été de courte durée. En septembre dernier, une étude, réalisée par 34 chercheurs brésiliens et internationaux révélait qu'elle avait atteint, après une première vague de Covid-19 extrêmement meurtrière, un niveau d'immunité collective permettant de contrôler la circulation du virus. 66% des 2,2 millions d'habitants de la ville possédaient selon eux des anticorps contre le coronavirus. Mais selon les chiffres épidémiologiques communiqués par la mairie de Manaus ces dernières semaines, l'épidémie est repartie de plus belle. 

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Depuis mi-septembre, l'Etat d'Amazonas, dont Manaus est la capitale et la plus grande ville (plus de la moitié des habitants de l'Amazonas y réside), subit de plein fouet, comme le reste du pays, la deuxième vague de l'épidémie de Covid-19. Selon les chiffres de la Fondation pour la  surveillance de la santé en Amazonas (FVS-AM), le nombre de nouveaux cas avérés avoisine chaque jour le seuil des 1000. Un niveau quasiment comparable à la première vague, lors de laquelle le nombre de nouveaux cas avérés oscillait quotidiennement entre 1000 et 1650 environ. D'après une étude publiée fin novembre par des chercheurs brésiliens et citée par le Diario de Pernambouco, Amazonas concentre actuellement 28% des cas avérés du pays de 209 millions d'habitants. Manaus, elle, concentre 40% des cas de l'Etat.

À une semaine de Noël, les services de soins intensifs sont proches de la saturation, malgré l'ajout de 60 lits supplémentaires. Le 16 décembre, le gouvernement de l'Amazonas a pris la décision d'en ajouter 20 de plus, après que le taux de patients hospitalisés a atteint son plus haut niveau depuis fin juin, avec 523 patients hospitalisés au 17 décembre. 

La tenue d'élections municipales et le manque de sérieux, les principales causes de l'aggravation de la situation

"Nous assistons maintenant à une nouvelle vague d'augmentation du nombre de contagions et d'hospitalisations à Manaus, en grande partie en raison des élections que nous avons eues en novembre", explique au journal brésilien O Globo l'épidémiologiste Jesem Orellana. Les Brésiliens ont effectivement voté, le 15 puis le 29 novembre, pour élire leur prochain maire. Ces élections municipales ont provoqué de nombreux rassemblements et certainement de nombreuses contaminations, malgré les précautions mises en place.

L'épidémiologiste explique aussi l'aggravation de la situation sanitaire par le "relâchement croissant de la population", qui, dirigée par un président qui n'a de cesse de minimiser l'épidémie, n'est pas très étonnant. "Aujourd'hui, il n'y en a que pour la pandémie, il faut en finir avec ça. Je regrette les morts, je les regrette. Nous allons tous mourir un jour, tout le monde ici va mourir. Ça ne sert à rien de fuir cela, de fuir la réalité. Il faut arrêter d'être un pays de pédés", a par exemple récemment déclaré Jair Bolsonaro.

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A Manaus, la première vague de Covid-19 avait causé la mort de plus de 2400 personnes. Aujourd'hui, la ville a passé la barre des 3000 morts, tandis qu'une dizaine de décès viennent alourdir chaque jour un peu plus ce bilan. Si la ville avait atteint au creux de la vague une immunité collective, celle-ci aura donc été de (très) courte durée.

La Suède, qui comptait l'atteindre pour venir à bout du coronavirus, a récemment avoué son échec. "Je crois que nous avons échoué", a affirmé jeudi le roi de Suède Carl XVI Gustaf, dans un inhabituel commentaire d'actualité à la télévision SVT. "Beaucoup de gens sont morts, et c'est terrible. C'est quelque chose qui nous fait tous souffrir." Dans le pays, les services de réanimation sont sous tension et la mortalité est jusqu'à dix fois supérieure à ses voisins nordiques. "L'autorité de santé publique avait préparé trois scénarios cet été. Nous nous étions calés sur celui du pire. Or, il s'avère que c'est deux fois pire", explique d'autre part à l'AFP Lars Falk, un responsable de soins intensifs à l'hôpital Karolinska de Stockholm. Tandis que le niveau de contamination ne diminue pas, les hospitalisations liées au Covid en Suède ont dépassé leur pic du 20 avril, avec 2.509 patients traités.

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