Brexit - Bananes, divorce et Daech : retour sur une campagne de mensonges

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PETITS ARRANGEMENTS AVEC LA REALITE - Des arguments plus farfelus les uns que les autres ont fleuri pendant la campagne du Brexit. Des approximations, voire des mensonges, qui ont certainement eu leur part dans la méconnaissance des Britanniques des institutions européennes.

Le Royaume-Uni a choisi le Brexit. Les Britanniques ont voté à 51,9% pour la sortie de l'Union européenne. Pourtant, nombre d'entre eux n'avaient visiblement aucune connaissance des enjeux du scrutin. C'est ce qu'a révélé Google dévoilant les requêtes effectuées sur son moteur de recherches après le référendum. Certains n'avaient, semble-t-il, même pas conscience des conséquences de leur vote. Quelques heures après la fin du scrutin, la question "que se passe-t-il si nous quittons l'Europe?" a augmenté de 250%.

Pire, certains Britanniques ne savaient même pas si leur pays faisait partie ou non de l'UE. La question "sommes-nous dans ou en dehors de l'Union européenne?" a fait un bond de 2450%.

Encore plus inquiétant, la deuxième question posée après l'annonce des résultats officiels du référendum ce vendredi matin a été, tout simplement: "Qu'est-ce que l'UE?"

Une ignorance qui semble surprendre mais qui peut aussi s'expliquer par le festival de fausses informations, approximations et déclarations à l'emporte-pièce véhiculées par les deux camps durant la campagne. Revue de ces bobards qui ont parasité la consultation.

Un feu d'artifices de mensonges chez les supporters du "Leave".

350 millions de livres chaque semaine à Bruxelles
C'est ce qu'a affirmé l'ancien maire de Londres conservateur Boris Johnson, et possible prochain Premier ministre . Le Royaume-Uni verserait au budget européen 350 millions de livres – soit 435 millions d'euros – hebdomadaires, ce qui équivaut à 18 milliards par an. C'est effectivement le total de la contribution britannique au budget de l'UE en 2013. 

Mais c'est sans compter le rabais négocié par Margaret Thatcher en 1984. En réalité, Londres verse seulement 13 milliards. Sans compter qu'il faut soustraire 4 milliards qui reviennent sous forme d'aides européennes aux régions ou aux agriculteurs et un peu plus de un milliard de subventions pour la recherche. Par ailleurs, ce calcul ne prend pas en compte l'accès au marché commun, qui fait faire des économies supplémentaires en levant les taxes douanières. Au final, la contribution nette ne dépasse pas les 7 à 8 milliards par an.

Les partisans du Brexit n'ont cessé d'affirmer durant la campagne que cet argent servirait à financer la NHS, le système de santé publique. Le lendemain du vote, Nigel Farage, président du Parti de l'indépendance du Royaume-Uni, a reconnu que c'était faux.

 

 La mise en scène des migrants
Une heure avant  le meurtre de la députée travailliste Jo Cox , le parti indépendantiste Ukip a diffusé une affiche dans tout le pays montrant une longue file de migrants qui traversent la frontière croate pour se rendre dans un camp de réfugiés en Slovénie. En légende : "L'Europe nous a tous fait échouer. Nous devons nous libérer de l'Europe et reprendre le contrôle de nos frontières", sujet de prédilection de tous les partis d'extrême droite européens.

 Des exemples farfelus pour dénoncer la réglementation européenne
Le recyclage des sachets de thé, les bus à deux étages, la taille des cercueils, les bouilloires ou les machines à café... Tout et n'importe quoi a été évoqué pour dénoncer la réglementation européenne, jouant sur sa prétendue opacité. La banane en est une parfaire illustration.

Boris Johnson a déclaré que l'UE interdisait aux supermarchés de vendre des grappes de plus de deux ou trois bananes. Mauvaise foi ou manque de pratique dans les rayons, cette affirmation se passe volontiers de commentaire. Son camp a néanmoins évoqué une prétendue réglementation européenne sur la courbure de ce fruit. Les bananes sont en fait classées en trois catégories. Celles de la première doivent être de qualité supérieure, pour la deuxième elles peuvent comporter de "légers défauts de forme", et dans la troisième ces défauts sont autorisés. 

Même délire sur les ballons de baudruche . Boris Johnson a déclaré que "l'Union Européenne interdit aux enfants de moins de 8 ans de gonfler des ballons." Il est simplement obligatoire qu'un avertissement figure sur leurs emballages.

 0-0 sur l'épineuse question de la Turquie
Selon le camp du Brexit, 75 millions de Turcs sont sur le point d'entrer dans l'Union européenne, et donc prêts à immigrer en masse au Royaume-Uni. Un argument brandi par Boris Johnson durant la campagne. Le Premier ministre David Cameron a assuré que l'entrée d'Ankara n'était pas "prévue de près ou de loin". Ce dernier avait pourtant affirmé au président Erdogan en 2010 être "le meilleur avocat possible de l'adhésion à l'UE" de la Turquie.

Sadiq Khan, le maire travailliste de Londres pro-UE, a accusé le camp du Brexit de "mentir" au sujet de la Turquie. Une idée qui semble pourtant bien ancrée chez les Britanniques. Selon un sondage Ipsos Mori , 45% des personnes inter­ro­gées pensent que la Turquie fera bien­tôt partie de l'UE et que des millions de Turcs auraient alors le droit d'em­mé­na­ger au Royaume-Uni.

Les pro-Brexit ont fait fort. Mais les partisans du "Remain" n'ont pas laissé leur part au lion en matière de désinformation.

 La menace d'une catastrophe économique
Les grandes institutions internationales (FMI, OCDE, G7) et le Trésor britannique ont dressé un tableau cauchemardesque pour l'économie britannique en cas de Brexit. Elles ont averti d'un risque de récession, d'une chute de la livre sterling, des investissements, des prix immobiliers et des marchés financiers, ainsi qu'une hausse du chômage et des prix. Selon le FMI , le PIB pourrait être impacté jusqu'à 9,5%. Un think thank allemand a même évoqué le chiffre de 14% . Exemple ultime pour dissuader le citoyen lambda de voter pour le "out" : il va perdre jusqu'à 6% de ses revenus, sans préciser s'il s'agit là d'une moyenne où si chaque citoyen sera logé à la même enseigne.

► Le divorce au bout du Brexit
Sian Berry, ancienne candidate écologiste aux dernières élections municipales à Londres, a déclaré qu'un couple sur dix de la capitale, composés d'un ressortissant européen et d'un Britannique, devrait se séparer en cas de Brexit, rupture de la liberté de mouvement oblige. Un argument un brin émotionnaliste et un tantinet anticipé tant on ignore encore la façon dont les citoyens européens vivant au Royaume-Uni seront considérés au regard de la loi britannique.

► Daesh aurait voté "Leave"
Selon David Cameron , Abou Bakr al-Baghdadi, le chef de l'organisation djihadiste Daesh, serait ravi de voir le Royaume-Uni quitter l'UE. Si les intentions du groupe terroristes sont loin d'être pacifiques, instrumentaliser les peurs qu'il suscite ne semble pas très fair-play...

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