Brexit, prétendants et sondages : ce qu'il faut savoir sur les élections britanniques

Brexit, prétendants et sondages : ce qu'il faut savoir sur les élections britanniques
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ELECTIONS - Jeudi 12 décembre, les Britanniques se déplacent aux urnes. Objectif, donner une majorité à Boris Johnson pour réaliser son Brexit, ou propulser son adversaire, le leader travailliste Jeremy Corbyn, pourfendeur des politiques d'austérité, à la tête du pays.

Le jour fatidique arrive au Royaume-Uni. Jeudi 12 décembre, moins de trois ans après les dernières élections générales et après à peu autant d’instabilité politique liée au Brexit, c’est l’heure pour les électeurs britanniques de solder les comptes. 

L’enjeu est fort, plus que jamais. Il s’agit ni plus ni moins de donner ou non une majorité à Boris Johnson, Premier ministre conservateur depuis cet été, héraut du Brexit, qui a fait de sa réalisation sa principale promesse de campagne. Face à lui, le travailliste Jeremy Corbyn, qui traîne une position restée trop longtemps peu claire sur cette question. Et se voit tailler des croupières par la LibDem Jo Swinson ou l'indépendantiste écossaise Nicola Sturgeon. Revue des enjeux et des favoris.

Le Brexit, toujours au centre de la campagne

Depuis trois ans et demi, il empoisonne le quotidien des Britanniques, et ce n'est pas encore fini. Le Brexit, validé par référendum en mai 2016, pourrait pourtant ne pas aboutir au bout de ce scrutin. C’est d’ailleurs pour cette raison que s’organisent ces élections anticipées, pour ce qui est le 3e scrutin législatif en moins de cinq ans. En effet, après s’être mis sa majorité à dos, Boris Johnson a été incapable de faire adopter l'accord de sortie qu'il avait négocié avec l'Union européenne. Assez pour que sa principale promesse de campagne soit, tout simplement, "réaliser le Brexit". Il veut ainsi sortie de l'UE avant le 31 janvier et, mieux, fignoler un accord commercial post-Brexit avec les 27 d'ici la fin de l'année 2020.

"Irréaliste", lui répondent ses adversaires travaillistes, qui naviguent sur une ligne de crête en la matière. Leur leader Jeremy Corbyn, qui présente un programme très à gauche, à des années-lumières des politiques libérales portées par Boris Johnson ou les dirigeants de l'UE, n'a jamais caché son scepticisme face à l'UE telle qu'elle fonctionne actuellement. S'il rejoint le 10, Downing Street, le leader de l'opposition souhaite renégocier un accord avec les 27, mieux-disant sur les plans social et environnemental. "Nous le ferons dans les trois mois suivant l'élection. Puis, dans les six mois, nous le soumettrons au peuple, avec la possibilité de dire : 'On reste'." Si tel est le cas, il a promis de rester neutre pendant la campagne.

Troisième roue du carrosse, les LibDems, défenseurs acharnés du maintien dans l'UE coûte que coûte, promettent tout simplement "d'annuler le Brexit". Autre voix importante de la campagne, le SNP, le parti nationaliste écossais. Certes confidentiel au niveau national, le parti, favorable à l'indépendance de l'Ecosse et pro-UE, fait le plein en Ecosse. Et pourrait monnayer son soutien à Corbyn en échange de la promesse d'un nouveau référendum. Assez pour constituer une coalition avec les LibDems et les travaillistes ?

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A côté de la question du Brexit, figure celle des choix économiques et sociaux vers lesquels se dirige le Royaume-Uni. Après une dizaine d'années d'"austérité", le Labour se présente avec son programme le plus ambitieux "des trente dernières années". Au programme, une "révolution industrielle verte", avec notamment 250 milliards de livres injectés ces 10 prochaines années pour la transition énergétique. Nationalisations, semaine de 32 heures, hausse des impôts pour les plus aisés et investissement de 400 milliards d'euros dans les services publics, notamment au sein du NHS, le service public de santé, dont la situation a également été au cœur de la campagne.

En effet, accusé par le Labour, Boris Johnson doit se défendre de vouloir ouvrir le NHS aux compagnies d'assurance privées américaines, dans le cadre de l'accord de libre-échange qu'il entend négocier avec les Etats-Unis, après le Brexit. "Nul et non avenu", ont répondu les hiérarques du parti conservateur et Donald Trump. Pourtant, la situation du NHS, symbolisée par la vétusté des hôpitaux et le manque de personnels soignants, reste bien le point faible des conservateurs. Dernier épisode en date qui a valu une volée de critiques à Boris Johnson : sa réaction face à la photo d'un enfant atteint de pneumonie, soigné à même le sol faute de lit pour l'accueillir. Pour éviter de commenter la photo, il a refusé de la regarder et... s'est saisi du portable qu'on lui tendait pour le mettre dans sa poche.

Que disent les sondages ?

En dépit des difficultés traversées ces derniers mois, Boris Johnson fait pourtant la course en tête. Mieux, il est parvenu à croquer les voix de ses rivaux du front du "Leave", le parti du Brexit, mené par l'europhobe d'extrême droite, l'ancien trader Nigel Farage. Ce dernier, qui avait pourtant eu le vent en poupe aux européennes, est aujourd'hui plus bas que terre, avec 3% des voix, autant que le Green Party. Résultat, les Conservateurs caracolent en tête avec 43% des voix, selon une moyenne des sondages.

Force est de constater que Johnson, en dépit de ses gaffes nombreuses et de ses erreurs de jugement, cueille les fruits de sa constance et fait le plein des voix des pro-Brexit. A distance respectable, on retrouve le Labour, avec une moyenne de 33%, qui paie justement le positionnement moins évident de son leader, plutôt eurosceptique, et dont la proposition de nouvel accord ne lui a pas permis de rallier le vote anti-Brexit. De la même façon, les LibDems, qui avaient atteint plus de 20% dans les sondages au plus fort de la crise parlementaire, n'ont pas réussi à attirer durablement chez eux les conservateurs les plus europhiles.

Vers un nouveau parlement minoritaire ?

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Toutefois, ces scores, qui laisseraient présager une très nette victoire des conservateurs, sont à prendre avec des pincettes. En effet, le mode de scrutin britannique est le scrutin majoritaire uninominal à un tour. Ce qui signifie que c'est le candidat qui récolte le plus de voix qui est élu. Et donc qu'un député peut être élu avec, par exemple, 12% des voix, chose impensable en France où il faut obtenir la majorité absolue, au premier ou au second tour.

Cette situation place les conservateurs dans une situation d'autant plus délicate qu'un mouvement anti-Brexit, Best for Britain, a émergé ces dernières semaines, avec une revendication : un vote utile contre le Brexit. L'organisation appelle ainsi chacun des électeurs pro-UE à choisir "le candidat qui a le plus de chance de stopper les Tories", en votant donc LibDem ou Labour, qu'importe les préférences politiques. "Il faut encourager les sympathisants travaillistes des circonscriptions où on ne peut pas gagner mais où un Tory peut gagner à faire tout ce qu'il peut pour empêcher Johnson d'avoir sa majorité", commentait ainsi auprès du Guardian le député travailliste Peter Kyle. "Ainsi, nous aurons un parlement minoritaire et nous pourront avoir un référendum final", espère la directrice de Best for Britain Naomi Smith. 

Une cinquantaine de sièges sont concernés. Si la stratégie était pleinement gagnante, elle placerait les conservateurs en tête, mais avec seulement 309 députés, alors qu'il lui en faut 325 pour avoir la majorité absolue. Assez pour soumettre une nouvelle fois le Brexit à référendum. Reste à savoir si les Britanniques n'en auront pas déjà assez.

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