Brexit : de quel œil la presse voit-elle cet accord, des deux côtés de la Manche ?

Brexit : de quel œil la presse voit-elle cet accord, des deux côtés de la Manche ?

REVUE DE PRESSE - Cela faisait plus de quatre ans qu'il était attendu. L'accord de libre-échange consécutif au retrait politique du Royaume-Uni de l'UE a été conclu le 24 décembre, à la veille de Noël. Tour d'horizon des titres de presse ce vendredi matin.

Après des négociations éreintantes et à la veille de Noël, les Européens et le Royaume-Uni ont conclu jeudi 24 décembre un accord historique sur leurs futures relations commerciales, qui leur permettra d'éviter le choc dévastateur d'un "no deal". Obtenu à l'arraché après 24 dernières heures sous haute tension, il scelle près d'un demi-siècle de mariage houleux entre les deux partenaires. Ce vendredi, quatre ans et demi après le référendum de juin 2016 sur le Brexit, la presse européenne décrypte les dessous de cet accord et se questionne sur les suites de ce divorce à l'amiable.

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Le désir de vengeance de Boris Johnson

Au Royaume-Uni, la presse britannique salue ce vendredi matin en grande majorité l'accord conclu par Boris Johnson. Elle note également la hargne exprimée par Boris Johnson, qui se bat depuis 2016 pour faire sortir le pays de l'Union européenne. The Guardian, titre ainsi sur les ambitions farouches du Premier ministre, qui souhaite "opposer le Royaume-Uni à l'Europe dans la course au succès". Très emballé à l'idée de quitter l'Union européenne et de rendre au pays sa souveraineté, le Premier ministre anglais s'est enthousiasmé du fait que les Britanniques avaient remporté le droit d'établir leurs "propres normes". "Les lois britanniques seront adoptées uniquement par le parlement britannique ; interprétées par des juges britanniques, siégeant dans les tribunaux britanniques", a-t-il déclaré.

Une compréhension de la souverainement qu'a doucement remis en question la présidente de la Commission européenne, Ursula van der Leyen, rapporte le quotidien britannique : "Bien sûr, tout ce débat a toujours porté sur la souveraineté. Mais nous devons passer outre les morsures sonores et nous demander ce que signifie réellement la souveraineté au XXIe siècle. Pour moi, il s'agit de pouvoir travailler, voyager, étudier et faire des affaires de manière transparente dans 27 pays. Il s'agit de mettre en commun nos forces et de parler ensemble dans un monde rempli de grandes puissances. Et en temps de crise, il s'agit de se tirer mutuellement vers le haut. Au lieu d'essayer de se remettre debout, seul".

"Boris Johnson salue l'accord commercial de 660 milliards de livres sterling sur le Brexit qui permet de 'reprendre le contrôle' sur l'UE", titre également le quotidien, soutien du Parti conservateur, The Telegraph.

Les eaux britanniques, sources de déception

Le quotidien généraliste The Independant, proche du centre-gauche, titre sur "l'accord commercial du Brexit conclu à la dernière minute", remarquant que Boris Johnson a "cédé sur le poisson pour éviter un Brexit sans accord". L'accord conclu prévoit en effet de laisser aux pêcheurs européens un accès aux eaux britanniques pendant une période transitoire de 5 ans et demi, jusqu'en juin 2026. Pendant cette transition, l'UE devra progressivement renoncer à 25% de ses prises, qui s'élèvent en valeur à environ 650 millions d'euros par an. Le Royaume-Uni réclamait initialement une réduction des prises de 80% sur trois ans et une zone d'exclusion immédiate de 12 milles (19,3 km) pour protéger les eaux côtières.

En Ecosse, le journal The Scotsman s'inquiète aussi à ce sujet : "L'Écosse face au 'Brexit dur' malgré l'accord, selon Nicola Sturgeon". La Première ministre Ecossaise estime que le gouvernement britannique semble avoir rompu ses "promesses majeures" concernant le contrôle des eaux de pêche britanniques. Et promet de remettre le référendum sur la table.

Boris Johnson, quel avenir maintenant ?

En France, Libération se questionne sur le sort de Boris Johnson. "Brexit : et maintenant… un avenir moins jojo pour Johnson ?", titre-t-il. Alors qu'il a enfin rempli son unique promesse électorale, le Premier ministre britannique va désormais devoir piloter seul un navire aux commandes complexes, et dont l'économie a été durement touchée par la crise sanitaire du Covid-19.

Le Monde, en revanche, semble moins inquiet au sujet de l'avenir du Premier ministre britannique, qu'il qualifie d'"insubmersible machine politique". "Si partielle soit-elle, cette victoire arrachée malgré l’apparente débandade résume bien la carrière de Boris Johnson. Depuis deux décennies, le clown caricaturé par tous et pris de haut finit souvent par l’emporter", écrit le journal avant de se plonger dans les grandes étapes du parcours de l'homme politique.

Des relations diplomatiques profondément bouleversées

Pour Le Figaro, "l'accord de libre-échange conclu à la veille de Noël évite un 'no deal' mais modifie profondément les liens entre les deux rives de la Manche". Détaillant tous les plus grands chamboulements entre les deux parties, le journal fait notamment remarquer que les services, "qui représentent 80% du PIB britannique et pour lesquels Londres est en excédent commercial", sont exclus de l'accord passé entre l'Union européenne et le Royaume-Uni. De quoi déclencher quelques ajustements outre-Manche.

D'autres victoires extra-européennes pour le Royaume-Uni

Le journal Les Echos, fait lui remarquer qu'au-delà de l'accord avec l'Union européenne, le Royaume-Uni est parvenu à répliquer la quasi-totalité des accords commerciaux européens avec des pays tiers. Si le pays ne parviendra pas à répliquer pour son propre compte l'ensemble des accords commerciaux conclus par Bruxelles avant de sortir de l'UE, au 31 décembre, il ne lui reste "plus qu'une petite dizaine de pays à couvrir par des traités bilatéraux, pour éviter de perdre les avantages dont il jouissait jusque-là grâce aux accords conclus par l'Union". Il y a quelques jours, le pays a par exemple arraché un accord avec Singapour prévoyant, comme dans l'accord européen, l'élimination des droits de douane d'ici à 2024. Un accord commercial est également à l'étude avec les États-Unis. Mais l'arrivée de Joe Biden, dont l'administration ne porte pas Boris Johnson dans son cœur, pourrait ralentir le processus.

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