Brexit : des milliers d'enfants placés au Royaume-Uni risquent de perdre leurs droits et d'être expulsés

Brexit : des milliers d'enfants placés au Royaume-Uni risquent de perdre leurs droits et d'être expulsés

ADMINISTRATION - En raison du Brexit, des milliers d'enfants placés en famille d'accueil ou en foyer au Royaume-Uni risquent de perdre leurs droits, voire d'être expulsés dès leur majorité. Des associations demandent au gouvernement d'éviter un tel drame.

Sans famille, ils risquent aussi de devenir sans-papiers. Des enfants placés en famille d'accueil ou en foyer au Royaume-Uni, après un parcours de vie chaotique, pourraient être privés de droits puis être expulsés du pays à leur majorité en raison du Brexit. Car depuis que le Royaume-Uni a définitivement quitté l'orbite de l'Union européenne le 1er janvier, il n'est plus possible de s'y installer librement ou de continuer à y résider sans démarches particulières, comme c'était le cas avant.

"Ils ne pourront pas accéder aux soins de santé gratuits, travailler, recevoir des allocations, louer un logement, apprendre à conduire et détenir un compte en banque", explique à l'AFP Marianne Lagrue, une responsable de l'association Coram Children's Legal Centre qui leur vient en aide.

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Le "settlement scheme", un programme peu accessible pour les enfants en difficulté

Pour éviter une telle situation, ces enfants, comme tous les citoyens européens présents sur le sol britannique au 31 décembre 2020, doivent s'enregistrer le 30 juin au plus tard via le "settlement scheme". Ce programme est considéré comme une "réussite" par le gouvernement, avec quelque 5 millions de permis de résidence temporaires ou définitifs octroyés - bien plus que le nombre de ressortissants européens auparavant estimé à plus de 3 millions. Mais il a aussi ses laissés-pour-compte. 

"C'est simple si vous avez un emploi, que vous vous débrouillez bien avec les technologies numériques (les demandes se faisant principalement en ligne, NDLR) et que vous avez tous vos documents", constate Azmina Siddique, de l'association The Children's Society, interrogée par l'AFP. C'est beaucoup plus complexe pour les enfants placés ou les jeunes majeurs l'ayant été : certains peinent à prouver leur identité, fournir les documents de résidence requis ou obtenir le soutien nécessaire à leurs démarches, qui incombent à leur tuteur légal ou aux autorités publiques.

Beaucoup ne se rendent même pas compte qu'ils ne sont pas Britanniques- Azmina Siddique, association The Children's Society

L'association Coram cite l'exemple d'Adam, un petit Roumain de 4 ans né à Londres et séparé de sa mère. Il ne peut obtenir de passeport auprès de son ambassade - son père, dont le consentement est nécessaire, est inconnu - et les travailleurs sociaux peinent à prouver son lieu de résidence avant son placement. Il y a aussi Nastashia (prénom d'emprunt), 17 ans, en rupture avec sa famille. Née au Royaume-Uni, elle n'a pas de passeport et a rencontré de grandes difficultés pour s'enregistrer. "Beaucoup ne se rendent même pas compte qu'ils ne sont pas Britanniques", souligne Azmina Siddique. L'impact peut être "très traumatisant" et "les freiner dans la vie".  

De 3600 à 9000 enfants concernés

Difficile de connaître le nombre exact des enfants concernés, les nationalités des mineurs placés n'étant pas recueillies au Royaume-Uni, où la carte d'identité n'existe pas. Selon le ministère de l'Intérieur, 3660 jeunes vulnérables (jusqu'à 25 ans) ont été identifiés comme éligibles au statut de résident, dont 67% avaient soumis une demande à fin avril. Un chiffre largement sous-évalué selon les associations qui évoquent jusqu'à 9000 d'entre eux. 

Le ministère a assuré travailler "étroitement" avec celles-ci et les autorités locales, avec notamment un soutien de 22 millions de livres (25,6 millions d'euros). Il a aussi promis d'accepter les demandes tardives s'il existe des "motifs raisonnables". C'est insuffisant, regrette Azmina Siddique : dès le 1er juillet, les enfants ayant raté l'échéance seront "sans protection" jusqu'à ce qu'une demande de régularisation ait été soumise puis acceptée. Un intervalle qui peut s'étendre sur des années, souligne-t-elle, et qui les expose à la politique d'environnement hostile envers les immigrés déployée par l'exécutif.  

"Ces enfants pourraient devenir la prochaine génération Windrush", avertit-elle, en référence au scandale du traitement réservé à des milliers d'immigrés des Caraïbes arrivés légalement au Royaume-Uni entre 1948 et 1971, mais privés de droits faute des documents nécessaires. The3Million, association défendant les citoyens européens au Royaume-Uni, demande avec insistance que le gouvernement fournisse une preuve physique du statut de résidence, ce que celui-ci n'estime pas nécessaire. 

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Plus largement, selon le centre de réflexion UK in a Changing Europe, jusqu'à des centaines de milliers de personnes pourraient se retrouver sans statut, dont des personnes âgées, des sans-abri, des victimes de violences domestiques ou des enfants considérés à tort par leurs parents comme étant couverts par le leur.

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