Brexit : la proposition de Theresa May sur les expatriés européens jugée "vague" et "inadéquate"

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DIVERGENCES - Quels seront les droits des expatriés européens au Royaume-Uni après le Brexit ? Une épineuse question qui fait débat. Si Theresa May estime que sa proposition est "juste et sérieuse", ce n'est pas le cas de bon nombre des dirigeants européens. Réunis à Bruxelles, plusieurs chefs d'Etat ont exprimé leur volonté d'aller plus loin.

Un an jour pour jour après le vote du Brexit, les négociations n'en sont encore qu'à leurs débuts (elles ont officiellement commencé ce lundi). Selon le "négociateur" de l'Union Européenne, Michel Barnier, il faudra près de 18 mois pour obtenir un compromis. Tout doit être étudié : de la frontière entre la République d'Irlande et l'Irlande du Nord, à la facture que devra payer le Royaume-Uni. 18 mois, un laps de temps bien nécessaire car les divergences sont encore fortes. Au sommet de la pile : la question des droits des Européens établis au Royaume-Uni. 

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Brexit : début des négociations de divorce entre la Grande-Bretagne et l’Union Européenne

C'est une première étape mais ce n'est pas suffisantJean-Claude Juncker, président de la Commission européenne

Le sort des quelque trois millions de ressortissants de l'UE vivant en Grande-Bretagne et du million de Britanniques

installés sur le continent est l'une des priorités des négociations, c'est donc logiquement ce sujet qui est concerné par les premiers révélations du plan Brexit. Theresa May a jugé sa proposition "juste et sérieuse", mais ses pairs se montrent plus sceptiques. 


"C'est une première étape mais ce n'est pas suffisant" a ainsi jugé Jean-Claude Juncker, le chef de la Commission européenne. Le Premier ministre belge Charles Michel, a de son côté évoqué une "proposition particulièrement vague", ajoutant, en flamand, que les Européens ne l'accepteraient pas "à l'aveuglette" autrement dit (dans sa traduction littérale) : "nous ne voulons pas d'un chat dans un sac". Alors, où cela coince-t-il ?

Un statut particulier proposé aux actuels résidents européens

Jeudi soir, la Première ministre britannique s'est adressée durant une dizaine de minutes devant ses homologues européens, leur promettant qu'aucun expatrié européen n'aurait à quitter la Grande Bretagne, une fois que le divorce avec l'UE sera prononcé. Une affirmation réitérée à son arrivée ce vendredi matin au Conseil européen à Bruxelles : "Je veux donner à tous les citoyens de l'UE qui sont au Royaume-Uni, qui ont construit leur vie et leur foyer au Royaume-Uni l'assurance que nul n'aura à partir". Avant d'ajouter : "Nous ne verrons pas de familles être séparées".


Dans le détail, les personnes résidant depuis plus de cinq ans Outre-manche pourront obtenir un nouveau statut qui leur assurera les mêmes droits que tout citoyen britannique en matière de santé, d'éducation, de prestations sociales et de retraite. Les Européens dont la présence sur le sol britannique est moindre, et ceux qui continueront à affluer d'ici l'adoption d'un accord en 2019, pourront également rester sur le territoire, jusqu'à obtenir ce nouveau statut. Ce délai devrait permettre "que personne ne se retrouve au bord du précipice", selon la Première ministre.


Les Européens qui feront le choix de s'installer en Grande Bretagne dans un futur plus lointain seront par la suite logés à la même enseigne que n'importe quel étranger.

Le détail des propositions révélé lundi prochain

Ces premières annonces laissent pour l'instant les chefs d'Etat européens dubitatifs. Le chancelier autrichien Christian Kern a confié à la presse que la proposition May était "une première étape de qualité que nous apprécions". Mais il a aussitôt ajouté : "de nombreux détails sont laissés en suspens. Beaucoup de citoyens européens sont concernés et ne sont pas couverts pas la proposition de May." Même son de cloche auprès de la chancelière allemande. Angela Merkel y a vu un "bon début". "Mais bien sûr, il reste encore beaucoup, beaucoup d'autres questions" à régler, a-t-elle averti.


Un document détaillé sera publié lundi prochain et pourrait lever certains doutes qui taraudent les chefs d'Etat européens, mais certains points font cependant déjà débat.

La justice européenne au coeur des revendications de l'UE

Les 27 réclament évidemment de solides assurances quant au sort de leurs ressortissants et souhaitent notamment que les expatriés puissent défendre leurs droits devant la Cour européenne de justice. Une demande que rejette catégoriquement la Grande Bretagne, qui ne souhaite plus à l'évenir dépendre d'une juridiction européenne.


Les négociateurs ont donc du pain sur la planche. Selon les règles de l'Union, le compromis trouvé entre les deux parties doit être adopté d'ici le 29 mars 2019, soit deux ans après le déclenchement par la Grande Bretagne de sa sortie de l'UE.

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