Brexit : Boris Johnson veut-il vraiment sortir de l'Union européenne ?

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BREXIT - Le 23 juillet prochain, Boris Johnson pourrait devenir le nouveau Premier ministre du Royaume-Uni. Si tel est le cas, il lui incombera la tâche de concrétiser la promesse de sortie de son pays de l'Union européenne. Pourtant, ce dernier n’a pas toujours fustigé le marché unique européen, loin de là. Boris Johnson et l’Europe, c'est aussi une longue histoire faite d’indécisions et de paradoxes.

Le 21 janvier 2015, Leon Brittan, homme politique britannique et commissaire européen, s'éteignait. Et peu de temps après, Diana Clemetson recevait une lettre pour le moins élogieuse au sujet de son défunt mari, et des efforts qu'il avait fournis pour défendre le marché unique européen. Rien d'étonnant en l'espèce, si ce n'est que l’émissaire de cette lettre décrite comme "pro-européenne" n’était autre que Boris Johnson, son ami de toujours, devenu depuis, comme le relate le Guardian ce mercredi 17 juillet, l'un des chantres du Brexit. De fait, quelques mois plus tard, en février 2016, le conservateur britannique décide de s'engager pleinement dans la campagne pour le "Leave", la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne (UE). 

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Plus de trois ans plus tard, après quantité de discussions, de négociations avortées et autres atermoiements, celui qui fut ministre des Affaires étrangères de Theresa May pourrait bien succéder à cette dernière en devenant, le 23 juillet prochain, le nouveau Premier ministre britannique, censé, donc, mettre en oeuvre le Brexit. Une mission que beaucoup ne le voient pas mener à bien. Il faut dire qu'au-delà de cette lettre pro-Europe envoyée à peine un an avant de devenir un farouche pourfendeur de Bruxelles, Boris Johnson n'en est pas à son premier retournement de veste.

Tribune "semi-parodique"

En octobre 2016, le Sunday Times révèle ainsi une tribune - finalement non-publiée - écrite par ses soins le 19 février, dans laquelle il plaide pour le maintien de son pays dans l’Union européenne. "Posez-vous la question : malgré tous ses défauts et déceptions, voulez-vous vraiment que le Royaume-Uni quitte l'UE ?", s’interroge alors Boris Johnson. 

Deux jours après cette lettre, le 21 février, le maire de Londres de l'époque opère un joli changement de cap en s’engageant auprès des militants du Brexit. Pour l’occasion, il se pavane dans les rues de sa ville dans un imposant bus rouge sur lequel est inscrit : "Nous envoyons 350 millions de livres sterling chaque semaine à l'Union européenne. Finançons plutôt notre Sécurité Sociale." L'une des nombreuses fausses informations ayant émaillé la campagne. Mais Boris Johnson trouve aisément la parade lorsque des journalistes dubitatifs viennent lui demander des comptes : sa tribune, explique-t-il, avait une visée "semi-parodique". 

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Peter Guilford, ancien correspondant du Times à Bruxelles, qui connait bien le personnage (Johnson fut également, dans une autre vie, journaliste dans la capitale belge) se montre tout aussi circonspect quant à l'ambiguité de son ex-confrère sur la question, disant avoir été estomaqué au moment de découvrir que ce dernier avait rejoint le camp du "Leave". 

Reste que malgré ses frasques ou ses volte-face, le probable successeur de Theresa May bénéficie d’une popularité incontestable auprès des électeurs conservateurs et des médias britanniques. Sa maladresse est même, en quelque sorte, devenue sa marque de fabrique. Elle pourrait cependant lui jouer des tours. Pointant son manque de rigueur, des membres de son propre parti émettent ainsi de sérieux doutes sur sa capacité à gérer sérieusement les affaires du pays. En attendant de savoir s'il s'installera au 10 Dowing Street, Boris Johnson, lui, ne varie en tout cas pas d'un pouce sur un point : la mise en oeuvre du Brexit aura bel et bien lieu le 31 octobre prochain.

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