Brexit : l’Irlande, nouvel eldorado des Britanniques pro-Europe ?

Brexit : l’Irlande, nouvel eldorado des Britanniques pro-Europe ?
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POLITIQUE - Alors que certains ont décidé de quitter l’Union européenne, d’autres tentent de conserver un lien avec le continent. Depuis le résultat du scrutin, le gouvernement irlandais croule sous les demandes de passeport, notamment de la part des Nord-Irlandais, majoritairement opposés au Brexit. Quand la République d'Irlande devient le nouvel eldorado des pro-UE.

Sauve qui peut. Moins d’une semaine après l’annonce officielle de l’émancipation du Royaume-Uni, des milliers de Britanniques tentent de garder un pied au sein de l’Union européenne en allant frapper chez leurs voisins irlandais. Le ministre des Affaires étrangères de la République d’Irlande, Charlie Flanagan, a annoncé que les demandes de passeport irlandais provenant d’Ecosse, d’Irlande du Nord, d’Angleterre et du Pays de Galles avaient bondi depuis le résultat du scrutin le 24 juin. Sur Google, la recherche "obtenir un passeport irlandais" avait explosé de 100 % dans la nuit du dépouillement des urnes.

Du Royaume-Uni à l’Union européenne en un clin d’œil

Selon une source diplomatique, l'ambassade d'Irlande basée à Londres aurait reçu plus de 4.000 dossiers contre les quelque 200 enregistrés quotidiennement en temps normal. Tous tentent d’obtenir le passeport d’un pays membre de l’Union européenne pour continuer à se déplacer librement en Europe. Débordé, le gouvernement irlandais a embauché 200 intérimaires pour assurer le traitement de ces demandes. Comme le souligne The Guardian , les Nord-Irlandais (majoritairement opposés à une sortie de l’UE), ainsi que chaque personne née d’un parent irlandais ou descendant de grands-parents de la même origine, peuvent automatiquement obtenir un passeport irlandais, comme le prévoit la partition de l’Irlande signée le 6 décembre 1921 entre Dublin et le nord.

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"A l’époque, cette condition avait été fixée par les nationalistes du nord qui, s’ils préféraient rester au sein du Royaume-Uni plutôt que de prendre leur indépendance, exigaient tout de même de conserver le droit d’obtenir un passeport irlandais", explique à metronews, Christophe Gillissen, professeur des études irlandaises à l’Université de Caen. "En cas de crise majeure au Royaume-Uni, les nordistes détenteurs d’un passeport irlandais ont la possibilité de déménager et de s’installer en République d’Irlande, soit au sein de l’Union européenne", explique-t-il.

L’Irlande du Nord et l’Union européenne : une grande histoire

Une sécurité d’autant plus importante pour les Nord-Irlandais, qu’ils étaient près de 56% à s’opposer au Brexit. Selon l’expert, cette adhésion s'explique notamment par "la politique agricole commune, ainsi que les subventions et fonds structurels européens destinés aux régions les plus pauvres dont fait partie cette nation". En outre, l’UE a apporté son soutien à la province nordiste à la fin des années 1990 pour sortir du conflit politique qui perdurait depuis 1968 et consolider le processus de paix. En somme, "faire partie de l’Union européenne représente plus d’avantages que d’inconvénients pour l’Irlande du Nord", note Christophe Gillissen.

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L’émancipation du Royaume-Uni rendra également les échanges commerciaux entre l'Irlande du sud et l’Irlande du Nord beaucoup plus difficiles. Jusqu'ici, l'importante circulation des personnes et des biens était favorisée par l'appartenance des deux parties de l’île à l’UE. "Lorsque l’Irlande du Nord quittera le continent, il y a aura une frontière réelle avec des obstacles à ces échanges, ce qui sera dommageable pour les économies sud et nord-irlandaises".

Vers une union des deux Irlande ?

Les enjeux sont tels que le parti républicain nord-irlandais Sinn Féin a appelé à l’organisation d’un référendum pour réunir l'Irlande du Nord et la République d’Irlande. "Le gouvernement britannique n'a désormais plus de mandat démocratique pour représenter les habitants d'Irlande du Nord dans les futures négociations avec l'Union européenne", a estimé Martin McGuinness, membre du Sinn Féin et vice-Premier ministre nord-irlandais. Mais comme le souligne le spécialiste, "le parti ne représente qu’une minorité ultra-nationaliste (catholique). La majorité unioniste protestante ne souhaite pas, elle, quitter le Royaume-Uni, même si tous les scénarios sont envisageables au vu de ce contexte inédit".

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