Les protagonistes du Brexit (1/4) : Cameron et l'effet boomerang

Description du sujet digitial
International

Toute L'info sur

Brexit : goodbye United Kingdom

GOODBYE BRITAIN - Le Royaume-Uni aborde une semaine historique à l'issue de laquelle, vendredi, il va devenir le premier pays à quitter l'Union européenne. La conclusion d'un long feuilleton, qui débute le 24 juin 2016 quand les électeurs se surprennent eux-mêmes en donnant vainqueur le "oui". Un désaveu cinglant pour le Premier ministre David Cameron.

"Je commence à rêver que l’aube se lève sur un Royaume-Uni indépendant". Il est 03h44 ce 24 juin 2016 quand Nigel Farrage se fend d'un tweet prémonitoire. Le leader du parti indépendantiste (UKIP) ne le sait pas encore, mais son rêve va enfin devenir réalité : le Royaume-Uni va sortir de l'Europe. Alors que ce Brexit s'apprête à devenir effectif - l'heure du divorce étant prévue pour ce 31 janvier à 23h00 -, comment et pourquoi le Royaume-Uni s'est-il désuni ? 

Pour comprendre pourquoi le pays a largué les amarres de l'Europe, il faut remonter à 2010 et l'arrivée au pouvoir de David Cameron. Au fil des mois, le Premier ministre conservateur est confronté à de vives tensions au sein de son propre camp. Un camp notamment composé d'europhobes, qui ont permis à David Cameron d'accéder au pouvoir en formant une alliance avec lui et qui, désormais, réclament un référendum sur l’appartenance à l’Union européenne. 

Lire aussi

"Je gagnerai facilement"

En janvier 2013, alors que la progression de l'UKIP dans les sondages menace son parti, David Cameron cède : si les conservateurs remportent le prochain scrutin et qu’il est reconduit, il entamera une renégociation des termes de l’appartenance européenne du Royaume-Uni. Avant de demander en 2017 aux Britanniques s'ils veulent rester ou partir. 

Réélu le 8 mai 2015, David Cameron engage aussitôt le processus d’organisation du référendum. Celui-ci est programmé en juin 2016. Le Premier ministre est alors persuadé que la nouvelle campagne qui s'annonce ne sera qu'une formalité. "Je  gagnerai facilement", assure-t-il en 2014 à Herman Van Rompuy, alors président du Conseil européen. Il n'en sera rien : durant plusieurs mois, il assiste impuissant aux désaccords qui éclatent au grand jour au sein de sa majorité. Il est même obligé de maintenir à leurs postes cinq ministres "rebelles" qui font campagne pour le Brexit.

"Je regrette énormément où nous en sommes arrivés"

Le 23 juin, à l'issue d'une campagne où le pays se déchire - la députée proeuropéenne Jo Cox est tuée à une semaine du scrutin -, les Britanniques se rendent aux urnes. A la tombée de la nuit, au moment où les bureaux de vote ferment à 22h00, le "Remain" est donné gagnant. Mais au fil des heures, le "Leave" gagne du terrain, comme le pressentait Nigel Farrage. Au réveil, le Brexit est acté avec 51,9 % des voix. La participation est de 72,2%, soit quelque 17,4 millions d'électeurs.

Un revers cinglant pour David Cameron. Affecté, le Premier ministre s'exprime rapidement sur le perron du 10, Downing Street. Et tire sa révérence : "Je ne crois pas qu’il serait bon pour moi que je sois le capitaine qui dirige le pays vers sa prochaine destination." Il annonce son intention de quitter le pouvoir sous trois mois, laissant à son successeur la charge d’engager officiellement le processus de désengagement du Royaume-Uni de l’UE. Ou plutôt, ses successeurs. Car le Brexit va s'avérer tellement complexe à mettre en œuvre que deux caciques de la politique britannique se succéderont : Theresa May, puis Boris Johnson. 

Plusieurs mois après sa démission, David Cameron est, lui, toujours affecté par l'issue de son pari. "Je regrette énormément où nous en sommes arrivés", a confié en septembre 2019 celui qui exclut toujours un retour en politique. Je prends ma part de responsabilité, parce que c'était mon référendum, ma campagne (en faveur du maintien dans l'UE) et je l'ai perdu".

Sur le même sujet

Et aussi

Lire et commenter

Alertes

Recevez les alertes infos pour les sujets qui vous intéressent