Camille Lepage, mort d'une passeuse d'images

Camille Lepage, mort d'une passeuse d'images
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PORTRAIT – Camille Lepage, photojournaliste de 26 ans retrouvée morte mardi dans l'ouest de la Centrafrique où elle faisait un reportage en compagnie de milices anti-balaka, est décrite par tous ses pairs comme un brillant espoir de la profession.

Enjouée, passionnée, travailleuse. Des termes répétés d'une voix unanime par tous ceux, reporters ou amis, qui ont croisé la route de Camille Lepage , photojournaliste de 26 ans retrouvée morte mardi matin en Centrafrique , dans une voiture de milices anti-balaka. A l'onde de choc provoquée par l'annonce de sa mort ont succédé les multiples hommages. Tous saluent la mémoire d'une brillante professionnelle qui, malgré son jeune âge, avait déjà vu ses clichés publiés dans le New York Times, Le Monde ou encore The Guardian, pour ne citer qu'eux.

"Notre rencontre avec Camille a été riche, se souvient Christian Fremin, de l'association de photographes Les Tisseurs d'images , interrogé par metronews. Nous avions organisé sa première exposition sur le thème Soudan du Sud. Je me rappelle d'une personne dotée d'une énergie incroyable, volontaire et militante". Un avis partagé par un ancien collègue de Rue89 où Camille Lepage a fait un stage en décembre 2010 , dans le cadre de ses études. "Le 31 décembre, elle a été la seule à avoir accepté de travailler alors que tout le monde ne pensait qu'à faire la fête, confie ce journaliste à metronews. Elle avait décidé de passer la nuit à la Maison de Radio France pour y faire un reportage ".

Tout sauf une tête brûlée

Sa passion et sa détermination, cette native d'Angers les acquiert très vite. Son bac en poche, elle part étudier le journalisme à l'Université de Southampton Solent (Angleterre) et fait une année Erasmus au Danemark. Une fois diplômée, elle s'installe rapidement à Juba, capitale du Soudan du Sud, en juillet 2012. Elle a à peine 24 ans. Plus tard, lorsqu'on lui demandera les raisons de ce choix, elle répondra, dans une interview au blog PetaPixel : "J'ai toujours voulu me rendre dans un endroit où personne ne souhaitait aller afin de prendre du temps pour faire des reportages sur des conflits. J'ai été frappée de voir la faible couverture médiatique consacrée à ce pays. Le pessimisme qui l'entourait m'a également beaucoup énervée".

Si Camille Lepage n'a pas hésité à aller vivre là-bas, sur un terrain difficile, ses collègues s'accordent tous à dire qu'elle était cependant tout sauf une tête brûlée mais, bien au contraire, professionnelle et consciente du danger. Avant de se rendre pour la première fois en Centrafrique, en septembre dernier, elle est passée dans les locaux de Reporters sans frontières (RSF) "pour chercher un casque et un gilet par balles", se souvient le directeur de l'association, Christophe Deloire. La mère de la photojournaliste, Maryvonne Lepage, avait conscience que sa "petite Camillette" était en danger tous les jours, a-t-elle confié sur RTL . Mais elle s'y était fait. Quand on est une mère, on ne peut que la soutenir".

Sûre de ses choix, la jeune angevine avait sciemment décidé d'être freelance : "Je m’oriente vers le journalisme indépendant avant tout car il est, pour moi, le seul digne de ce nom", avait-elle écrit dans sa lettre de motivation à Rue89. Maryvonne Lepage a souligné que sa fille, dotée d'une "force de caractère impressionnante", "voulait gérer son temps elle-même et recherchait des journaux assez libres de pensée". Une liberté fauchée.

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