Canal de Suez : pourquoi débloquer le porte-conteneurs géant s'avère (très) compliqué

Canal de Suez : pourquoi débloquer le porte-conteneurs géant s'avère (très) compliqué

ENSABLÉ - L'incertitude demeure quant aux chances de renflouer rapidement le porte-conteneur géant Ever-Given, qui obstrue le canal de Suez depuis son naufrage mardi soir. Les autorités locales parlent de quelques jours, mais des experts dépêchés sur place redoutent des semaines de travail.

L'autorité du canal de Suez semblait sûre de son fait : le porte-conteneur géant Ever-Given serait renfloué en deux ou trois jours après son échouage mardi sur une berge, et la circulation pourrait reprendre sur cette voie maritime cruciale pour le commerce mondial. Certains experts étaient sceptiques : si le bâtiment s'avérait trop lourd, il faudrait le vider d'une partie de ses quelque 20.000 conteneurs, et l'opération pourrait prendre des semaines. L'échec d'une première tentative de remise à flot ce vendredi semble faire pencher la balance du côté des pessimistes : le canal de Suez pourrait être bloqué pour longtemps.

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Le canal de Suez bloqué une semaine par un porte-conteneur géant

Mohab Mamish, conseiller du président égyptien Al-Sissi et ancien président de la société qui gère le canal de Suez, avait assuré jeudi soir que la navigation pourrait reprendre "dans 48 à 72 heures maximum". Mais, quelques heures plus tôt, la société néerlandaise Boskalis, mandatée par l'armateur  Evergreen Marine Corp, avait prévenu que l'opération pourrait prendre "des jours, voire des semaines". Des données encore incertaines expliquent l'écart entre ces deux hypothèses : sera-t-il nécessaire, ou non, de décharger une partie du gigantesque chargement pour alléger ce géant des mers ? Toutes les places financières du monde sont suspendues à ce suspense, qui a déjà fait sentir ses premières répercussions économiques.

La situation semble plus grave qu'annoncé- Jean-Marie Miossec, expert maritime

Pour Jean-Marie Miossec, professeur des universités en géographie-aménagement consulté par LCI, "la situation semble plus grave qu'annoncé" juste après l'échouement. "Il repose pratiquement sur le fond", poursuit cet expert maritime, "et il est à pleine charge". Les premières opérations vont consister à retirer suffisamment de sable sous le navire pour lui restituer le tirant d'eau important qui lui est nécessaire, de près de 16 mètres pour l'Ever-Given. Des remorqueurs tenteront alors de remettre à flot cet immense bâtiment de 400 mètres de long et 60 de large. Huit sont déjà sur place, et une dragueuse est arrivée aujourd'hui.

C'est justement une première tentative de ce type qui a échoué cette après-midi. Pour Plamen Natzkoff, expert chez VesselsValue contacté par l'AFP, l'Ever-Given "n'est pas uniquement échoué sur le sable en superficie, il s'est également coincé à l'intérieur de la berge".  

Les causes précises de l'échouement sont encore floues

Pour Thierry Braem, un expert maritime qui a eu l'occasion de naviguer sur le canal de Suez dans les années 1980, "il a pu se produire ce qu'on appelle un effet de succion de berge". Lorsque un navire quitte le centre du canal, le jeu des formidables masses d'eau qu'il déplace peut l'attirer sur la rive, ce qui pourrait expliquer qu'il soit entré plus profondément dans la berge que ce que l'on avait cru d'abord. Les causes précises de l'accident, en pleine tempête de sable mardi soir, sont encore mal connues. Selon Thierry Braem, il est d'ailleurs vraisemblable qu'il n'y ait pas une cause unique : une avarie mineure sur la barre, couplée aux circonstances météorologiques, par exemple, pourrait expliquer cet accident rarissime. La traversée du canal de Suez est extrêmement encadrée, "des pilotes égyptiens montent à bord à l'entrée du Canal, et on les dépose à la sortie", après une traversée où en principe, "tout le monde à bord est sur-concentré".

Selon Plamen Natzkoff, il va désormais "falloir creuser là où le bateau est entré dans la berge, afin de lui permettre de bouger à nouveau. Et c'est clairement du gros boulot". La logistique va également monter en gamme, puisqu'il faudra selon lui des excavatrices pour creuser la berge et des dragues pour sucer le sable sous le navire. 

Pour Jean-Marie Miossec, il faut aussi ajouter le lieu de l'accident  comme un facteur défavorable : "C'est étroit à ce point du canal, l'Ever-Green occupe d'ailleurs toute la largeur, et il y a un léger coude. C'est comme remorquer une voiture dans un virage, c’est-à-dire beaucoup plus difficile"

Une deuxième tentative devrait avoir lieu avant dimanche soir, pour bénéficier d'une marée haute qui pourrait aider la remise à flot. D'ici là, les équipes vont devoir accélérer les opérations pour être dans les temps. Deux remorqueurs supplémentaires de 220 à 240 tonnes sont également attendus sur zone avant dimanche. "La prochaine marée haute n'aura lieu que le 30 mars", alerte Jean-Marie Miossec, c'est une "fenêtre de tir intéressante", mais encore lointaine.

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Pour le patron de la société Boskalis, qui a été mandatée pour intervenir sur place, ces tentatives pourraient ne pas être suffisantes. L'Ever-Given est désormais comme "une baleine très lourde échouée sur la plage". Son poids gigantesque, alors qu'il est enchâssé dans le sable, pourrait s'avérer trop important pour les remorqueurs ou pour maintenir sa stabilité lors de l'opération. 

Il faudrait alors envisager de l'alléger d'une partie de ses 20.000 conteneurs, une tâche pharaonique sur cette rive du Sinaï, sans matériel de transbordement. Jean-Marie Miossec rappelle qu'"il faut un jour et demi pour décharger 5000 boîtes dans le port suréquipé de Hambourg". "Qu'en sera-t-il si on doit descendre un à un les milliers de conteneurs de cet édifice de 60 mètres de haut", poursuit-il, "avec des grues installées sur des barges ?"

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