Planifié en ligne depuis des semaines, l'assaut sur le Capitole ne devait rien au hasard

Planifié en ligne depuis des semaines, l'assaut sur le Capitole ne devait rien au hasard

ORGANISATION - Sur les réseaux sociaux de l'extrême droite américaine, mais aussi dans des boucles Telegram et des forums privés, les militants qui ont envahi le Congrès américain hier soir préparaient en fait leur assaut depuis plusieurs semaines, sans vraiment se cacher.

Cette fois, la rhétorique guerrière n'est pas restée cantonnée aux réseaux sociaux. Si l'ampleur, et surtout la réussite de l'assaut contre le Capitole ont stupéfait l'Amérique, le projet d'une prise violente du bâtiment des deux chambres du Congrès américain était un secret bien mal gardé. Depuis plusieurs semaines, au rythme des tweets de Donald Trump annonçant une manifestation pour le 6 janvier, les plus extrémistes de ses supporters se sont organisés, dans des communautés en ligne où ils se retrouvaient déjà. Des endroits où il était clair pour tous que la manifestation n'était qu'un prétexte, camouflant l'objectif premier : marcher sur le Capitole au moment où le Congrès réuni devait valider l'élection de Joe Biden. Une action violente, qu'évoquaient déjà images et messages mis en ligne sur Facebook le mois dernier, par un élu local de l'Ohio.

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Le Capitole envahi par des partisans de Donald Trump

Une organisation, ou plutôt plusieurs, plus organiques que pyramidales, mais avec les mêmes mots d'ordre, beaucoup de liens partagés vers des pages de mouvements extrémistes, des images à partager sur les réseaux sociaux, ou un peu plus discrètement dans des boucles de conversation, sur l'application Telegram. Des messages que l'on a retrouvés sur tous les lieux de rendez-vous habituels de l'alt-right américaine. Sur Parler, le réseau social presque entièrement gagné à la cause de Donald Trump, on imaginait même lancer le même jour l'assaut sur les parlements des 50 États américains. Une dizaine de ces State Capitols ont d'ailleurs dû repousser des manifestants rarement nombreux, mais souvent armés.

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Mises bout à bout, toutes ces communautés en ligne finissent pas n'en former plus qu'une, dont les messages débordent d'abord parfois sur les grandes plateformes, Twitter, Facebook, ou Instagram. Sur le forum TheDonald, on s'échange beaucoup d'informations, des plans de déploiement également, ou même des trucs et astuces pour emporter le plus discrètement possible des armes au moment de marcher vers le Congrès. Des armes interdites à Washington, mais que l'on voit clairement sur plusieurs clichés pris des émeutiers. 

Les plus violents évoquent déjà la possibilité de prendre des otages, voire d'exécuter certains parlementaires "traîtres", jusque dans les rangs des Républicains. Dans le forum, nombre de messages qui ne font pas mystère du fait qu'ils ne vont pas à une manifestation comme les autres. "Aujourd'hui, j'ai eu une conversation difficile avec mes enfants", écrit ainsi "theObjectiveTruth", "Je leur ai dit qu'il était possible que papa ne revienne pas de Washington."

Si quelques rares militants venus simplement manifester leur soutien au président disent aujourd'hui s'être retrouvés pris dans le mouvement vers le Capitole initié par de plus extrémistes qu'eux, impossible d'imaginer que les émeutes soient un dérapage malencontreux. Cela n'expliquerait pas les tenues guerrières, les armes retrouvées sur certains, et même des tenues créées pour l'occasion, comme ces sweat-shirts qui ne laissent que peu de latitude à l'interprétation, et que l'on pouvait encore acheter en ligne ce mercredi, le site qui les proposait a depuis été fermé.

Même Ashli Babbitt, la jeune femme décédée d'un tir de la police à l'intérieur du bâtiment - dans des circonstances encore mal établies - ne faisait pas mystère de ses intentions à la veille de la manifestation, elle qui avait traversé le pays pour s'y rendre. "Rien ne nous arrêtera....ils peuvent tout essayer mais la tempête arrive sur Washington dans moins de 24h", écrivait-elle mardi sur Twitter.

Sur les réseaux sociaux, la teneur des conversations de ceux qui disaient vouloir converger sur Washington le 6 janvier avait de quoi inquiéter. Nombre d'observateurs avertissaient même des réelles intentions des manifestants. C'est le cas de Preet Bharara, ancien procureur de l'État de New-York, qui dès dimanche s'alarmait des buts affichés par les supporters de Trump. "Ce truc qui se prépare pour vendredi est si stupide, si lâche, et si anti-Américain que je suis trop en colère pour en parler sur Twitter", disait-il alors.

Autant de signaux d'alertes qui posent la question du degré de préparation de la police de Washington, et de celle du Capitole, dont la présence mésestimait clairement le nombre et la détermination des émeutiers. Une enquête interne est en cours au département de la police de Washington. De son côté, le Sergeant at arms, chef de la police du sénat américain, a lui été limogé. Sur Parler, certains parlent déjà de revenir à Washington, le 19 janvier prochain, veille de l'inauguration de Joe Biden, sur les marches du Capitole.

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