Caricatures, loi sur le voile, mise à l'honneur d'Israël... quand la France est visée par un boycott

Caricatures, loi sur le voile, mise à l'honneur d'Israël... quand la France est visée par un boycott

TENSION DIPLOMATIQUE - Le soutien d'Emmanuel Macron aux caricatures de Mahomet, ainsi que le projet de loi contre le séparatisme islamiste, vaut à la France d'être l'objet de virulentes critiques de la part de plusieurs pays du monde arabo-musulman. Retour sur de précédents épisodes de tension.

Des jours difficiles se déroulent entre la France et plusieurs pays de religions musulmanes. Depuis le samedi 24 octobre, les appels au boycott de produits français se multiplient. Un mouvement qui concrétise l'émoi suscité par les propos du président Emmanuel Macron, qui a promis de ne pas "renoncer aux caricatures" du prophète Mahomet, dont la représentation est généralement interdite dans la religion musulmane.

Des appels au boycott, mais pas que. Des manifestations ont ainsi eu lieu devant la résidence de l'ambassadeur de France en Israël, tandis que dans la bande de Gaza, des photos du président français ont été brûlées. Et ce dimanche, le quai d'Orsay a réagi aux commentaires de Recep Tayyip Erdogan, le président de la Turquie, sur la "santé mentale" du président français, évoquant "une propagande haineuse et calomnieuse". Des commentaires qui rejoignaient aussi un nouvel appel au boycott, qui n'est pas le premier provoqué par certains pays ou dirigeants du monde arabo-musulman à l'égard des produits français.

La loi de 2004, sur le voile à l'école

En 2004, une loi a pour projet d'interdire le port du voile islamique dans les établissements scolaires publics. Des réactions hostiles ou inquiètes en découlent, des pays islamiques et même au Vatican. Parmi les premiers, les condamnations en tout genre fleurissent, chez les dirigeants politiques comme religieux. 

"J'espère que le gouvernement français, qui se veut à l'avant-garde de la défense de la liberté, de l'égalité et de la fraternité, annulera cette décision erronée", déclare alors le président iranien Mohammad Khatami. A Damas, le mufti de Syrie, la plus haute autorité sunnite du pays,  écrit au président Jacques Chirac pour lui exprimer "sa surprise quant à l'interdiction du port du voile islamique dans les école et sur les lieux de travail publics". Une initiative suivie par les muftis des principaux pays arabes et par de nombreux autres cheikhs et prédicateurs, sunnites ou chiites.

Exception notable en Egypte, où le chef de l'islam sunnite, le cheikh Mohamed Sayyed Tantaoui, fait savoir qu'il acceptait et comprenait la décision française. Une prise de position très critiquée, provoquant des appels à sa destitution. En Irak, le puissant chef chiite Moqtada Sadr propose qu'une fatwa (avis religieux) soit adoptée proclamant un boycott des produits français. Des manifestations sont organisées dans plusieurs pays, notamment à Manama (Bahreïn), Téhéran (Iran), à Amman (Jordanie), Jakarta (Indonésie), dans la bande de Gaza et même à Tel Aviv (Israël) par des Arabes israéliens. A Beyrouth (Liban), la plus importante rassemble quelque 5.000 écolières devant l'ambassade de France. Une dénonciation qui dépasse l'islam, puisque lors d'une entrevue avec le corps diplomatique en poste au Vatican, le pape Jean Paul II regrette que "nous [soyons] témoins, ces derniers temps, dans certains pays d'Europe, d'une attitude qui pourrait mettre en péril le respect effectif de la liberté de religion [...].  La laïcité n'est pas le laïcisme".

L'affaire des caricatures danoises en 2006

L'affaire commence le 30 septembre 2005, lorsque le quotidien danois Jyllands-Posten publie 12 dessins intitulés "Les visages de Mahomet". Dans le pays, la tension monte et à l'international, elles provoquent une vague d'indignation de la part des pays musulmans. Des drapeaux danois sont brûlés et une campagne de boycott des produits du royaume est en cours dans des pays arabes, notamment ceux de la région du Golfe. Par solidarité et pour défendre la liberté d'expression, des journaux européens publient, à leur tour, les dessins satiriques, dont le quotidien français France-Soir ou encore Charlie Hebdo. En France, les autorités religieuses désapprouvent la publication de ces dessins. Cette décision ne restera pas sans conséquence et provoquera une crise à France Soir, puisque le directeur de publication sera limogé par le propriétaire du journal, Raymond Lakah, homme d'affaires franco-égyptien de confession chrétienne.

En réponse à la publication de ces dessins, en 2006, Al-Jazeera révélera que le chef terroriste Ben Laden appelle au boycott des produits américains et de ceux des pays européens qui se sont solidarisés avec le Danemark, réclamant la remise des auteurs de ces dessins à Al-Qaïda. Par ailleurs, la principale association de médecins pakistanais annonce un boycott des médicaments provenant du Danemark, de Norvège, de Suisse, d'Allemagne et de France.

Israël invité d'honneur du Salon du livre de Paris, en 2008

Cette année-là, le salon du livre à Paris choisit Israël comme invité d'honneur. Trente-neuf écrivains israéliens, dont quelques grands noms de la littérature nationale, comme Amos Oz ou David Grossman, sont invités à participer au Salon inauguré par le président Nicolas Sarkozy et son homologue israélien Shimon Pérès. Dans la foulée de cette annonce, des pays et organisations arabes appellent au boycott du Salon du livre. Premier pays à annoncer sa décision, le Liban, l'une des pierres angulaires de la francophonie dans le monde arabe, indique qu'il s'"abstiendra de participer" au Salon, pour protester contre l'invitation d'Israël à l'occasion du 60ème anniversaire de l'Etat hébreu.

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Un responsable yéménite de la culture, Faris al-Saqqat, indique que son pays ne participera pas non plus, à la suite d'une requête en ce sens de la Ligue arabe. Le président de l'Union des écrivains palestiniens, Al-Moutawakel Taha, appelle les maisons d'édition arabes à boycotter l'événement et le président de l'Union des écrivains égyptien, Mohamed Salmawy, avait estimé la semaine dernière le choix d'Israël "inacceptable". A Rabat, l'Organisation islamique pour l'éducation, les sciences et la culture (Isesco), organisme issu de l'Organisation de la conférence islamique (OCI), appelle les 50 pays membres de l'OCI à boycotter le Salon. Des éditeurs marocains et algériens indépendants se désistent.

Interrogé par l'AFP, le Syndicat national de l'édition (SNE), organisateur du Salon, soulignait pour sa part que c'est "la littérature israélienne" qui est invitée et non l'Etat d'Israël en tant que tel. Face aux critiques, le ministère français des Affaires étrangères avait justifié  l'invitation faite à Israël et jugé tout boycott du Salon par des écrivains arabes "extrêmement regrettable".

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