Carlos Ghosn sur LCI : son évasion lui a rappelé "Midnight Express"

Carlos Ghosn : "J'avais le choix entre la vie et la mort, je n'ai pas hésité"

RECIT - Un peu plus d'un an après avoir quitté le Japon, Carlos Ghosn évoque dans un livre écrit avec son épouse sa descente aux enfers. Le couple est invité de David Pujadas sur LCI mercredi soir.

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"JE NE PRENDRAI PAS LE RISQUE D'UN RETOUR EN FRANCE"


Carlos Ghosn sur une carrière politique au Liban : "J'ai longtemps hésité à renouveler mon mandat chez Renault en 2018. (...) Si on m'avait dit qu'on avait envie d'un changement de gouvernance, je serai parti. (...) On m'a encouragé de rester. Quatre mois derrière, je l'ai regretté."


La politique ? "Non, pas du tout." Un retour en France ? "Pourquoi pas ? (...)  Mais connaissant le comportement du Japon (...) je ne prendrai pas ce risque."

"JE SUIS EN TRAIN DE RECONSTRUIRE MA VIE"


Carlos Ghosn sur son état d'esprit et son désir de vengeance : "Je n'ai pas de rancune. Je défends mes droits, je rétablis la vérité. Ce serait terrible que le mensonge l'emporte."


"Vous ne pouvez pas vous battre contre des Etats, contre des entreprises, avec tous les moyens dont ils disposent. (...) Je mène ma vie, j'ai un programme à l'université, je suis en train de reconstruire ma vie. J'ai une liberté que je n'ai pas eu durant trente ans."

"FAIRE LE CLAIR SUR CETTE AFFAIRE"


Carlos Ghosn explique qu'il aurait aimé quitté la direction du groupe automobile, quelques mois avant son arrestation : "Avec le recul, je regrette de ne pas avoir changé de cap au moment où cela m'a été proposé. (...) Au moment où les intérêts on convergé vers : "Il faut se débarrasser de lui",  des choses sont sorties."


"J'aurais l'occasion de m'en expliquer auprès des juges d'instruction qui vont venir à Beyrouth pour argumenter contre les faits qui me sont reprochés."


"Les langues commencent à se délier, les documents commencent à apparaitre, j'espère qu'un jour on pourra tout reconstituer (...) pour faire le clair sur cette affaire."

"CARLOS A ETE COURAGEUX"


Carole Ghosn revient sur l'organisation de l'évasion, orchestré par un Américain qui est venu la voir à Beyrouth : "J'ai rencontré Michael Taylor quelques fois (...) mais je n'ai pas été mise au courant des détails de l'opération. Carlos a été courageux, je ne sais pas si j'aurais été capable de faire ce qu'il a fait."


Sur le fait que cinq personnes ayant participé à son évasion sont en prison, Carlos Ghosn s'explique : "Je ne souhaite pas faire de commentaires sur l'évasion, car ce que je peux dire peut être utilisé par la justice japonaise (...) qui détourne les propos.  (...) Ceux qui m'ont aidé ne méritent pas que je fasse des déclarations qui peuvent être retournées contre eux."

"J'AVAIS LE CHOIX ENTRE LA VIE ET LA MORT"


Carlos Ghosn revient sur sa fuite du Japon : "Non, je n'étais pas mort de peur. Quand on s'engage dans une opération avec de grands risques (...) vous n'avez pas peur. Car la peur, elle vous hante au moment de la décision. Une fois que cela a débuté, vous êtes concentré. (...) Entre le départ de l'appartement au Japon jusqu'au moment de l'arrivée au Liban (...) j'étais comme anesthésié : je n'avais pas peur, je n'étais pas triste. C'est au Liban que j'ai senti un poids qui se détachait de mes épaules. (...) Cela m'a rappelé un film de ma jeunesse, "Midnight Express". (...) Ce soupir en arrivant à Beyrouth est le seul sentiment que j'ai ressenti."


L'ancien dirigeant ajoute : "L'échec c'était la mort. J'étais déjà dans une mort lente, cela aurait été en l'occurrence une mort précipitée. (...) J'avais le choix entre la vie et la mort, je n'ai pas hésité."

RENAULT


La croissance que j'ai insufflé à Renault a duré des années. Les quatre dernières années où j'ai été à sa tête étaient des années records."

"ALEXIS KOHLER NE M'A JAMAIS REPONDU"


Carole Ghosn revient sur sa mauvaise expérience avec l'Elysée pendant que son époux était en détention : "J'ai attendu une heure et demi dans le froid pour donner une lettre à l'Elysée. (...) Deux jours après un article du JDD, j'ai eu une lettre du gouvernement selon laquelle on faisait tout pour mon mari. Et c'est tout."


"J'ai été accueilli par Alexis Kohler, secrétaire général de l'Elysée. Il m'a donné son numéro (...) j'ai essayé d'appeler, des textos, Whattshap... II ne m'a jamais répondu."

"TOUT CECI ETAIT PREMEDITE"


Sur la France, Carlos Ghosn précise sa pensée : "J'ai parlé du gouvernement français, pas de la France. J'ai été déçu car j'étais en visite au Japon en tant que patron d'une entreprise française, porteur d'une mission adoubé par le gouvernement. (...)"


"Finalement, il s'avère que nous avons de plus en plus d'éléments prouvant que cette arrestation a été montée de longue date, démontrant que dès mai 2018 il y avait des simulations en cours (...) prouvant que tout ceci était prémédité. Il ne s'agissait pas des paiements indus, mais qu'on évite d'aller dans le sens d'une convergence de l'alliance (ndlr : entre les constructeurs)."

"UN CAS PARMI D'AUTRES"


Carlos Ghosn évoque sa détention : "Il y a plein d'exemples donnés dans le livre : le fait d'avoir début janvier eu une audition du juge où j'ai eu 10 minutes pourquoi je devais être relâché ; j'y ai été mené enchainé, menotté, devant toutes les caméras qui étaient présentes. (...) Tout était minuté pour dire "on respecte les règles", mais au fond cela n'a rien changé."


Sur le système judiciaire japonais, Carlos Ghosn estime qu'il s'agit d'une "supercherie". "Je ne fais qu'illustrer un cas parmi d'autres, mais n'oublions qu'il y a des milliers de personnes qui subissent ce système."

"UNE ANNEE EN ENFER"


Carole Ghosn confirme avoir eu l'idée d'écrire ce livre : "J'ai réfléchi, j'ai pensé que ce serait une bonne idée de partager notre souffrance."


"C'est elle qui m'a convaincu", confirme Carlos Ghosn. "Cela a été un exercice très salutaire, de revivre ensemble cette année en enfer."

INTERVIEW


Carlos Ghosn et son épouse Carole ont renouvelé dans un livre paru mercredi leurs accusations contre la France, le Japon, Renault et Nissan, répétant la thèse d'un "complot" ourdi contre l'homme d'affaires, qui l'aurait poussé à fuir la justice japonaise. Le couple est ce mercredi soir invité par David Pujadas, sur LCI.

"Ce livre raconte l’histoire de cet éloignement imposé, la tempête que nous avons traversée loin l’un de l’autre pendant presque un an." Plusieurs mois après avoir sa fuite rocambolesque du Japon, Carlos Ghosn s'explique longuement dans un livre publié ces jours-ci et co-écrit avec son épouse Carole. L'occasion pour le couple, invité mercredi soir de David Pujadas sur LCI, de livrer ses quatre vérités. 

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Carlos Ghosn : l’ex-patron de Renault rattrapé par les affaires

Durant environ 300 pages de ce livre intitulé Ensemble, toujours (Editions de l'Observatoire), l'ancien patron revient en détails sur son année noire, qui a débuté par une arrestation à son arrivée au Japon. "On entre dans une salle, suivis de mes bagages qui ont réapparu et qui sont examinés minutieusement. Puis, par gestes, on me demande de me déshabiller. Complètement", écrit-il. "Je m’exécute. On me tend d’autres vêtements, un slip, un pantalon et une chemise à manches longues vert clair, ainsi que des claquettes en plastique de la même couleur. On m’a enlevé ma montre, ma ceinture, mon portefeuille. La liste de mes affaires personnelles est inscrite en japonais sur une feuille de papier, liste que je dois signer sans en saisir un mot. Pour finir, je suis pesé, mesuré, pris en photo. À ce moment précis, je ressens une impression fulgurante, presque une déflagration : celle de passer de TOUT à RIEN."

"L'évasion est une conviction, pas une aventure"

Carlos Ghosn l'affirme haut et fort : il a été victime d'un complot. "Je n’en reviens pas. Depuis combien de mois certains responsables travaillent-ils à me détruire ? Qui se cache derrière tout ça ? Des visages défilent devant mes yeux, tous ces hommes qui œuvrent à mes côtés depuis tant d’années, que j’ai élevés pour la plupart aux plus hauts rangs de la hiérarchie et qui, aujourd’hui, me poignardent dans le dos." 

Un peu plus loin dans le livre, l'ancien dirigeant accuse : "Je suis tombé dans un guet-apens organisé par quelques personnes de Nissan, des procureurs, des membres du gouvernement japonais. En France, ceux qui m’étaient favorables ne se sont pas manifestés ou si peu, d’autres en ont profité pour régler des comptes avec moi. Facile puisque je ne pouvais pas répondre..."

Le livre est également l'occasion de découvrir comment Carole Ghosn a tenté de plaider la cause de son époux au sommet de l'État français. "Sur les conseils de ses avocats français, Carlos a écrit à Emmanuel Macron. C’est moi qui ai porté sa lettre à l’Élysée. Anne Méaux ayant pris soin de prévenir de mon arrivée, j’ai été reçue par le secrétaire général, Alexis Kohler, qui a déroulé devant moi le tapis rouge : 'Madame, je suis là pour vous, je peux vous aider. Voici mon numéro de portable, vous pouvez m’appeler à n’importe quelle heure.' Je l’ai appelé. En vain. De même, mes SMS sont restés sans réponse."

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Autre temps fort du récit, les détails concernant sa fuite, en décembre 2019. "Beaucoup ont commenté mon départ du Japon en insistant sur la prise de risques, le tour de force physique et mental, la dimension romanesque, je ne sais quoi d’autre, de cette opération", écrit Carlos Ghosn. "Ce n’est pas ainsi que je vois les choses. Je ne suis pas un aventurier mais un homme de convictions. À partir du moment où je suis convaincu que quelque chose doit être fait, je vais jusqu’au bout. Bien sûr que je me sentais capable de faire face à ce que cette "expédition" allait me demander d’un point de vue physique et psychologique mais, encore une fois, l’évasion est une conviction, pas une aventure. Rester au Japon équivalait à une mort lente, une fin programmée. Du mauvais kabuki ! En quittant ce pays, je ne suis pas parti à l’aventure, j’ai sauvé ma peau, tout simplement."

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