Catalogne : Inés Arrimadas, la jeune centriste qui a failli faire tomber les séparatistes

OPPOSANTE – Si elle n'a pas empêché les indépendantistes d'atteindre la majorité, Inés Arrimadas, la leader des centristes de Ciudadanos est arrivée en tête des élections régionales en Catalogne jeudi, augmentant largement son score de 2015. Portrait d'une jeune femme à la trajectoire fulgurante, devenue en quelques années le principal poil à gratter des séparatistes.

Sa victoire n'aura pas suffi. Si elle va devoir laisser gouverner les indépendantistes, seuls à pouvoir atteindre la majorité (68 sièges) au Parlement, Inés Arrimadas et son parti Ciudadanos sont arrivés en tête des élections régionales en Catalogne jeudi, augmentant très largement leur score de 2015, passé de 700.000 à plus de 1,1 million de voix. Après une campagne marquée par le chaos post-référendum et de longues semaines de tension, la jeune femme de 36 ans a réussi à coiffer au poteau les leaders indépendantistes de Carles Puigdemont (Junts per Catalunya) et Oriol Junqueras (ERC). 


De là à l'imaginer un jour aux commandes de la région ? Si Mariano Rajoy, lourdement défait par l'intermédiaire du score infime du Partido Popular (3 députés), plaide pour négocier avec elle, les annales ne plaident pas en sa faveur. En 40 ans, seul le socialiste Jose Montilla (2006-2010) est parvenu à ravir le leadership local aux catalanistes. Si elle semble donc encore (très) loin son objectif, la jeune femme fait tout pour y arriver depuis le début de sa jeune carrière. Entrée en politique en 2011, Inés Arrimadas a connu une trajectoire fulgurante, passant en quelques années de militante à tête d’affiche catalane de Ciudadanos et de l'opposition. Un destin qu’elle doit autant à son travail qu’à une certaine réussite. 

Née en Andalousie à Jerez de la Frontera, Inés Arrimadas se passionne dès l’enfance pour la Catalogne, terre d’origine de ses parents, et sa culture. Fan du Barça notamment, elle choisit d’apprendre le catalan et s’intéresse à tout ce qui touche de près ou de loin à Barcelone. Son père, un farouche défenseur de la démocratie qui fut membre du premier conseil municipal de la petite bourgade andalouse après la chute de la dictature de Franco (tout le contraire de l'un de ses lointains cousins qui avait servi le Caudillo), la met vite dans le bain de la politique. Quelques années plus tard, devenue avocate après des études de droit à Séville et une année passée en Erasmus à Nice, ses songes de jeunesse se concrétisent puisqu’elle se retrouve embauchée par une entreprise de la capitale catalane où elle finit par emménager. C’est là, en 2011, qu’elle adhère au mouvement citoyen Ciudadanos, sorte de pendant centriste et libéral du parti Podemos, l'émanation politique des Indignados.


D’abord porte-parole des jeunes du parti, cette trentenaire gravit rapidement les échelons et devient députée au Parlement local en 2012. Trois ans plus tard, en 2015, elle est désignée pour représenter les siens lors des dernières élections régionales qui avaient accouché de la victoire de la grande coalition séparatiste Junts per Sì de Carles Puigdemont. Une ascension qu’elle doit en partie au départ du président et fondateur de la formation, Albert Rivera, parti à l'assaut de Madrid pour défendre les couleurs des centristes au niveau national. Farouchement favorable à l’unité de l’Espagne, elle est mariée à un ex-député indépendantiste, Xavier Cima, qui a abandonné la vie publique par amour pour elle. Une preuve de sa capacité à persuader et convaincre selon ses partisans. 

Même le procès de Kafka n'était pas aussi kafkaïen que le processus séparatiste de M. PuigdemontInés Arrimadas

Officiellement nommée cheffe de l’opposition par la présidente de l’Assemblée en 2016, elle obtient dès lors une plus grande exposition médiatique. Son sens de la formule fait mouche et la jeune femme devient le poil à gratter des indépendantistes, qu'elle n'hésite pas à tancer publiquement. "Même le procès de Kafka n'était pas aussi kafkaïen que le processus [séparatiste] de M. Puigdemont", lançait-elle fin octobre droit dans les yeux du président catalan destitué, à la veille de la déclaration unilatérale d'indépendance proclamée par ce dernier. Une séquence reprise en boucle par les télévisions espagnoles. 


Consensuelle, la jeune femme a ensuite mené campagne pour l'union de l'Espagne, terminant en boulet de canon, avec le soutien d'un certain Manuel Valls, né en Catalogne et anti-indépendantiste notoire. Preuve de l'intérêt qu'elle a suscité partout dans le pays, la jeune femme a été la plus mentionnée (2201) sur Twitter le 19 décembre, à deux jours du scrutin selon des données reccueillies par El País. Inés Arrimadas compte maintenant faire fructifier ces bons résultats pour prendre les rênes de la région. Encore faudrait-il que les indépendantistes soient empêchés de gouverner.

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