Catalogne : qui est Carles Puigdemont, l'homme qui mène le combat pour l’indépendance ?

PORTRAIT - Guidé par de solides convictions séparatistes, le président régional catalan, engagé dans un bras de fer avec le gouvernement espagnol, a menacé de déclarer l'indépendance si Madrid continuait sa "répression" des velléités indépendantistes catalanes. Après le déclenchement ce samedi de l'article 155 de la constitution et la mise sous tutelle de la région, il pourrait bien passer à l'action. Qui est cet ancien journaliste déterminé à tenir tête à Mariano Rajoy ?

Jeudi 19 octobre, Carles Puigdemont a encore décidé... de ne rien décider. Une semaine après avoir déclaré l'indépendance tout en la suspendant, le président de la Generalitat a informé le gouvernement espagnol que la Catalogne n'avait pas déclaré son indépendance... mais pourrait très bien le faire "si le gouvernement de l'Etat persiste à empêcher le dialogue et poursuivre la régression". Un discours mi-figue, mi-raisin, fidèle à ses positions depuis les heurts qui ont troublé, dimanche 1er octobre, le déroulement du référendum sur l'indépendance de la Catalogne et la manifestation massive en faveur de l'union de l'Espagne.


Samedi 21 octobre, le premier ministre espagnol a décidé d'user des gros moyens en déclenchant le processus de mise sous tutelle de la Catalogne, le fameux article 155 de la constitution. Un acte qui pourrait bien déclencher de vives réactions. Le séparatiste devrait s'exprimer dans la soirée. Retour sur le parcours de ce catalan engagé.

C’est une anecdote qui en dit long sur le combat de Carles Puigdemont, l’actuel président régional catalan. En 1991, alors qu’il travaillait dans un journal local de Gérone, il avait déclenché une campagne pour changer le nom de la ville, de "Gerona" (version castillane) à "Girona" (version catalane). Comme ses proches le confirment, ses convictions indépendantistes ne datent pas d’hier. "En Catalogne, beaucoup de gens sont devenus indépendantistes par réaction allergique aux politiques de Madrid. Mais pas lui", jure son ami, l'écrivain catalan Antoni Puigverd, interrogé par l’AFP.


Issu d'une modeste famille de pâtissiers, Carles Puigdemont rêve d'une Catalogne indépendante depuis son enfance dans le village d'Amer, qui l'a vu naître, non loin de la petite ville de Gérone dont il a été le maire de 2011 à 2016. Il n'a jamais occulté cette conviction, même quand elle était marginale dans la région et au sein de la Convergence démocratique de Catalogne (CDC), un parti de droite qu'il rejoint en 1980 au moment où il réclame à Madrid une plus grande autonomie de la région.

En tant que maire de Gérone, il demande en 2014 que Leonor, la fille du nouveau roi Felipe VI, n'utilise pas le titre de "princesse de Gérone" qui devrait lui revenir en tant qu'héritière du trône d'Espagne. Démonstration, selon Silvia Paneque, une élue socialiste à Gérone, d'un nationalisme qui "s'entête à séparer partisans et non partisans du projet indépendantiste". "Ses convictions vont parfaitement avec son profil cosmopolite", souligne Antoni Puigverd sur cet homme politique atypique, âgé de 54 ans, très à l'aise avec les nouvelles technologies et parlant couramment anglais, français et roumain, la langue maternelle de son épouse et mère de ses deux enfants.

Pas étonnant donc que Carles Puigdemont ait été ainsi choisi il y a deux ans pour diriger la coalition hétéroclite de séparatistes déterminés à mener la Catalogne aux portes de l'indépendance. Et même si cette mission lui a été confiée presque par accident, il a choisi de l'accomplir avec détermination. Sourd aux avertissements de Madrid, il est parvenu à organiser dimanche dernier un référendum sur l’indépendance de la Catalogne. "En ces heures de veille, en ces moments si intenses et si émouvants, nous nous rendons compte que ce qui n'était qu'un rêve jusqu'à récemment, nous l'avons maintenant à portée de main", a-t-il lancé vendredi dernier à Barcelone, lors d’un ultime meeting.

Pour le journaliste Enric Juliana, les convictions bien ancrées de Carles Puigdemont en ont fait "le candidat idéal" pour succéder à l'ancien président Artur Mas (2010-2015), dont le profil de récent converti au séparatisme et les politiques d'austérité braquaient les indépendantistes de gauche. "Puigdemont est une personne plus directe, avec les idées claires, plus tournée vers l'action", explique un membre de son parti.


En juin 2016, quand les indépendantistes d'extrême gauche lui retirent leur soutien, il ose remettre son mandat en jeu en se soumettant à un vote de confiance du parlement régional. "Il n'aspirait pas à une carrière politique et ça lui donne une énorme liberté", estime Antoni Puigverd. Avant d'être président catalan, il a fondé un cercle de réflexion politique, une agence de presse régionale, un journal en anglais sur la Catalogne, et avait démissionné de son poste de chef de la rédaction d'un journal local pour voyager en Europe.


C'est pour cela, estime son ami écrivain, qu'il ne s'inquiète pas des conséquences du référendum. "Depuis qu'on se connaît, il a changé quatre ou cinq fois de travail. C'est une personne libre, qui n'a pas peur du changement. Quelqu'un d'autre à sa place serait très inquiet pour son avenir, lui non".

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