Catastrophe minière en Turquie : trois personnes inculpées d'homicide involontaire

Catastrophe minière en Turquie : trois personnes inculpées d'homicide involontaire
International
DirectLCI
POLÉMIQUE - Vingt-cinq personnes ont été arrêtées et trois inculpées d'homicide involontaire, dimanche en Turquie, suite à la catastrophe minière de Soma, qui a coûté la vie à 301 personnes. Un rapport préliminaire souligne en effet des manquements aux mesures de sécurité, confirmés par les témoignages de plusieurs mineurs.

Le plus grave accident industriel de l'histoire de la Turquie aurait-il pu être évité ? C'est ce que l'enquête en cours sur la catastrophe minière de Soma, survenue le 13 mai et fatale à 301 travailleurs, va devoir déterminer. Les responsables de la société d'exploitation du site sont en tout cas pointés du doigt et plusieurs d'entre eux figurent parmi les vingt-cinq personnes arrêtées dimanche par la police turque. Cette vague d’interpellations, suivie de l'inculpation pour homicide involontaire de trois personnes (le directeur général de la mine Akin Celik et deux ingénieurs de la société exploitante), intervient deux jours après que des dizaines de procureurs ont été assignés pour enquêter sur l'incendie et l'explosion de la mine située dans l'ouest du pays.

La thèse de l'"accident de travail", plaidée au lendemain de la catastrophe par le décrié Premier ministre Recep Tayyip Erdogan , prend du plomb dans l'aile. Si l'exploitant de la mine de charbon, l'entreprise Soma Kömür Isletmeleri, et le ministère du Travail ont nié toute négligence, un rapport d'expertise préliminaire sur le drame, obtenu par le journal Milliyet , souligne en effet plusieurs graves manquements aux mesures de sécurité. Dont un manque de détecteurs de monoxyde de carbone, le gaz létal pour les 301 victimes, qui auraient pu limiter les conséquences d'un drame a priori provoqué par une explosion de poussière de charbon et non pas par le court-circuit d'un transformateur électrique, initialement évoqué.

"Le désastre aurait pu être évité"

Des témoignages édifiants corroborent ces négligences. "Quand je suis entré dans la mine, les détecteurs de gaz ne fonctionnaient pas", a confié au Today's Zaman un mineur qui a participé aux opérations de secours. "Quand j'ai demandé aux mineurs qui travaillaient sur la zone sinistrée pourquoi, ils m'ont répondu qu'ils avaient été désactivés car ils ralentissaient la production", a-t-il poursuivi, avant de se montrer catégorique : "Si les détecteurs avaient fonctionné, le désastre aurait pu être évité". "Il n'y a aucune sécurité dans cette mine. Les syndicats ne sont que des pantins et la direction ne pense qu'à l'argent", a regretté une autre "gueule noire", alors que d'autres récits font état de l'absence de masques à gaz en état de marche.

En 2012, le PDG de la société d'exploitation de la mine de Soma, Alp Gürkan, se félicitait dans un journal turc d'être parvenu à réduire les coûts de production à 24 dollars la tonne contre 130 dollars avant la privatisation du site. Une course effrénée aux économies à l'issue tragique.

Sur le même sujet

Plus d'articles

Lire et commenter